Bénédiction (Ep 1,3-14)

 

 

Traduction

 

3.       Béni (soit) le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ

          qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles

         dans les (régions) célestes, dans le Christ.

 

4.      C'est ainsi qu'Il nous a choisis en Lui (le Christ) avant la fondation du monde

         pour être saints et irréprochables en face de Lui (le Père) ;

5.       par amour Il nous a d'avance-destinés à l'état-de-fils par J.Christ, vers Lui,

         selon le dessein-bienveillant de sa volonté,

6.      à la louange de gloire de sa grâce

 

          dont Il nous a gratifiés dans l'Aimé,

7.      en qui nous avons le rachat par son sang,

         la rémission des fautes,

         selon la richesse de sa grâce

 

8.      qu'Il a fait surabonder pour nous

         en (nous donnant) toute sagesse et prudence,

9.      nous ayant fait connaître le mystère de sa volonté

         selon le dessein-bienveillant qu'Il avait d'avance-formé en Lui (le Christ)

 

10.     pour (mener à bien) la plénitude (l'accomplissement) des temps :

          récapituler tout dans le Christ,

          ce qui est sur les cieux et ce qui est sur la terre,

 

 

 

          en Lui

 

 

11.      en qui nous avons aussi été-faits-héritiers,

                    ayant été d'avance-destinés

                    selon le projet de Celui qui réalise tout selon la décision de sa volonté,

12.               à être pour la louange de sa gloire,

                    nous qui d'avance-avons-espéré dans le Christ ;

 

 

13.      en qui vous aussi,

                    ayant écouté la parole de vérité, l'Évangile de votre salut,

                    en qui, venus à la foi, vous aussi avez été-marqués du sceau

                     de l'Esprit de la promesse, le Saint (Esprit),

  

14.            qui est un acompte sur notre héritage,

                      en vue du rachat de ce que (Dieu) s'est acquis

                                  à la louange de sa gloire.

 

 

Structure

 

v.3                      formule de bénédiction

 

v.4-10                 développement de la formule de bénédiction

 (3 verbes à l'indicatif aoriste)

 

                exelexato                  v.4-6a

                                        + un infinitif : einai

                                        + une participiale : en hôi proorisas   (5)

                                        + un développement avec kata   (5b)

 

lien : eis epainon doxès tès charitos autou hès … (6a)

 

                echaritôsen                          v.6b-7

                                             + une relative : en hôi echomen   (6b-7a)    … présent

                                             + un développement avec kata   (7b)

 

                                                  lien : kata to ploutos tès charitos autou hès … (7b)

             

              eperisseusen              v.8-10

                                              + une participiale : gnôrisas   (9a)

                                               + un complément avec kata   (9b)

                                              + eis oikonomian    anakephalaiôsasthai

 

 

en autôi       charnière

 

 

v.11-14               relation des croyants au Christ                      (2 relatives, avec opposition nous/vous)

 

                en hôi eklèrôthèmen eis to einai               (finale infinitive)            v.12

 

                                  + participe :    prooristhentes

                                  + eis epainon doxès autou                                              v.12

 

                                                                                                                        v.13

                en hôi esphragisthète       eis apolutrosin

                                 

                                  + participes :  akousantes … pisteusantes

                                  + une relative                                                                   v.14

                                  + eis epainon tès doxès autou

 

 

Nous sommes donc en face de deux parties. La première (v.4-10) est bâtie sur trois verbes à l'indicatif aoriste (exelexato, echaritôsen, eperisseusen), la seconde, après la charnière en autôi , sur les deux verbes eklèrôtèmen et esphragisthète qui opposent le "nous" au "vous". Les subordonnées sont finales en eis (to) + infinitif, participiales, relatives ; mais on trouve aussi des compléments avec eis + accusatif, des dévelop-pements avec kata et des refrains avec eis epainon.

 

 

Remarques sur la traduction

 

 

Au v.3 : "béni soit" (avec TOB, BJ, Pl, Ost, Einheits ; et non "béni est", avec Bo, Schnack.).

Bo (p.60) justifie ainsi sa traduction :"Comme il en va dans la bénédiction juive, le mode est celui de la proclamation et non celui du vœu". En fait le lexique de Baumgartner donne les deux traductions, même s'il paraît préférer l'indicatif. De même pour le grec eulogètos Bl.Debrunner (n°128.5). Dans l'article eulogètos du TWNT (p.764), Beyer note que l'on trouve le souhait en 3 Bas 10,9; Jb 1,21, mais que dans le Nouveau Testament le sens est exclusivement indicatif (il renvoie alors à Bl. Debrunner). Ceux qui prèfèrent l'indicatif ne manquent donc pas d'arguments.

   Il est vrai que le verbe (ei ou eiè, "est" ou "soit") est rarement précisé avec eulogètos, et que par ailleurs la différence entre les deux est souvent peu sensible. Mais il faut se rappeler que dans le contexte d'une prière ou d'une adresse le souhait semble plus probable que le sens simplement déclaratif, parce que la prière fait intervenir la volonté, alors que le sens simplement déclaratif ne met en œuvre que l'intellect. Dans la LXX comme dans le Nouveau Testament, quand le verbe n'est pas précisé, il faut sous-entendre un souhait ; quand il est précisé (ei), c'est l'indicatif qui est voulu par le locuteur (Rm 1,25; 2 Co11,31; 1 P 4,11). On discute sur l'origine cultuelle de l'expression. En tout cas elle est entrée très vite dans la langue du culte.

 

Dans l'AT, très nombreux sont les cas où le sens "béni soit" paraît s'imposer. Ainsi

 

 en Gn 9,26; 14,19s; 24,27 ; Jos 25,32.39 ; 2 Sm 18,28; 22,47 ; Ps 18,47; 28,6; 31,22; 41,14; 66,20; 68,20.36; 72,17ss; 89,53; 106,48; 113,2; 124,6; 135,21; 144,1; Job 1,21; Jud 13,17s; Za 11,5; Ru 4,14; Tob 3,11; 9,6; 11,17; 13,1.17

  

Il en va de même dans le Nouveau Testament, quoi qu'en dise la grammaire de Blass- Debrunner. Voir Mc 11,9.10; Mt 21,9; 23,39; Lc 1,68; 13,35; 19,38; Jn 12,13; 2 Co 1,3; Ep 1,3; 1 P 1,3.

  

Quant aux textes de Qumran, un rapide relevé, non exhaustif, enlève toute hésitation:

1Q34 2,3

1QH 5,20 (var.) "Béni sois-tu, ô Adonay ! Car tu …"

1QH 10,14 : "Béni sois-tu, ô Adonay, ô Dieu de la miséricorde ! Car tu"

 

1QH 11,27 :"Béni sois-tu, [ô Dieu des connaissances, toi qui"]

1QH 11,29 :"Béni sois-tu, ô Dieu de la miséricorde et de la faveur"

1QH 11,32 :"Béni sois-tu, ô Adonay ! Car …"

1QH 16,8 (?)

1QM 13,2s :"Béni soit le Dieu d'Israël à cause"

1QM 14,4 :"Béni soit le Dieu d'Israël, qui garde la grâce"

1QM 18,6 :"Béni soit ton Nom, ô Dieu des dieux !"

1QS 11,15 :"Béni sois-tu, ô mon Dieu, toi qui"

11Q Psa 19,7; 26,13

 

   Il faut aussi ajouter les nombreuses bénédictions de la liturgie juive, par ex. le Qaddish et les Shemoné 'Esré, et surtout la seconde bénédiction du rituel juif, celle qui, dans l'office liturgique, précède immédiatement la récitation du Shema'. On ne peut lui assigner une date certaine, mais il est probable que, pour l'essentiel, elle appartenait déjà à la liturgie du Temple, et quelle devait être familière au pharisien Saul. Elle est, par certains côtés, proche de la bénédiction d'Ep 1,3-14, spécialement par l'importance donnée au mot "amour".

 

1.            D'un amour éternel tu nous as aimés, Seigneur notre Dieu ;

         d'une pitié grande et surabondante tu as eu pitié de nous, notre Père, notre Roi.

2.      À cause de nos pères qui ont espéré en toi

         et que tu as instruits des préceptes de vie,

         oui, fais-nous grâce et instruis-nous.

3.                 Notre Père, Père des miséricordes, miséricordieux, fais-nous miséricorde

        et donne à nos cœurs de discerner et de comprendre,

        d'entendre, d'être instruits et d'instruire,

        de garder, d'accomplir et de rendre stables

        toutes les paroles de l'instruction de ta loi dans l'amour.

4.     Illumine nos yeux dans ta loi, attache nos cœurs à tes préceptes.

        et unifie nos cœurs en l'amour et la crainte de ton nom,

        afin de n'être pas confondus pour toujours et à jamais.

5.     Parce qu'en ton saint nom, grand et redoutable, nous avons espéré,

        puissions-nous exulter et nous réjouir dans ton salut.

6.     Fais-nous entrer dans la paix des quatre extrémités de la terre,

        et conduis-nous, la tête haute, dans notre terre.

7.      Car tu es le Dieu qui accordes le salut

        et nous as élus de tout peuple et de toute langue,

8.      et tu nous as fait approcher de ton grand nom pour toujours en vérité,

9.      pour te louer et proclamer ton unité dans l'amour.

        Béni sois-tu, Seigneur, qui as élu ton peuple Israël dans l'amour.

 

 

Au v.5 : "par amour Il nous a d'avance-destinés" (et non :"en sa présence, dans l'amour, / déterminant d'avance …" ; donc avec une coupure différente, en rattachant "par amour" à ce qui suit (Schlier, Schnackenburg). Le meilleur argument est que nous obtenons ainsi une plus grande cohérence théologique entre le v.5 et le verset suivant. Si Dieu nous a d'avance destinés "par amour", c'est parce qu'il nous a voulus fils par Jésus Christ, "l'Aimé" (v.6). Nous avons également un bon parallèle théologique avec le v.3 : la bénédiction spirituelle a été réalisée "dans le Christ".

  Dans le v.10 de la Bénédiction juive citée plus haut, nous lisons :"qui as élu ton peuple Israël  dans l'amour". Il s'agit donc, là encore, de l'action divine, accomplie par amour ou avec amour.

 

 

Commentaire théologique et spirituel

 

 

v.3 :    "Béni (soit) le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ,

qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles (=de l'Esprit)

dans les (régions) sur-célestes, dans le Christ".

 

Eulogètos ho theos kai patèr tou kuriou hèmôn Ièsou Christou,

ho eulogèsas hèmas en pasèi eulogiai pneumatikèi

en tois epouraniois en Christôi,

 

- Dieu qui a béni l'homme se voit à son tour béni par l'homme (noter la répétition dans le même verset : béni/a béni/bénédiction. La seule manière pour l'homme de "bénir" celui qui a toute l'initiative est de reconnaître ce qu'il a reçu, et que de la part de Dieu tout est don.

Dieu est le commencement de tout, et pour l'homme tout commence par un don. Bénir est un devoir. La bénédiction qui vient de Dieu est une force qui communique la vie, la plénitude, le bonheur, et l'homme, en bénissant, "reconduit" tout cela à Dieu (Im. de Jésus Christ).

Tout commence pour l'homme par l'action bénissante de Dieu, qui de bien des façons nous donne de son Esprit ; et cela, avant le temps, a lieu déjà dans le Christ, donc dans le Fils éternel de Dieu[1], par qui nous vient l'Esprit, même s'il ne faut pas forcer ici le mot "spirituel".

 

- "nous" : Paul vise tous les chrétiens : lui-même, les Éphésiens, et tous les baptisés.

 

- "a béni" : beaucoup plus large que le baptême, la bénédiction englobe tout ce que Dieu a planifié, réalisé, actualisé. Tout nous est donné "dans le Christ". La christologie de Col 1,15-20 est reprise (qui implique la préexistence du Christ), mais pour son importance ecclésiologique : nous sommes tous choisis et bénis. Ce qui n'implique aucune préexistence dans le ciel pour le chrétien. La vie de l'homme nouveau, créé dans le Christ et appelé à la sainteté : voilà ce que Paul a en vue.

 

- "toute" (sorte de) : le pâs (tout) désigne à la fois chacune des bénédictions et leur somme. Impossible ici de les énumérer toutes (passion-résurrection, conversion, baptême, mais aussi pensée paternelle de toute éternité, et vie du Messie).

 

- "spirituelle" : donnée par l'Esprit (1,13) ou perceptible dans l'Esprit (5,13).

 

- Les "sur-cieux" : sommet du monde céleste étagé, habitat de Dieu où le Seigneur a été élevé (1,20-23), plus haut que les esprits du mal (6,12). Voir encore 2,6; 3,10 : cinq fois dans l'épître. La cosmologie sous-jacente connaît plusieurs cieux (4,10).

 

- "dans" (trois fois en !) : le sens spatial (dans les sur-cieux) est inséparable du sens instrumental (par la bénédiction, par le Christ ). La bénédiction a lieu dans les cieux parce que Dieu s'y trouve, et notre bénédiction rejoint Dieu là où Il se trouve, avec le Christ exalté à sa droite. C'est là aussi qu'avec le Ressuscité nous sommes assis (2,4-6).  "Dans le Christ" a souvent chez Paul un sens médiateur, qui se réfère à la fois à un espace et à un acteur.

   Une difficulté de ce texte, c'est que Paul nous situe à la fois avant l'histoire (dans la préscience de Dieu) et dans l'histoire où Dieu nous bénit. Nous ne pouvons nous repérer que si le langage adopté nous parle de l'histoire ; pour le reste, nous sommes en face du mystère.

 

 

v.4 :  C'est ainsi qu'Il nous a choisis en Lui (le Christ) avant le lancement du monde

         pour être saints et irréprochables en face de Lui (le Père) ;

         

       kathôs exelexato hèmas en autôi pro katabolès kosmou

          einai hèmas hagious kai amômous katenôpion autou,

 

- "Il nous a choisis" : (exelexato) . C'est le premier verbe-clé, et la première manière pour Dieu de nous bénir. Avant même que d'exister dans l'histoire, chacun de nous est pensé par Dieu et chacun des croyants peut dire qu'il a été choisi ; déjà pour cela il doit bénir Dieu. Les racines de chacun plongent ainsi dans le mystère de Dieu, de sa pensée, de son amour, et aussi dans le mystère de la vie trinitaire (Jn 17,24b; 1 P 1,20).

 

- "en Lui", c'est-à-dire dans le Christ. Gen Rabba 44 (27a) dit, de la même manière :"Je t'ai élu en Abraham". On resterait dans la conception juive de la prédestination si le "en Lui" n'intervenait pas. Comment comprendre ce : "en Lui" ? Non parce que nos âmes seraient préexistantes, conception venue du platonisme, entrée dans le judaïsme hellénistique, puis dans le rabbinisme ; ni d'une manière spatiale et mythique, comme dans la gnose (préexistence des "pneumatiques" dans le plérôme par leur "semence"). Dans la mesure où nous sommes en Lui, nous l'étions toujours déjà (Schlier) ; Dieu nous a toujours inclus dans le Christ, et l'on ne peut séparer le Christ de ceux qui sont sauvés en Lui. Puisque nous sommes appelés, puisque nous avons notre lot dans le Christ, nous sommes certains de notre élection en Lui avant le lancement du monde. Ce qui ne donne aucun droit à un élitisme quelconque : la pensée des "rejetés" est étrangère à Ep. Le choix par Dieu doit nous inciter seulement à lui rendre gloire et à vivre d'une manière digne de Dieu et de son Christ.

   La pensée va de l'élection depuis l'éternité au devoir d'être devant lui "saints et sans tache" (v.4 ; cf. Col 1,22). Mais, alors que dans Col 1,22 c'est le but de la réconciliation par le Christ, en Ep 1,4 c'est Dieu lui-même qui a indiqué cette finalité (infinitif final).Cela correspond au théocentrisme d'Ep, et Dieu nous rend capables de cela par tout ce qu'il a fait pour nous (2,10). On entend en même temps l'appel aux chrétiens, qui doivent agir selon les vues de Dieu, "dans la justice et la sainteté" (4,24), comme il est dit déjà dans l'AT et comme Ep le dira pour l'Église (5,27).

 

- "avant le lancement du monde" ; c'est depuis la fondation du monde, en effet, que notre nom se trouve inscrit dans le Livre de vie" (Ap 13,8; 17,8), et c'est dans le Christ que tout a été créé (Col 1,15). Avant qu'existe toute créature, donc dans le mystère éternel de Dieu, décision a été prise par Dieu de se choisir un peuple, et un peuple de fils.

 

- "devant Lui" : notre rédemption nous permet de subsister devant Dieu, notre juge et notre roi. En Col 1,22,  la réconciliation grâce à la mort du Christ nous rend "saints et irréprochables" devant le Fils de Dieu ; en Col 1,28, il s'agit, par la prédication, de rendre tout homme parfait dans le Christ. En Ep 5,27, c'est à lui-même que le Christ veut se présenter l'Église sans tache ni ride, saint et sans reproche.

 

- "quand ?" Ce n'est pas seulement à la parousie que nous avons à être "saints et irréprochables" devant le Père, mais chaque jour et de plus en plus. Dieu nous choisit et nous appelle (1 Th 4,7) pour la sainteté (hagiasmos[2]), c'est sa volonté (1 Th 4,3). Et le Christ, en se faisant notre rachat, est devenu pour nous sainteté (1 Co 1,30). Toute notre vie se déroule "devant Dieu".                        

 

 

v.5 :  par amour Il nous a d'avance-destinés à l'état-de-fils par J.Christ, vers Lui,

         selon le dessein-bienveillant de sa volonté,

        

         en agapèi proorisas hèmas eis huiotésian dia Ièsou Christou eis auton,

         kata tèn eudokian tou thélèmatos autou,

 

-"par amour nous ayant d'avance destinés" (mieux que pré-destinés). La perspective nous oriente vers le présent et le futur, mais Ep revient vers le point de départ. Si l'on rattache bien "par amour, dans l'amour" à ce qui suit, c'est l'acte de l'amour paternel, incompréhensible et hors de notre portée, qui rend compte, mystérieusement, de tout. C'est cela qu'il y avait dans le choix de Dieu : nous destiner à vivre comme ses fils et ses filles ; c'est cela sa grande idée et sa volonté éternelle, pas moins que ce mystère d'amour.

Proorisas : en Act 4,28 il s'agit de "ce que sa main et son conseil avaient décidé de faire" par son Serviteur Jésus, maltraité par Hérode et Pilate. En 1 Co 2,7, la "sagesse mystérieuse" voulait notre gloire, et Rm 8,29-30 précisait, dans le sens de  notre texte, que Dieu nous voulait conformes à l'image de son Fils, pour qu'il soit le premier-né d'une multitude de frères. Tout ce que Dieu avait "d'avance" décidé dans sa boulè (conseil) mystérieuse et sage débouche donc (eis) sur notre "huiotesia" (adoption, décision de faire fils). Les fils sont enrichis d'un appel éternel plus beau encore que celui des prophètes (Is 49,1; Jr 1,5).

          L'idée de pré-destination, déjà présente dans les grandes épîtres (Rm 8,29; 1 Co 2,7), se rapporte uniquement à l'aspect positif de l'agir de Dieu, qui nous conduit au salut. Il n'est absolument pas question d'un déterminisme concernant les non-appelés. La prédestination aimante de Dieu vise notre filiation dans le Christ. C'est l'Aimé, le Fils de Dieu (4,13), qui nous rend fils. L'idée était déjà développée en Ga 4,4-6, qui envisageait bien plus qu'une adoption (huiotesia) juridique, puisque déjà l'Esprit des fils nous était donné. Pour Ep aussi (1,3.12) la filiation est une bénédiction qui nous est donnée dans l'Esprit. Ep reprend là un thème bien paulinien de la catéchèse primitive (1 Jn 3,1).

         Paul seul parle d'huiotésia, mais Jn 1,12; 1 Jn 3,1 évoquent notre pouvoir de devenir enfants de Dieu, et Mt 5,45 mentionne les fils, que Dieu veut conduire à la gloire (Hb 2,10-18) comme autant de frères de Jésus sanctificateur. D'après Ga 4,5, c'est au Fils que nous devons d'être fils, parce que c'est Lui qui nous a conféré l'huiotésia ; et parce que  nous sommes fils, l'Esprit du Fils nous fait crier :"Abba, Père", faisant de nous des héritiers.

 

- "par Jésus Christ" (dia Ièsou Christou) : fonction médiatrice du Christ : par le Fils nous sommes devenus fils. Être fils ou fille de Dieu, voilà la grande affaire de notre vie, aussi vieille que nous, plus vieille que le monde. + Jésus Christ, plus souvent ajouté à "notre/le Seigneur" (ho kurios).

 

- "en Lui" désigne par deux fois plus probablement[3] le Père, parce que le Fils est l'instrument de notre filiation, et le Père Celui qui nous "destine" par son eudokia, son thélèma, sa boulè. Plusieurs raisons font préférer ainsi "le Père" :

a)  le théocentrisme marque toute cette eulogie;

b) ce théocentrisme se repère ici en v.5b : kata tèn eudokian tou thelèmatos autou ;

c)  eis auton (en Lui) semble être repris par eis epainon.. etc. (à la louange glorieuse de sa grâce) ;

d)  en v.6b, Dieu nous a gratifiés dans l'Aimé ; on voit mal comment le Christ pourrait auparavant être présenté comme le but de notre filiation.

 

- L'eudokia du Père (son râtsôn, diraient les hommes de l'AT), c'est à la fois son bon plaisir, son plaisir de faire du bien, sa bienveillance, son projet tout gracieux ; et à vrai dire elle est inséparable de son thélèma (volonté) comme l'amour en Dieu est inséparable de son vouloir : Dieu ne veut que le bien, et toute initiative vient de Lui, porteuse de bonheur.

        

Rapprocher ici les textes de Qumran qui nous parlent du râtsôn en rapport avec le choix :

1QS 8,6 : "les élus de la bienveillance"

1QH 4,32s : "les fils de sa bienveillance"

1QH 11,9 :"les fils de ta bienveillance"

À Qumran aussi Dieu montre sa souveraineté en pardonnant (ici charis ; cf.3,2.7.8; 4,7 ; cf. 2,4s.7s) :

1QS 11,12-14 : "les grâces de Dieu sont mon salut", "par ses grâces Il amènera ma justification"

Cependant à Qumran, la bonté ne quitte pas le cadre de la Loi : 1QH 16,12s.16s :"selon la grandeur de tes grâces .. au poste de ta bienveillance … pour ceux qui gardent tes commandements … et qui se convertissent à toi ".

 

  

v.6a :      à la louange "glorieuse" de sa grâce

eis epainon doxès tès charitos autou

 

Ce refrain reviendra, mais sans doxès, en v.12 et v.14. Il s'agit de louer sa grâce, et le génitif doxès (sans article) est à comprendre comme certains génitifs hébreux ou araméens qui veulent remplacer un adjectif[4]. On a ici quelque chose comme "à la louange glorieuse de sa grâce, à la louange de sa grâce à Lui qui est en gloire, à la louange adorante de sa grâce". Nuance impossible, bien sûr, à rendre en français.

 

v.6b :   dont Il nous a gratifiés dans l'Aimé,

            hès echaritôsen hèmas en tôi ègapèménôi.

 

Le texte joue sur les mots : charis/charitoô et agapân. L'hapax ègapèménos remplace agapètos, plus commun.

 

- "Il nous a fait grâce ; Il nous a gratifiés" : c'est le second verbe-clé ; alors que le premier (il nous a choisis) insistait sur l'œuvre du Père, le second amène la part prise par le Christ. Notons toutefois que c'est le Père qui est encore sujet et qui nous a fait grâce. Notre rédemption ne cesse pas d'être l'œuvre du Père quand Paul souligne que tout s'est fait dans l'Aimé. Ici, c'est de la charis (grâce) de Dieu que le Fils nous "gratifie"

 

- "l'Aimé" :  (ègapèménos), rappelle l'Aimé (ègapètos) du baptême de Jésus (Mc 1,11; Lc 3,22;), de la Transfiguration (Mc 9,7; Mt 17,5; 2 P 1,17) ou en liaison avec le Serviteur d'Is 42,1-4 (Mt 12,18). Tout ce que le Père a fait, Il l'a fait dans son Aimé, parce que toute son œuvre est manifestation de son  amour. Ep comme Col aime souligner la fonction médiatrice du Christ, avec en, équivalent de l'hébreu be (par et dans).       

 

7       en qui nous avons le rachat par son sang,

         la rémission des fautes,

         selon la richesse de sa grâce

        

      en hôi echomen tèn apolutrôsin dia tou haimatos autou,

      tèn aphesin tôn paraptômatôn,

      kata to ploutos tès charitos autou

 

- "en qui": va développer le travail de l'Aimé.

 

- "nous avons" : non seulement la rédemption est un acte du passé, mais nous avons présentement en lui l'accès à notre rachat et à notre réconciliation avec Dieu (2,16). Cette rédemption définitive et toujours agissante (ephapax, Rm 6,10), est acquise par le "sang" du Christ et sa "croix" (2,13.16)

 

- "rachat, rédemption" (apolutrôsin, cf. Rm 3,24; 1 Co 1,30; Col 1,14;Hb 9,15). Ep s'appuie ici probablement sur Col 1,14, qui parle du "Fils de son amour". Derrière le mot, on entend "lutron" (rançon), et la mention du sang versé semble montrer que le rachat a un prix.  Les Pères ont souvent pensé que ce prix était payé à quelqu'un qui détenait un pouvoir sur les croyants. Mais si le Christ a été lutron (rançon, Mc 10,45; Mt 20,28) pour nous tous, ce n'est pas en payant à Dieu un tribut de souffrances que Dieu réclamerait, mais en donnant au Père tout l'amour qu'il pouvait lui offrir comme Fils de Dieu fait homme.     

      Remarquons que le terme "rachat" reviendra au v.14, à propos de ce que Dieu a "acquis". En fait Dieu a revendiqué ce qui déjà lui appartient. L' "acquisition" du peuple d'Israël recouvre le choix et la mise à part ; l'apolutrôsis de l'Église, comme peuple de Dieu suppose elle aussi une mise à part grâce à la Croix de Jésus. Nous sommes prompts à voir dans les souffrances du Messie le pendant purement négatif de notre libération ; mais il faut y voir avant tout un amour qui a été jusque là. Certes un mystère demeure : pourquoi le Fils de Dieu a-t-il accepté de souffrir ? Rien, dans notre expérience humaine, ne nous permettra jamais de comprendre cet amour ; jamais nous ne pourrons comprendre comment se rejoignent, en Dieu, ce que nous appelons amour et ce que nous appelons souffrance. Devant ce mystère en Dieu, notre langage humain sera toujours inadéquat.

Chez Paul on voit les trois aspects de la rédemption-libération : l'aspect historique, lié à la Croix et à Pâques, l'aspect actuel, et l'aspect apocalyptique, avènement du monde définitif.

Le rachat n'est pas une somme versée par Dieu, mais le don im-pensable fait par le Fils de Dieu pour combler la béance créée en l'homme par le péché. Dieu n'a rien à payer à qui que ce soit, mais le Fils de Dieu fait en notre nom ce qui nous est impossible ; et c'est pour nous infiniment mystérieux.

 

- "son sang" : l'expression se trouve plutôt rarement dans les Évangiles, où elle intervient surtout dans les récits de la Cène (Mc 14,24; Mt 26,28; Lc 22,20; Jn 6,53-56; cf. 1 Co 11,25 et, dans d'autres contextes, Mt 27,4.24.25; Jn 19,34).

Mais elle apparaît souvent dans le Nouveau Testament, exprimant bien des nuances positives de notre rédemption. Par le sang du Christ, moyen de propitiation (Rm 3,25) et de communion (1 Co 10,16), nous avons "accès au sanctuaire avec franchise" (Hb 10,19), le Christ par lui "s'est acquis son Église" (Act 20,28; Ap 5,9), il nous a "purifiés" (1 Jn 1,7), "déliés de nos péchés" (Ap 1,5), "justifiés" (Rm 5,29), "sanctifiés" (Hb 13,12), il nous a ouvert "le rachat" (Ep 1,7; 1 P 1,19)), il nous a "rapprochés" de Dieu (Ep 2,13), il a "fait la paix" (Col 1,20), il "purifie notre conscience des œuvres mortes" (Hb 9,14), il nous a donné "de laver nos robes" (Ap 7,14) et de "vaincre" (Ap 12,11) ; porteur de son sang, il a "pénétré" dans le sanctuaire céleste (Hb 9,12) ; c'est "le sang de l'alliance en qui nous avons été sanctifiés" (Hb 10,29), et "sang d'une alliance éternelle" (Hb 13,20), un sang "purificateur (d'aspersion, rantismos) (Hb 12,24; 1 P 1,2).

   Dans tous ces textes, le sens de rachat (rédemption) n'apparaît donc que deux fois (Ep 1,7; 1 P 1,19). Ce qui veut dire que le mot "rachat" (apolutrôsis de notre texte d'Ep), éclairé par tous ces textes du Nouveau Testament, renvoie a l'ensemble de l'œuvre de salut[5] accomplie par le Christ.

 

- "la rémission des péchés" (ou "transgressions") vient expliquer le rachat par le sang du Christ. C'est le péché qui met obstacle à la bonté de Dieu, et les souffrances assumées volontairement par le Christ opèrent la réconciliation et rétablissent la paix (Col 1,20), tant souhaitée par Dieu qui est amour.

   Le "pardon (rémission) des péchés": l'expression, employée surtout par Lc (Lc 24,47; Act 2,38; 10,43; 13 ,18), faisait partie des formules habituelles de la prédication missionnaire. Paul la reprend d'abord en Col 1,14, où elle voisine pour la première fois avec "rédemption".

   Ep emploie, comme synonyme des péchés (hamartiai) le mot paraptôma (manquement, cf. 2,1.5; neuf fois en Rm))

 

- "selon la richesse de sa grâce" donne le vrai sens de ce qui est réalisé dans l'Aimé : c'est une œuvre d'amour et de don, œuvre généreuse et libératrice qui a pour but, ne l'oublions pas, notre être de fils ou de fille de Dieu.

C'est la reprise de la pensée du v.6. On trouve déjà la même expression en Rm 9,23, et la même idée en Rm 11,33 :"ô abîme de la richesse de Dieu". Le mot de "richesse" revient souvent en Ep, richesse de la grâce (1,7; 2,7), de la gloire (1,18; 3,16), ou du Christ (3,8). Il amorce le verset 8.

 

 

v.8 :              qu'Il a fait surabonder pour nous

                      en (nous donnant) toute sagesse et prudence,

         

                      hès eperisseusen eis hèmas

                      en pasèi sophiai kai phronèsei,

 

-"il a fait surabonder", (eperisseusen) : c'est le troisième verbe majeur qui décrit l'œuvre de Dieu. Le premier (exelexato) visait l'œuvre du Père, le second (echaritôsen) soulignait que le Père agit par Jésus, ce troisième nous dirige vers le don d'une sagesse et d'une prudence qui sont en nous la marque de l'Esprit. Sagesse (sophia) pour goûter les choses de Dieu, prudence et tact pour les mettre en œuvre

Hès est mis pour èn (attraction du génitif charitos).

Il s'agit, non pas de la sagesse de Dieu (Jr 10,12; 51,15, où il est question de la sagesse créatrice), mais de l'intelligence du don de Dieu, qu'Ep demandera pour les chrétiens en 1,17 ; cf. aussi 3,4s. Dans le verset qui suit (v.9), Ep parlera d'annoncer, de faire connaître (aux croyants) le mystère de sa volonté.   

 

v. 9 :            nous ayant fait connaître le mystère de sa volonté

          selon le dessein-bienveillant qu'Il avait d'avance-formé en Lui (le Christ)

 

          gnôrisas hèmin to mustèrion tou thelèmatos autou

          kata tèn eudokian autou hèn proetheto en autôi

 

Jusqu'ici Ep a décrit notre élection avant le temps, notre destination à être fils et, en accord avec la première catéchèse chrétienne, notre rachat par le sang du Christ ; maintenant va être mise en lumière une autre dimension de l'événement-Christ : sa portée universelle et cosmique, son domaine sur le tout. Notre rédemption est replacée à l'intérieur de ce plan de salut. Ce "mystère de sa volonté" maintenant révélé (gnôrisas) est une raison supplémentaire de louer Dieu.

 

-"nous ayant fait connaître" (gnôrisas) : équivalant à "nous ayant révélé". Ep affectionne ce vocabulaire de la connaissance (faire savoir) : 3,3.5.10; 6,19 ; Dieu veut faire savoir le "mystère du Christ", le "mystère de l'Évangile". Pour l'instant Paul ne dit pas en quoi consiste ce gnôrisas ; mais cela deviendra plus clair dans la suite : Dieu a révélé dans l'Esprit le mystère aux apôtres et prophètes (3,5) et en a donné à Paul une connaissance spéciale (3,3), que Paul transmettra aux païens, et il mettra en pleine lumière  l'amour du Christ (3,19). Ainsi sera connue "la sagesse multiforme" de Dieu (3,10).

 

- "le mystère" (mustèrion) : dans Col et Ep, c'est le plan de salut longtemps voilé et maintenant dévoilé dans le Christ. La connaissance des mystères de Dieu intervient dans les cultes à mystères, le gnosticisme, l'apocalyptique juive et à Qumran. Paul ne parle jamais des mystères au pluriel, mais du "mystère du Christ" (3,4), dont la dimension cosmique est révélée (1,10; 3,9s). On est proche de 1 Co  2,7-10 et encore plus de Col 2,2; 4,3, où il est question du mystère de Dieu ou du Christ, maintenant dévoilé. Mais Ep y verse un contenu nouveau en reliant le mystère à l'Église, réunissant païens et juifs (3,6).

 

- "la volonté" (thelèma) de Dieu, toujours souveraine, et au  point de départ de tout ce qui concerne l'homme. Il s'agit d'un plan voulu librement par le thelèma de Dieu.

 

- "le dessein-bienveillant" (eudokia) : depuis le début c'est un dessein d'amour.

 

- "qu'il avait d'avance formé". Cf. Rm 3,25 et prothesis (Rm 8,28; 9,11; Ep 1,11; 3,11; 2 Ti 1,9; 3,10)

Selon Ep 3,11 il s'agira de porter à la connaissance des Puissances la sagesse de Dieu "selon l'éternel dessein qu'il a réalisé dans le Christ Jésus" (kata protesin tôn aiônôn hèn époièsen en tôi Christôi). Nous rejoignons ici le "d'avance" du v.5, qui nous reportait avant le lancement du monde ; ici Pl parle en plus de la fin des temps.

 

 

10               pour (mener à bien) la plénitude (l'accomplissement) des temps :

                    récapituler tout dans le Christ,

                    ce qui est sur les cieux et ce qui est sur la terre.         En lui

 

                    eis oikonomian tou plèrômatos tôn kairôn,

                    anakephalaiôsasthai ta panta en tôi Christôi

                    ta epi tois ouranois kai ta epi tès gès.                           En hôi

 

 

- "pour l'accomplissement des temps" : voici la finalité du projet de Dieu. En Ga 4,4, Pl parlait, non de la plénitude des kairoi, mais de la plénitude du chronos, en opposant le temps avant le Christ (sous la loi) et le temps accompli par le Christ (celui de la liberté). Ep regarde les temps qui ont couru, fixés par Dieu, et qui maintenant sont arrivés à leur plénitude.

   L'idée que les temps arrivent dans un ordre fixé par Dieu vient de l'apocalyptique (4 Esd 4,37, s Bar 40,3; 1,4). Qumran dira que Dieu les a fixés "dans les mystères de sa sagesse" (1QpHab 7,2.7.13s) ; mais au lieu d'affirmer que Dieu n'en a rien dit, Ep souligne que Dieu a annoncé la fin des temps comme arrivée. De plus, ce n'est pas un événement situé dans le cours des temps, mais un point qui ne sera plus franchi, le sommet de tous les temps, le temps final dans lequel le mystère de Dieu se réalise dans le Christ.

 

- "mener à bien" = l'économie (oikonomia) : gestion, agencement, exécution, manière de conduire. La plénitude des temps n'est pas seulement le moment, c'est l'objet de l'économie, l'âge nouveau, l'ère inédite issue de Pâques.

 

- "récapituler " (anakephalaiôsasthai) : le projet de Dieu est de "rechapeauter" toutes choses, tout l'espace-temps. Ciel et terre = hébraïsme pour désigner la totalité du monde. Regarder l'étymologie : kephalaion = le point culminant, le point décisif, la partie principale (un peu différent de kephalè = tête) ; ana : donc "de bas en haut" et "de nouveau". Nous retrouvons l'hymne christologique de Col 1,15-20, centrée déjà sur la tête (hb : rosh ; d'où premier-né, commencement, prémices, chef). 

   L'aspect temporel (reprise de choses anciennes) est moins important ici que l'aspect spatial et cosmique (intégration de choses jusqu'ici séparées). Col 1,20, qui utilise aussi "terre et ciel", insiste sur la réconcilation. Ep la repend également, mais dans un autre contexte (2,16), en mentionnant les deux groupes humains, païens et juifs.

 

- "tout" : à ce tout appartiennent aussi les Puissances (3,6; 6,12). Déjà Col 1,16.20 allait dans ce sens. Ep a choisi ce thème parce qu'il consonne avec kephalè : le Christ n'est pas seulement la force intégrante du Tout, mais la Tête au-dessus de tout (1,22s). La récapitulation de tout, la restauration de la seigneurie divine sur le tout est déjà advenue dans le Christ (1,20-22), avant même notre héritage (1,14) et le jour du rachat (4,30). Mais cette eschatologie présente et réelle n'empêche pas que les Puissances doivent encore être combattues (6,12) et que l'Église, domaine de la bénédiction et plérôme du Christ (1,23), soit encore en croissance (2,21; 4,16). Il faut donc comprendre : le tout est déjà récapitulé, souverainement et définitivement, mais il doit encore être soumis dans l'histoire terrestre à la seigneurie déjà inaugurée du Christ. Et cela au moyen de l'Église, dans laquelle sa seigneurie va croissant et qui révèle aux Puissances leur impuissance (3,10). Ce qui est déjà réalité dans le monde de Dieu (2,5s) doit se révéler et se réaliser par l'Église dans l'histoire des hommes. L'enthousiasme un peu borné de certains (1 Co 4,8; 2 Ti 4,18) doit connaître sa limite et revenir face à l'existence chrétienne, qui implique morale et lutte (4-6). Même pour Ep le rachat définitif (1,14) est encore à venir.

                                   

   Traductions patristiques : imposer comme tête (kephalèn epitithenai), lier ensemble, assumer (sunapsai), réduire (suntemnein), renouveler (ananeôsai), recapitulare, instaurare, restaurare, reintegrare.

   Traductions modernes :

recueillir toutes choses ensemble (Calvin)

grouper sous lui tous les êtres (Oltramare)

réunir toutes choses (A.Monod, Huby)

réunir de nouveau (Témoins de Jéhovah)

réunir l'univers entier sous un seul chef (TOB, Colombe)

rassembler toutes choses (Osty)

faire de l'univers un corps dont Christ serait la tête (Bible du Centenaire)

réduire (Masson) ou ramener toutes choses sous un seul chef (Lamarche)

pour tout mettre en tête, dans le Christ, ce qui est des ciels et ce qui est de la terre (Chouraqui)

pour faire toutes choses nouvelles (McHugh)

Avec toutes leurs nuances, ces traductions veulent insister sur le rassemblement, l'unification, la maîtrise par le Christ, le renouvellement : tous les aspects du projet de Dieu.

Regardons dans Ep comment ce plan de Dieu se manifeste.

1,15-23 : le Messie est promu tête de l'univers, parce qu'il a vaincu les Puissances, et il est désormais chef de l'Église ;

2,1-10 : depuis le pardon qui nous sauve, la récapitulation est œuvre de grâce et de recréation (ana : reprise) ;

2,11-22 : la récapitulation de l'univers suppose la réunification d'Israël et des nations ;

3,1-20 : la récapitulation, qui est la grande intention de Dieu, est annoncée par le ministère des Apôtres, tant aux nations qu'aux Puissances ;

4,1-16 : par la récapitulation le Christ occupe l'univers par son Corps en expansion ;

4,17 jusqu'à la fin : la récapitulation voulue par Dieu appelle chacun à l'éthique et au combat spirituel.

 

- "dans le Christ" : dans + par.

 

- "en lui" : reprend la fin des v.4.6.9, et amorce ce qui suit, comme une sorte de charnière.

 

 

11                   en qui nous avons aussi été-faits-héritiers,

                      ayant été d'avance-destinés

                      selon le projet de Celui qui réalise tout selon la décision de sa volonté,

 

                       en hôi kai eklèrôthèmen

                      prooristhentes

                      kata prothésin tou ta panta energountos

                      kata tèn boulèn tou telèmatos autou,

 

- on retrouve le même schéma de pensée : l'initiative revient à Dieu (destination-d'avance, projet, réalisation, délibération, volonté), le Christ est le médiateur (en Lui) et nous les bénéficiaires.

 

- accumulation des termes du vouloir.

- "tout, toutes choses", dans le monde et dans chaque vie.

 

- "nous avons été faits-héritiers" : comment comprendre eklèrôthèmen ? Deux sens possibles :

 

a) nous avons reçu notre lot : dans l'AT le sort (gôrâl, klèros) précise pour chaque tribu on chaque famille le lot (Heleq, meris) qui sera le sien au sein de l'héritage (naHalâh) commun ; primitivement le lot est dans la terre promise (ou Dieu pour les Lévites, Nb 18,20), puis la participation au monde futur au monde céleste, au Royaume.

b) nous avons été désignés pour être le lot de Dieu (Dt 4,20; 32,8-9). Israël est le premier-né, la possession, l'enfant chéri, le lot d'héritage du Seigneur.

 

Il s'agit donc de recevoir un héritage ou de devenir l'héritage de Dieu. De même au v.14 "l'acquisition" peut désigner l'acquisition faite par Dieu (1 P 2,9) ou par les croyants. En tout cas, le mot "hériter" (du v.11) ne peut avoir exactement le même sens quand il s'agit de Dieu ("se réserver") ou quand il s'agit de l'homme (recevoir comme bénéficiaire"). Il faudra donc, dans chaque cas, choisir la traduction qui convient.

 

En ce qui concerne le texte d'Ep 1,11,      ou bien on le rend par quelque chose comme :"vous êtes le lot que Dieu s'est réservé [ainsi BJ, Schlier, Barth, Bruce].

                                                              ou bien on le comprend  :"vous avez reçu de Dieu le lot",", qu'il nous a promis (Hb 11,8) et qu'il nous garde dans les cieux (1 P 1,4; Hb 9,15)[ainsi Masson, TOB, Gnilka, Schnackenburg]. C'est le sens qui nous paraît ici préférable (cf. Col 1,12) ; le verbe eklèrôthèmen est au passif, et cet aspect de don gratuit est souligné par les deux compléments avec kata :"selon le projet de Celui qui réalise tout selon la décision de sa volonté" (noter que Schnackenburg met une virgule après "celui qui réalise tout", donc désolidarise le second kata du premier, obtenant ainsi une seconde affirmation, parallèle à la première).

                     Déjà en Col 1,12 il est dit que nous rendrons grâce au Père, par qui nous avons part au lot des saints dans la lumière.  Cela peut être l'un des thèmes de la prédication baptismale (Act 26,18; Ep 5,8; 1 Tn 5,4s; 1 P 2,9) ; mais le verbe est de la même racine que klèronomia, qui reviendra au v.14

 

- "nous" : Le plan de Dieu dans le Christ atteint l'univers, mais nous sommes inclus dans ce plan, et il est lié à nous (Rm 8,19-23). Et Dieu nous a choisis pour "être à la louange de sa gloire" 'cf.v.12a)

 

- "prothesis" : Rm 8,28c-29; 9,11; 1 Co 2,7, mais pas encore avec la mention : "dans le Christ " préexistant.

    

 

12                      à être pour la louange de sa gloire,

                           nous qui d'avance-avons-espéré dans le Christ ;

                    

                             eis to einai hèmas eis epainon doxès autou

                             tous proèlpikotas en tôi Christôi.

 

-  Ici il faut justifier la traduction.

  "Être pour" (einai eis) ne doit pas être dissocié de son complément (la louange de sa gloire).

2° "Être pour" a pour sujet "nous" (hèmas), et le participe parfait qui suit (tous proèlpikotas) est l'apposition de hèmas.

   Il serait curieux qu'après eis to, qui vise le futur, on ait un parfait qui nous rejette dans le passé.

 

- Le parfait est choisi volontairement, pour mieux opposer le "nous" du v. 12 au "vous" du v.13. Le "nous" renvoie aux chrétiens d'origine juive, qui effectivement depuis des générations ont espéré le Messie ; le "vous" désigne les destinataires d'origine païenne.

 

 13             en qui vous aussi,

                  ayant écouté la parole de vérité, l'Évangile de votre salut,

                  en qui, venus à la foi, vous aussi avez été-marqués du sceau

                     de l'Esprit de la promesse, le Saint (Esprit),

  

       en hôi kai humeis

       akousantes ton logon tès alètheias,         to euaggelion tès sôtèrias humôn,

       en hôi kai pisteusantes esphragisthète

       i pneumati tès epaggelias tôi hagiôi ,

                                 

- deux participes : ayant écouté, ayant cru (akousantes, pisteusantes), et concentration du vocabulaire de la foi : écouter, parole de vérité, évangile du salut, croire, sceller.

 

- En 4,21, c'est la vérité qui est en Jésus, c'est-à-dire le message reçu, le renoncement nécessaire au vieil homme, et le revêtement de l'homme nouveau. Dans les grandes épîtres, c'est la "vérité de l'Évangile" (Ga 2,14), "la véracité de Dieu" (Rm 15,8), la "parole de vérité" (2 Co 6,7). En Col on perçoit une nuance polémique : la vérité se heurte aux séductions de la philosophie. Ici en Ep 1,13 la vérité a comme contenu l'évangile du salut.

 

- "en lui en qui" : style parlé, cf.la répétition de hoti en 2,11s

 

- "l'évangile de votre salut" (hébraïsme) : l'évangile qui vous a été apporté et qui vous sauve, en vous introduisant dans l'alliance (en Rm 1,16 l'évangile est une force divine pour le salut). L'Évangile est donc ici rapporté au salut ; en 2,17 et 6,15 il sera l'annonce de la paix. En Rm 1,1 on avait "l'Évangile de Dieu", en 1 Co 9,12; 2 Co  2,12; 9,13; 10,14; Ga 1,7 :"l'Évangile du Christ".

 

- "parole de vérité" et "évangile" : probablement. repris à Col 1,5, mais alors que "la parole de la vérité de l'Évangile" fait allusion en Col aux erreurs combattues, Ep s'intéresse seulement à la réception de l'Évangile qui apporte le salut (3,6) et à la compréhension en profondeur du "mystère de l'Évangile" (6,19). C'est le langage de la mission : l'Évangile n'est pas parole d'homme, mais en réalité parole de Dieu, qui annonce le salut aux païens, et qui travaille en eux (1 Th 2,13; cf.1,6.8; 2 Co 6,7). L'accueil de l'Évangile permet la foi, qui donne le salut (2,8; 3,12) et agit dans leur cœur comme une force vivante (3,17; 6,16). C'est l'enseignement paulinien (Ga 2,16; Rm 1,16; 3,22) sans toutefois l'allusion à la justification par les œuvres de la loi (2,9s).

 

- "ayant entendu/écouté" (obéissance à l'égard de l'annonce), "ayant cru" (l'accueil engendre la foi) : deux participes qui précèdent le verbe central.

 

- "vous avez-été marqués du sceau"(esphragisthete, repris en 4,30). Rapprocher surtout 2 Co 1,22 : "Dieu nous a marqués de son sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l'Esprit". On a ici la succession : écoute/foi/sceau qui débouchera sur le baptême ; mais pour Ep le sceau de la foi demeure le don de l'Esprit. Alors que, en 2 Co 1,22, Dieu a imprimé son sceau, ici l'Esprit-Saint est lui-même ce sceau, un signe que nous sommes du Christ. On ne peut traduire, avec Osty :"vous avez été marqués d'un sceau  par l'Esprit", car il faudrait alors hupo+génitif devant la personne qui fait l'action

Le Nouveau Testament prend ici la suite de l'AT et du judaïsme (Ez 9,4ss, cf. Apoc 7,2-8; peut-être Gn 17,11, repris par Paul en Rm 4,11, ou Col 2,11. Le "sceau" n'est pas encore un symbole baptismal dans le Nouveau Testament ; il le deviendra plus tard.

 

- "l'esprit de la promesse" (nouvel hébraïsme) : à la fois l'esprit qui est promis (Ga 3,14; Act 2,33) et l'esprit qui promet l'accomplissement, et donc l'entrée en possession de l'héritage (v.14). Ep tient à la promesse, parce qu'il appartient au mystère du Christ maintenant dévoilé que les païens partagent la promesse (3,6; 2,12).

 

- "le saint (Esprit)": déjà personnalisé, l'Esprit est à la fois donné et donateur.

 

 

14             qui est un acompte sur notre héritage                  

                  en vue du rachat de ce que (Dieu) s'est acquis

                  à la louange de sa gloire.

 

                ho estin arrabôn tès klèronomias hèmôn,

                eis apolutrôsin tès peripoièseôs,

                eis epainon tès doxès autou.  

 

L'Esprit Saint fait le lien entre le salut présent et la pleine rédemption, entre le baptême et l'héritage. Nous pouvons attendre cet héritage, parce que nous connaissons "la richesse de la gloire" de cet héritage (1,18)

 

- "acompte" (arrabôn): l'Esprit est déjà pour nous un acompte ; comprenons bien : l'Esprit ne nous est pas donné partiellement, en attendant "le reste" dans l'héritage futur ; il nous est donné déjà tout entier, mais sous forme d'anticipation, et l'héritage nous fait passer de la promesse à la réalité. Traduire "gage" peut mettre sur une mauvaise piste, car il n'est pas question de droit de notre part : le Saint Esprit nous est donné librement par la bonté de Dieu, mais pas encore pleinement. L'Esprit nous a été donné (2 Co 1,22; 5,5), mais comme prémices (aparchè, Rm 8,23)

 

- "héritage" (klèronomia) : adoption totale, fruit de la promesse. Cette fois on a :"notre", et il s'agit de l'héritage destiné à l'unique et universel Peuple de Dieu. La perspective ouverte par l'Esprit sur notre héritage céleste rejoint la catéchèse primitive, telle qu'on la trouve par Ex. dans 1 P 1,3-5; Ga 5,21; 1 Co 6,9s; 15,50. Ep y revient en 1,18; 2,7; 4,4, et il l'utilise encore en 5,5.

 

- "rachat" (apolutrôsis) : ou délivrance définitive grâce au sang du Christ (v.7). En 4,30 elle pointe vers la parousie (cf. Lc 21,28; Rm 8,23), mais sans insistance car le motif de la parousie n'apparaît nulle part ailleurs ; le moment de la pleine rédemption ne l'intéresse pas vraiment.

 

- "ce que Dieu s'est acquis" (peripoièsis) : l' "acquisition" a été faite par Dieu (Ex 19,5; Dt 7,6; 1 P 2,9; Act 20,28) . C'est la "segullâh" du Seigneur, son bien propre, son trésor personnel, qui sera dans le targum le Hâbîb, le bien-aimé, et qui est souvent rendue dans la LXX par periousios ( Ex 19,5; 23,22; Dt 7,5; 14,2; 26,18 ; cf. Tt 2,14). 

   D'autres comprennent (TOB,Bo) que la "prise de possession" est faite par nous ; et l'on renvoie à 1 Th 5,9 (acquisition du salut); 2 Th 2,14 (acquisition de la gloire), à Hb 10,39 (acquisition de notre âme/vie). Ainsi Schnackenburg, qui voit un parallelisme :"zur Erlösung, der Besitznahme (des Erbes)". Mais il vaut mieux compter avec un double sens de peripoièsis, un sens plus proche de l'hébreu (quasi traditionnel) et un sens plus proche du grec.

 

- "à la louange de sa gloire" : pour que soit louée sa gloire. C'est pour cela que Dieu s'est choisi son Peuple, et c'est le but de toute l'eulogie.

 

 

Vue d'ensemble

 

 

Cette eulogie, qui englobe tout ce que Dieu a projeté et réalisé en Jésus pour notre salut, n'utilise aucune hymne chrétienne, mais reprend des thèmes développés dans la catéchèse et la liturgie : plan de salut de Dieu pour ses fils, rédemption dans le Christ son Aimé, spécialement pardon des péchés moyennant son sang répandu. Ce dessein de rachat culmine dans un plan de sagesse universel, qui est de tout unifier dans le Christ. Tous les baptisés ont reçu l'Esprit et possèdent en Lui un acompte sur l'héritage, la promesse divine d'un rachat total. L'eulogie couvre donc tout le temps de la bénédiction en Christ, depuis le choix par Dieu avant le temps jusqu'à la pleine rédemption.

 

Nombreuses sont les répétitions et les images, qui donnent l'impression d'un texte cultuel. Cependant des différences importantes subsistent avec le style liturgique que l'on trouve par exemple dans l'Apocalypse (4,8; 5,12; 15,3; 19,1-2.5.6-8), dans l'Homélie pascale de Méliton de Sardes et les grandes liturgies orientales. On n'y remarque pas le foisonnement de symboles si caractéristique des Odes de Salomon. Malgré la richesse des expressions, nous restons dans une langue théologique, soucieuse d'ordre dans les idées, malgré des insistances significatives : "dans le Christ", "pour la louange", et le rappel de ce qui fonde l'existence chrétienne : "vous êtes sauvés par grâce" (cf. 2,5.8). L'auteur poursuit un but, en plus de la louange : il veut montrer aux chrétiens comment ils doivent se comprendre et situer leur action dans le monde.

 

Dans le reste de l'épître, l'auteur aura tout loisir de rappeler que le monde n'est pas seulement vaincu par les croyants (2,1-3; 4,17-19), mais demeure tentant (5,3-5) et menaçant (6,11-20).

 Dès le début toutefois il proclame que la foi sera victorieuse, et remet les chrétiens devant des perspectives exaltantes : reconnaissance, humilité, joie et confiance.

 

 

Réflexions pour la prière

 

1.   La pensée de Dieu nous voit dès avant le lancement du monde. Nous sommes précédés par cette pensée de Dieu, qui nous arrive du fond de l'éternité et qui reste pour nous infiniment mystérieuse. Nous voudrions l'imaginer, pour la maîtriser tant soit peu, mais c'est pour toujours impossible. Il nous faut demeurer devant ce mystère, et l'adorer avec nos pauvres moyens. En tout temps, il nous faut laisser la place pour bénir, et tout commencer par la bénédiction.

 

2.   C'est une pensée de Père, donc un projet d'amour. Au point de départ de tout, nous ne trouvons pas une exigence, mais le don de la vie et de l'espérance. Tout commence pour nous par une pensée d'amour paternel, plus forte et plus vraie que toutes nos faiblesses humaines, maladies ou infirmités ; aussi quitter la joie, c'est oublier ce projet d'amour et ce regard qui nous suit et nous précède. Nous ne pouvons ni ne devons nous réduire à telle ou telle de nos misères, qui n'aura qu'un temps, au maximum celui d'un passage sur terre. Le projet du Père, mystérieusement, précède et enveloppe tout.

    À cette pensée d'amour il nous appartient de répondre par l'amour, par un amour filial et confiant. Dieu a tout fait par amour ; il nous demande de mettre l'amour au milieu de toute vision d'avenir, dans tout jugement et dans tout projet.

 

3.    Dieu, dès avant le temps, nous veut saints et irréprochables ; il y a toujours à la fois choix et appel moral, don et attente : nous demeurons toujours "en face de Lui". Il veut des fils, des fils comptables de leur intégrité, responsables de leur sainteté.

 

3b.  Sa volonté se veut toujours bienveillante (eudokia) ; sa bienveillance inclut toujours une vocation.

 

4.  Il nous a choisis, il nous a fait grâce, il a fait surabonder : nous avons là toute l'œuvre du Dieu Un, dans la richesse de sa Trinité.

   

5.    Mystère, que Dieu soit en même temps bon et juste, pas successivement et en mêlant plus ou moins les deux, mais en même temps et totalement les deux.

 

6.    Si nous sommes fils, c'est dans le Fils, et nous tournons sans cesse le regard vers le Fils, en qui nous avons tout ce qui nous fait vivre, tout ce que Dieu, dans son éternité, a préparé pour ceux qu'Il aime : le pardon, la paix, l'espérance, la joie.

 

7.    L'Esprit-Saint est lui-même le sceau de l'amour du Père. Il nous relie déjà à l'héritage du dernier jour. Partout l'Esprit unifie.

 

8.   Louer sa grâce, la richesse de sa grâce ; louer sa volonté-bienveillante, son plan d'amour, sa résolution de pardonner nos péchés à travers la souffrance de Jésus, son projet de tout rassembler dans son Fils. Le louer dans sa gloire, dans son mystère.

 

9.   Toute grâce nous vient dans l'Aimé.

 

10.   La richesse de sa grâce débouche dans son mystère, dans l'économie mystérieuse de son dessein d'amour.

 

11.  La richesse de sa grâce surabonde pour nous, quand l'Esprit nous donne sophia (sagesse) et phronèsis (pensée, intelligence, sentiments qui animent la vie et le comportement) pour comprendre cette grâce, la goûter, en prendre conscience et en vivre pleinement. Sophia et phronèsis, c'est quelque chose comme : compréhension profonde et sentiments fidèlement adaptés.  

 

12.  Notre salut fait partie du plan universel de Dieu dans le Christ, mais le plan universel se mesure à l'homme !

 

13.  Dieu veut pour nous un lot, parce que nous sommes le lot de Dieu ! Il nous veut héritiers, c'est-à-dire possesseurs d'une vie éternelle.

 

14.  Appelés à devenir louange : c'est l'intuition d'Elisabeth. Louange de cet immense plan d'amour.

 

15.    L'Esprit, acompte de notre héritage, nous branche déjà sur l'éternité. Il fait le lien entre l'aujourd'hui et le futur. Il nous est donné tout entier, mais nous ne le recevons que partiellement.

 

 

 

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[1] Pour Paul le mot Christ désigne le Fils de Dieu même avant son incarnation.

[2] Voir encore Rm 6,19; 1 Th 4,4; 2 Th 2,13; 1 Ti 2,15; Hb 12,14

[3]  Le réfléchi pour la 3e personne est souvent négligé par la Koinè.

[4] 1 P 1,8 parle d'une "joie glorifiée" (dedoxasménè).

[5]  La même conclusion ressort de l'étude du mot "mort" (thanatos). Qu'est-ce qui est associé par le Nouveau Testament à la mort du Christ ? Toujours une œuvre positive : nous sommes réconciliés avec Dieu (Rm 5,10 ; Col 1,22), nous sommes baptisés dans sa mort (Rm 6,3), nous sommes ensevelis avec lui (Rm 6,4), nous sommes devenus un même être avec lui (sumphutoi) par une mort semblable à la sienne (Rm 6,5), nous annonçons sa mort jusqu'à  ce qu'il vienne (1 Co 11,26), nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de mort de Jésus , nous sommes continuellement livrés à la mort à cause de Jésus (2 Co 4,10-11), ainsi la mort fait son œuvre en nous (2 Co 4,12), lorsque nous nous rendons conformes à sa mort (Ph 3,10) ; à cause de la mort qu'il a soufferte, nous le voyons couronné de gloire et d'honneur, afin de goûter, par la grâce de Dieu, la mort pour tout homme (Hb 2,9), il a détruit par la mort celui qui avait pouvoir sur la mort (Hb 2,14) ; la mort qu'il a soufferte pour racheter (eis apolutrôsin) les transgressions commises sous la première alliance (Hb 9,15).

    Proche du sang et de la mort, le thème des souffrances (ou souffrances de mort) de Jésus nous ramène aussi à la conformité (Ph 3,10) et à la communion (Hb 2,9; 1 P 4,13).