fichier : Ep.Jean

(epj)

 

 

 

 

 

Première épître

 

de

 

Saint Jean

 

 

 

 

résumé à partir de Raymond E.Brown

 

(avec des titres d'alinéas  )

 

 

 

 

 

60 p.

 

 

Plan

 

 

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Prologue :1,1-4 :                                             p.3-6

 

 

1,5 – 3,10         Partie I : Dieu est lumière, et nous devons marcher dans la lumière comme Jésus.

 

                       

§2 : 1,5 – 2,2 : Trois vantardises et trois hypothèses en réponse.                          p.7-14

 

                        §3 : 2,3 – 11  : Trois prétentions d'aimer Dieu, à tester par la conduite.    p.15-20

 

            §4 : 2,12-17   : Exhortation aux croyants : ayant vaincu le malin,

 ils doivent résister au monde                                       p.21-24         

§5 : 2,18-27   : Mise en garde contre les sécessionnistes, antichrists

qui nient le Père et le Fils.                                              p.25-29

 

§6 : 2,28 – 3,10 : Enfants de Dieu // enfants du diable.                           p.30-35

 

 

3,11 – 5,12        Partie II:          Nous devons nous aimer les uns les autres,

comme Dieu nous a aimés en Jésus Christ.                         

 

§7 : 3,11-24  : L'évangile de l'amour réciproque.                                    p.36-41

 

§8 : 4,1-6      : L'esprit de vérité et l'esprit du mensonge :

leurs adhérents respectifs.                                            p.42-44

 

§9 : 4,7 – 5,4a L'amour réciproque comme moyen

de demeurer en Dieu et de l'aimer.                               p.45-51

 

§10: 5,4b-12   La foi vainc le monde, et le rôle du témoignage.               p.53-56

 

 

5,13-21 : Conclusion :                                                                                                           p.57-60

 

 

 

 

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            Première épître de Jean

 

 

 

1 Jo 1,1-4                               Le Prologue

 

 

 

1a                                            Ce qui était dès le commencement,

1b                                            ce que nous avons entendu,

1c                                            ce que nous avons vu de nos yeux,

1d                                            ce que nous avons contemplé,

1e                                            et ce que nos mains ont palpé, -

1f                                            au sujet du Verbe de vie ;

2a                                            ( et la vie s'est manifestée,

2b                                            et nous avons vu, et nous portons témoignage

2c                                            et nous vous annonçons la vie,

2d                                            la vie éternelle

2e                                            qui était auprès du Père

2f                                            et qui s'est manifestée à nous)

3a                                            ce que nous avons vu et entendu,

3b                                            nous vous l'annonçons à vous aussi,

3c                                            pour que vous aussi vous soyez en communion avec nous.

3d                                            Et notre communion à nous est avec le Père

3e                                            et avec son Fils Jésus Christ .

4a                                            Et ceci, nous l'écrivons, nous,

4b                                            pour que votre joie soit en plénitude.

 

 

 

 

 

 

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Commentaire sur le Prologue de I Jo

 

 

 

C'est une spécialité joh. que de commencer par un Prologue théologique.

Mais le Prologue de I Jo est un commentaire de celui de Evjo.

Certes le Prologue de Evjo, qui peut être regardé comme une hymne de l'Église primitive, est plus poétique, plus intelligible.

Le terme "hymne" a été aussi appliqué à Prol.I Jo, mais il n'y a aucune raison qu'il ait existé séparément.

On a parlé d' "ouverture". Mais normalement une ouverture anticipe sur les thèmes majeurs d'une œuvre, or ici il manque : la garde du/des commandements et l'amour mutuel.

Renoncer à voir une progression dans les changements de temps et de mots.

Cependant ce texte a une fonction dans le corpus joh. (autorité et œuvre d'un témoin oculaire). Il montre qu'on peut lire Evjo d'une manière orthodoxe ; les phrases "ce que" montent l'importance pour la prédication chrétienne du ministère de Jésus sur terre.

Bien voir la passion qui soulève ce texte : le crescendo du v.1 sur l'expérience sensorielle prouve l'exaspération croissante provoquée par l'opposition en insistant sur le message de l'Evjo.

 

 

A.              Le flux des idées

 

 

A.                le message : une réalité divine (personne ou attribut), "ce que" ou 3e ps sg, + duratif est/était.

1a; 2a; 2de; 5d. Message de vie

B.                transmis explicitement ou implicitement.

"depuis le début", révélé, 2f; 5a

C.                "nous" : au passé, ont eu connaissance du message A d'une manière sensorielle.

1b-e; 2b; 3a; 5b. C'est l'école joh., qui a préservé un témoignage sensoriel sur Jésus provenant du DA

D.                "vous": destinataire, explicite ou implicite.

1f; 2bc; 3b; 4a; 5c

E.                   communion : du vous et du nous; car le "nous" est déjà en communion avec le P et le F, par la révélation de vie qu'ils ont reçue, avec les autres tenants de la tradi. Communion menacée.

3c-e; 4b.

 

Cela amène à 1,5. (Traduction Brown du Verbe de vie°)

 

B.               Relations entre les deux Prologues

 

 

Certains pensent que le Prol. viole le standard de la lettre. Mais pour Brown il ne s'agit pas d'une lettre.

Le Prol. réinterprète celui de Evjo, en réfutant des adv.qui le dénaturent. Voici les ressemblances :

 

Evjo 1-1-18                                                                          I Jo 1-1-4(5)

 

1a            Au commencement était le Verbe                                    1a            Ce qui était dès le commencement

1b           Le Verbe était en présence de Dieu                                 2de         La vie éternelle qui était en présence de D

4a            En lui (le Verbe) était la vie                                               1f            Le Verbe de vie (°)

4b           Cette vie était la lumière des hommes                             5d           Dieu est lumière

5ab         La lumière brille dans les ténèbres                                  5e            En Lui il n'est pas de ténèbres

                et les ténèbres ne l'ont pas saisi

14a          Le Verbe s'est fait chair                                                     2a            Cette vie a été révélée

14b         Et il a fait sa demeure parmi nous                                    2f            et fut révélée à nous.

14c          et nous avons vu sa gloire.                                                              1d           Ce que nous avons vu

16ab       De sa plénitude nous avons tous reçu                           3de         La communion que nous avons avec

17a          par Jésus Christ                                                                                 le Père et son Fils

18b         Dieu le Fils unique                                                                             Jésus Christ

                Chaque Prol. commence par le thème de la réalité divine qui était au/à partir du commencement ; puis apparaît le thème de la zôè, "vie". Dans chacun il y a une double interruption, dans chacun le thème du marturein, "témoigner" apparaît seulement dans une interruption-parenthèse ; dans chacun, réaction visuelle du "nous" à la manifestation de la réalité divine, et une participation à Dieu est amenée par la manifestation de la réalité divine.

 

Différences :    - Il n'est pas vraisemblable que l'auteur soit le même

 

 

C.              But du Prologue de la I Jo

 

Les réinterprétations.     

Le Prol. de Evjo était primitivement une hymne, bien connue de le communauté joh., qui résumait  la christologie  joh. Dans le Prol. de 1 Jo, l'auteur veut corriger la méprise de ceux qui, tout en croyant que le Verbe s'est fait chair, s'en tiennent à l'envoi et à la venue du Fils de Dieu, mais sans rien dire de sa carrière humaine et de sa mort.

Ces sécessionnistes pouvaient s'appuyer sur Evjo 1,1.14.16.

                L'auteur de 1 Jo ne pouvait attaquer le Prol. de l'évangile, qu'il partageait, mais redresser la manière de comprendre ce Prol. Commençant en 1,19, l'autorévélation de Jésus allait de sa rencontre avec le Baptiste jusqu'à sa mort et sa résurrection. Logiquement l'incarnation venait d'abord, mais comme préface à la vie et à la mort.

                Le mot "commencement" change de sens : le "commencement" dont il s'agit en Evjo ne peut être connu que par un autre "commencement", où le Fils s'est révélé aux disciples qui pouvaient l'entendre, le voir de leurs yeux, et le toucher de leurs mains.

                L'Evjo réagissait à l'incarnation en disant, en 1,4 :"Nous avons vu sa gloire". I Jo proclame que cette gloire était celle de quelqu'un qui avait vécu une vie réelle.

                L'Evjo disait "nous=toute la communauté joh.", présupposant que ce "nous" avait connu historiquement Jésus . I Jo insiste sur cette expérience sensorielle. Le "voir" de I Jo est plus sensoriel que le "nous avons vu" de Jo 1,14.

                Le mot "logos" est réinterprété (°?) et désigne maintenant le message prêché durant le ministère de Jésus, et ensuite par les porteurs de la tradition joh. (inspirés par le Paraclet). Le Verbe (Evjo 1,4; 12.13) n'a été connu que par la "parole" que Jésus a proclamée durant son ministère, et qui l'a révélé comme l'incorporation de cette vie qui était auprès de Dieu.

                De même que, en Evjo 1,6.8,  dans une interruption, le Baptiste témoigne, dans le Prol. 1 Jo (v.2) le "nous" témoigne.

                I Jo ne redit pas, comme EvJo 1,10, que le Verbe vient ou est envoyé, mais que la vie est révélée (phaneroun, employé dans EvJo pour le début du ministère public : Jn 1,31; 2,11; 7,4; 9,3).

 

Reprise des différents éléments du tableau

 

L'élément "divine réalité" est très court, mentionné simplement comme le sujet, alors que la moitié du Prol.EvJo décrivait cette réalité (l'Évangile de Jo luttait contre les Jfs qui niaient qu'il s'agisse de cette réalité, tandis que dans I Jo les adversaires sécessionnistes le présupposent).

L'élément B, "comment est connu le message", n'est pas développé. De nouveau il n'est pas contesté par les sécessionnistes.

Le "nous", élément C, est développé : près d'un tiers du Prol., avec une double insistance sur les porteurs de la tradi. Joh. et sur l'expérience sensorielle. Le Prol. de Evjo mentionne un "nous" seulement vers la fin (1,14.16) et ne le contredistingue pas d'un "vous" (parce que à l'époque la communauté joh. fait bloc contre les Jfs et les chrétiens hétérodoxe.(alors que I Jo 2,19 parle d'un "eux"). La tradi qui est derrière ce "nous" est-elle difte de celle dont se réclament les sécessionnistes ? Les sécessionnistes ont-ils suivi un meneur porteur de tradi ? Nous ne savons pas. Ce qui est clair, c'est qu'en disant "nous" l'auteur suppose que les sécessionnistes s'en prennent à un groupe. Noter que la distinction nous/vous n'est pas étrangère à Evjo (20,29; 17,6.20). Donc, même dans la communauté joh. où le Paraclet enseigne tout, il y a place pour une chaîne humaine de tradition. (Tout ce qui est dit du Paraclet a été dit de Jésus, si bien que le Paraclet est à Jésus ce que Jésus est au Père). L'auteur de 1 Jo a la même mentalité, mais il souligne le "nous" plutôt que le Paraclet. Comparer Evjo 3,31-32 et 1Jo 1,2-3. Le déplacement se comprend si les sécessionnistes proclamaient que le Pa authentifiait ce qu'ils disaient. En 1Jo 4,1.6 l'Esprit de vérité est un autre nom pour le Paraclet, cf. Evjo 14,17; 15,26; 16,13. L'auteur réfute la prétention "sécessionnistes=Paraclet" en montrant que le Pa travaille par les témoins humains, qui ont suivi "depuis le comt"(15,26).

L'élément D(estinataires) est aussi important que C. L'auteur n'est pas seulement un laudator temporis acti, "louangeur du temps passé" : il veut une communication (témge, parole, proclamation, écrit). De nouveau, contre les sécessionnistes, l'auteur souligne le rôle salvifique de la carrière humaine de Jésus et de la continuation de cette révélation à travers la proclamation de la communauté.

L'élément E est la koinônia, "communion", recherchée. L'introduction d'un "nous" n'est pas création d'une hiérarchie, car tous sont disciples. L'auteur veut que toute distinction soit abolie entre C et D.

Deux suppositions notables

 

            Le "nous" est déjà en koinônia avec le P et le F., et le "vous" doit s'y joindre. Une koinônia existait au ciel entre P/F, que l'incarnation nous invite à rejoindre.

                L'auteur n'a pas besoin de le prouver, parce que les sécessionnistes revendiquent pour eux-mêmes une telle communion (1,6;2,6). Mais, dit l'auteur, tous ceux qui se réclament de Jn n'ont pas cette koinônia, et elle exige un effort. Le "nous" la possède ; et aussi le "vous" s'ils acceptent l'union, mais pas s'ils restent adversaires (2,19), s'ils restent attachés à la lecture de Jn des sécessionnistes. L'adhérence à l'Évangile joh ne se comprend que si c'est l'Évangile que "nous" avons entendu de Jésus.

                Le "nous" s'interpose entre "vous" et la koinônia avec P/F. Les sécessionnistes pourraient arguer de Jn 15 (la vigne et les sarments, binaire, non triangulaire). Réponse possible de l'auteur avec Jn 17, 20-21, où il y a deux groupes qui doivent s'unir.

 

            Le choix de koinônia (jamais présent dans Evjo), rend un son ecclésial que l'auteur vt souligner contre les sécessionnistes. Certes le mot dit la même chose que l'inhabitation, mais le NT l'emploie plus pour l'union entre chrétiens que pour l'union à Dieu, et les sécessionnistes qui l'employaient volontiers comme verbe, mais pour l'union à Dieu, ne devaient pas aimer le nom (qui renvoyait à l'union entre chrétiens).

                Alors que les sécessionnistes avaient un certain sens de l'union entre eux, ils soutenaient en thie l'union directe avec Dieu, et ils ne donnaient pas à l'union entre eux le même sens salvifique que 1 Jo 1,3 où il est la condition sine qua non de l'union avec Dieu. Les sécessionnistes n'acceptent pas l'interprétation 1 Jo de koinônia, qui implique d'adhérer à ce qui a été vu et entendu.

 

Le but final, c'est la joie.

           

Là encore l'auteur a modifié le rapport binaire P/F – croyants en introduisant un troisième terme : Ma joie/notre joie/votre joie. Il peut faire appel à Jo 17,20.13

 

 

 

 

 

 

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                        § 2           1 Jn 1,5 – 2,2
       L'Évangile de Dieu-Lumière. Trois prétentions, trois réponses

 

 

 

5a                           Et voici l'annonce

5b                           que nous avons entendue de Lui

5c                           et que nous vous rapportons :

5d                           Dieu est lumière,

5e                           et il n'y a pas en lui de ténèbres.

 

6a                           Si nous disons que nous sommes en communion avec lui,

6b                           et que nous marchions dans les ténèbres,

6c                           nous mentons

6d                           et nous ne pratiquons pas la vérité.

7a                           Mais si nous marchons dans la lumière,

7b                           comme lui-même est dans la lumière,

7c                           nous sommes en communion les uns avec les autres,

7d                           et le sang de Jésus son Fils,

7e                           nous purifie de tout péché.

 

8a                           Si nous disons que nous n'avons pas de péché,

8b                           nous nous abusons nous-mêmes,

8c                           et la vérité n'est pas en nous.

9a                           Si nous confessons nos péchés,

9b                           Il est fidèle et juste :

9c                           Il nous remettra les péchés

9d                           et nous purifiera de toute iniquité.

 

10a                         Si nous disons que nous n'avons pas péché,

10b                         nous faisons de Lui un menteur,

10c                         et sa parole n'est pas en nous.

2,1a                        Mes petits enfants, je vous écris ceci pour que vous ne péchiez point.

   1b                        Et si quelqu'un vient à pécher,

   1c                        nous avons auprès du Père un Paraclet,

   1d                        Jésus Christ, le Juste

   2a                        et il est lui-même victime de propitiation pour nos péchés,

   2b                        non seulement pour les nôtres,

   2c                        mais encore pour ceux du monde entier.

 

 

 

 

 

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Questions de structure

 

Partie I : 1,5 – 3,10 : Dieu est lumière

La première unité : 1,5 – 2,2. Où le v. 1,5 sert de transition et par trois fois "si nous … mais si", v. 6-7, 8,9, 10-2

Le v. 2,1a est une parenthèse ; 2b fournit le "mais si" qui répond au "si nous" de 1,10.

Arguments pour terminer en 2,2 : - ho légôn,"celui qui dit" a un autre accent (2, 4.6.9); - il y a une inclusion entre 1,6-7 et 1,10-2,2 ("nous sommes des menteurs" (1,6) a comme répondant "nous faisons de lui un menteur"(1,10) ; "le sang" de 1,7 a pour répondant "expiation" de 2,1-2).

 

 

A.               Dieu est lumière sans ténèbres (1,5)   

 

Verset clef pour tout le passage. Parce que reprend tout le Prol. qui précède. De nouveau il y a une réalité divine (Dieu lumière) qui implicitement est donnée à connaître (évangile) à un "nous" qui revendique une expérience sensorielle, et qui communique cette réalité à un "vous". Même le vocabulaire du Prol. trouve écho en 1,5abc (évangile/nous avons entendu/nous vous déclarons).

 

Ce verset 5 est plus proche du Prol.1 Jo que le Prol.Evjo n'est proche de Evjo (le début des deux œuvres se correspond : "c'est l'Évangile"(I Jo 1,5)/"voici le témoignage" (Jo 1,19).

 

Le contenu de l'Évangile proclamé (1,5de) introduit aux prétentions qui suivent. Ces prétentions ("si nous disons", v.6.8.10) représentent la pensée des sécessionnistes. Faut-il le dire aussi de 1,5de ? Cert. le pensent, et n'attribuent aux sécessionnistes que "Dieu est lumière", le reste étant une correction de l'A. Correction jugée nécessaire parce que les sécessionnistes, comme les gnostiques sur la base de Is 45,7, pensaient qu'il y avait des ténèbres en Dieu ? Non : il semble que les sécessionnistes aussi tenaient qu'il n'y avait pas de ténèbres en Dieu.

Dans ce cas l'A. visait, non le slogan, mais l'attitude morale qui recréait l'opposition lumière/ténèbres (v.6).

Donc l'A ne cite pas les sécessionnistes en 1,5de. 1° L'A dit "si nous disons", distinguant bien la prétention (être en communion avec Dieu) de la nuance des sécessionnistes. 2° "Dieu est lumière" est l'Évangile que nous avons reçu du Christ : l'A va-t-il dire que c'est le slogan des sécessionnistes ? 3° Toute la phrase "Dieu est lumière et il n'y a pas en lui de ténèbres" peut dériver de la tradi joh , telle que connue dans Evjo, sans soupçon d'erreur.

 

Développons ce 3°, car c'est la première occasion de montrer comment l'A continue la tradi joh pour sa angelia (son annonce).

Dans Evjo Jésus est Celui qui vient de Dieu, déclarant (anangellein) toutes choses comme il les a entendues du Père (Jn 4,25 ; cf. 12,49-50). Le Pa déclare les choses comme il les a entendues de Jésus (16,13-15). Le "nous" de l'école joh. déclare aux membres de la communauté "l'Évangile entendu de lui" (I Jo 1,5). Dans cette chaîne (Dieu/Fils/Pa/nous), le "de lui" = de Jésus, interprété par le Pa. Les discours de Evjo, bien qu'enracinés dans la tradi joh. des discours de Jésus, ne sont pas une citation littérale. La parole "Dieu est lumière et il n'y a pas en lui de ténèbres" n'est pas non plus une citation littérale du Jésus hist. ou du Jésus joh. Il y a "reworking" de la tradi de Jésus par le Pa, et nous le trouvons dans Evjo. Mais le reworking ne s'est pas arrêté à l'Evjo, et la tradi "venant du Christ" que nous trouvons en1Jo peut représenter un reworking similaire (inspiré par le Pa) de paroles de Jésus semblables à celle de Evjo sur "lumière et ténèbres" (3,19 ; 8,12; 12,35; 12,46).

 

Plus précisément (à partir de la continuité 1 Jo Prol. – 1 Jo 1,5 et de la relation Prol. 1 Jo – Prol.Evjo) la source de 1 Jo lumière/ténèbres est probablement Evjo 1,4.5.9. Pour l'A. de 1 Jo le Prol. de Evjo était une hymne à partir de l'enseignement du Jésus joh., et en s'appuyant sur cette hymne, il pouvait dire :"nous avons entendu de lui".

En 1 Jo 4,8 l'A. poursuit sur la parole de Jésus  en Jn 3,16, et la reformule : "Dieu est amour".

Ici il poursuit les affirmations de Prol. Evjo sur Jésus venu de Dieu comme lumière, et reformule ainsi : "Dieu est lumière".(Modèle partiel : "Dieu est esprit" (Jn 4,24).

 

Que signifie "lumière/ténèbres" en I Jo 1,5de, et comment le sens est-il affecté par la suggestion 'reformulation de Evjo ?'

Le symbolisme joh. est renforcé par des parallèles bibliques et intertestamentaires :

Bibliques : Dieu est associé à la lumière (Ps 4,7; Hab 3,4) ; la sagesse de Dieu est un reflet de sa lumière (Sg 7,26) ; l'action  créatrice de Dieu est formulée "que la lumière soit !"(Gn 1,3 ; Is 45,7) ; l'action salvifique de Dieu dans le monde est lumière (Is 9,1; 60,1-3) ; Dieu illumine les âmes (Is 51,4; Ps 36,10; 119,105; Prov 6,23), en particulier Dieu est lumière d'Israël (Is 10,17) et de l'individu israélite (Ps 27,1; Is 60,19-20).

 

Intertestamentaires. Test.XII et Qumran : dualisme lumière/ténèbres : Test.Levi 19,1; 1QS 3,20-21; 1QM 1,1.

Dans la pensée de Jn, également dualistique, Jésus est venu dans le monde pour décider les hommes à un choix lumière/ténèbres ; son adversaire est le Prince dont le Royaume est la nuit.

 

L'A. de 1 Jo reprend tout cela ; mais dans son affirmation "Dieu est lumière" on note une différence avec Evjo. Des 23 emplois de phôs, "lumière", dans Evjn, 19 concernent Jésus directement ou indirectement. Il ne suffit pas de dire que Evjo est christologique et 1 Jo plus théologique dans ses affirmations. Si la première source de 1 Jo est bien le Prol. de Evjo, la solution du problème peut être dans Jo 1,4.5.9 où Jésus est une lumière préexistante qui vient en ce monde. L'A. de l'épitre est convaincu que la lumière de Dieu est connue non seulement par l'entrée de Jésus dans le monde, mais aussi dans et par la carrière de la lumière dans le monde. "Dieu est lumière" renvoie, non à sa sainteté-gloire-perfection, mais à la connaissabilité de Dieu. Les sécessionnistes, continuant EvProl, pourraient arguer que, parce que la lumière est venue dans le monde, Dieu est connaissable par ceux qui sont venus à la lumière ; mais pour l'A, "Dieu est lumière" est un évangile, que les disciples ont expérimenté durant le ministère. Cette tradi. authentique a été transmise par l'école joh. ("Nous avons entendu de lui et nous vous annonçons"). Ainsi pour l'A de 1Jo la lumière qui a lui dans la vie de Jésus sur terre continue de briller dans la vie de ceux qui le suivent. Pour Philon, Dieu est l'archétype de toute lumière dans l'univers, et descendre du ciel, c'est se mêler de ténèbres ; tandis que pour l'A, l'évangile signifie que par la vie de Jésus nous sommes parvenus à connaître dès cette terre que Dieu est lumière sans ténèbres.

 

Comme les autres formules "Dieu est ","Dieu est lumière" n'est pas une définition abstraite de Dieu, mais révèle son identité en termes de fonction. C'est vrai également de l'autre partie de la formule : "Il n'a pas en Lui de ténèbres". Quand la lumière divine s'est révélée dans le ministère de Jésus, il repoussa les ténèbres (de ceux qui vinrent à la lumière) en pardonnant les péchés, principale manifestation de la lumière. C'est pourquoi ceux qui ont préféré poursuivre leur vie de péchés se sont détournés de la lumière, si bien que la seule présence de Jésus constituait leur jugement (Jn 3,19-21). Ce jugement implique que ceux qui sont venus à la lumière continuent à préférer la lumière aux ténèbres. Les sécessionnistes peuvent arguer : pour ceux qui ont rencontré Jésus, il y a pas de jugement (Jn 5,24) ! ; mais pour l'A, l'opposition aux ténèbres continue, à cause de la nature de cette vérité.

 

Il y a un réflexe d'Alliance : Lv 11,45 ; cependant dans la pensée joh. ce n'est pas simplement une adhésion volontaire : elle est basée sur une naissance comme enfant de Dieu à partir de sa vie (Jn 3,3.5). Dans la pensée joh., si Dieu est lumière sans ténèbres, et si Jésus en tant que lumière incarnée fait face aux ténèbres et au péché, les enfants de Dieu doivent vivre de lumière sans adjonction de ténèbres.

Si le Jésus de Jn dit :"Dieu est esprit", il conclut "ceux qui l'adorent doivent l'adorer en l'Esprit". De même, quand il dit "Dieu est amour", il conclut que nous devons nous aimer les uns les autres (4,8.11). Ainsi, si "Dieu est lumière", nous devons marcher dans la lumière et non dans les ténèbres, sinon nous avons une autre idée de Dieu, ce que l'A va montrer. De ce principe il va tirer toute sa réfutation de ses opposants, et développer lumière/ténèbres en une série de prétentions chaque fois refusées.

 

B.                 Conséquences éthiques de "Dieu est lumière"(1,6 – 2,2)

 

Quand on arrive en 1,6, on voit que l'attaque principale  porte sur le domaine moral, alors qu'on aurait attendu que l'A attaque en priorité sur le domaine christologique. A-t-il craint d'attaquer sur ce point plus abstrait ? En tout cas il  commence par six conditionnelles, 3 x 2. Le schéma de chaque paire est : désapprouve/approuve, mais il faut voir la gradation de paire en paire, et il y a cohérence entre les 3 "désapprouve", de même qu'entre les 3 "approuve".

 

1.                            Les 3 "désaprouve":

 

a)      Protases

6ab             Si nous disons :"Nous sommes en communion avec lui", et que nous marchions dans les ténèbres

8a             Si nous disons :"Nous n'avons pas de péché" ( nous sommes libres de la culpabilité du péché)

10a           Si nous disons :"Nous n'avons pas péché"

Les apodoses sont très semblables, les protases aussi, probablement. Les apodoses sont d'intensité croissante, donc les protases aussi.

En 2,19 l'A mentionne explicitement les ennemis. Il est significatif que, en v. 6.8.10, l'A dise :"nous", et non pas "eux". Probablement l'A craint une contamination par "eux", mais il formule en "nous".

 

Protase 6ab : L'A emploie koinônia,"communion". Le terme, avec ses connotations eccl., ne vient probablement pas des sécessionnistes, qui auraient employé einai en, "être en", , menein en,"demeurer en" (Jn 14,23; 17,21; I Jo 41,5-16). Par cette formulation, l'A rappelle que la koinônia avec Dieu implique la koinônia avec les porteurs de la tradi joh (1,3), ce qui est nié dans la prétention de v.6a.

Ce qui tourmente l'A, c'est qu'on ne voie pas que la koinônia avec Dieu requiert qu'on vive d'une vie qui reflète la lumière. Les sécessionnistes n'étaient pas des libertins ou des gens scandaleux, mais ils n'attachaient aucune valeur au comportement moral des croyants. Bien des passages de Evjo pourraient être évoqués par les sécessionnistes.

Montrons seulement comment cette position générale peut s'exprimer en termes de "lumière/ténèbres". Jn 3,19-21 signifie clairement qu'il s'agit de l'orientation de chacun vers lumière/ténèbres ; mais on peut avoir l'impression que, ayant choisi pour la lumière, les ténèbres ne font plus problème. Impression renforcée par les textes qui disent qu'une partie de l'humanité n'a jamais accepté Jésus : Jn 1,5; 12,34-35; 12,38-40.

Pour le croyant le message est tout à fait différent : 8,12. Sans doute les sécessionnistes ont-ils regardé ce message comme une promesse les dispensant de s'inquiéter des ténèbres, alors que l'A y voyait un ordre de ne pas marcher dans les ténèbres.

Une partie du problème vient de ce que Evjo centre le débat sur les Jfs, sur la venue à la lumière, sur ce qui fait l'enfant de Dieu, la chair (parents jfs) ou la naissance d'en haut (Jn 3,3-6). Evjo et Jfs tenaient pour acquis qu'on devait marcher comme fils de Dieu. Mais l'A doit affirmer contre la propagande des sécessionnistes  ce qui allait de soi mais n'était pas exprimé dans Evjo, d'où 1 Jo 1,1,et son intention avouée de revenir "au début".

Ce n'est pas par hasard qu'il insiste sur "marcher dans  la lumière" et non dans les ténèbres,  et que ce sémitisme reflète la mentalité et le langage du judaïsme intertestamentaire et/ou de la chrétienté primitive (Enoch 92,4,5; 58; Test Levi 13,3-4; T Nephtali 2,10).

 

Protase 8a :La connection ténèbres/péché apparaît dans l'aveugle-né (Jn 9,41). La prétention de n'avoir pas la culpabilité du péché pourrait s'autoriser de Evjo où "ne pas croire"=pécher. Selon l'A il est correct de dire que le chrétien joh en croyant est rendu libre de la culpabilité du péché, mais il est faux de croire que cette condition demeure automatiquement quelle que soit la conduite.

Cette conception automatique a existé, cf. Tryphon 141,2, Adv.haer.1.6.2.

La dispute n'est pas avant tout morale, mais théologique : Pour l'A le péché vient des ténèbres, et tout essai de concilier lumière et péché est une forme de mensonge.

Protase 10a : La prétention pourrait s'appuyer sur Evjo où chaque fils de Dieu reprendrait ce que dit Jésus (8,46).

Ainsi les 3 protases exagèrent le même principe perfectionniste : en devenant des disciples nous recevons d'énormes privilèges. La prétention 1 (koinônia) montre une insensibilité touchant le droit et le mal, la prétention 2 reconnaît que les œuvres sont mauvaises, mais imaginent qu'elles n'ont pas d'effet, la prétention 3 dénie la possibilité de faire le mal.

 

b)      apodoses composées

 

Les trois apodoses sont formulées en termes de mensonge et vérité.

Le passage de "lumière/ténèbres" à "vérité/fausseté" n'est pas surprenant, pour plusieurs raisons :

1)              Le même mélange dualiste se retrouve dans la litt. intertestamentaire : Test.Asher 5,3; 1 QS 3,17-21; Philon (Sur Joseph 14,58), Mandean Liturgy, Oxford Collection 28.

2)              "lumière/ténèbres" et "vérité/mensonge" sont à peu près interchangeables dans Evjo (8,12; 14,6; 8,44;13,27.30, comparer 1 Jo 1,7a et 2 Jo 4.

3)              l'idée joh. de révélation fait du "marcher dans les ténèbres" une vraie trahison de la vérité. Ce n'est pas simplement une communication intellectuelle : dans l'acte de révélation Jésus apporte une réalité divine, une vie et une présence de Dieu qui change radicalement le croyant, de la chair à l'esprit. Sa communication de l'Esprit Saint, comme en Gn 2,7, crée un nouvel être humain (Jn 20,22). Être enfant de la lumière et continuer à marcher dans les ténèbres est un véritable mensonge, parce que le comportement ne suit pas la réalité (alèthéia= à la fois vérité et réalité).

 

L'A, à sa manière, travaille aussi à partir d'un principe de perfectionnisme. Du statut exalté du chrétien les sécessionnistes déduisent une indifférence à ce que font les chrétiens, l'A souligne au contraire l'importance de ce que vivent les chrétiens.

 Sa vue est dynamique. En chaque apodose la 1re phrase concerne le mensonge, la seconde concerne le manque de vérité. L'attitude dynamique apparaît en ceci que la première dérive de la seconde : la vérité de Dieu, comme la vie de Dieu, est une réalité qui inhère en nous et doit être active (8, 31,32). Ainsi compris, le mensonge est plus que dire une non vérité, mais indique ce qu'est un chacun : un fils des ténèbres, quelqu'un dont le père est le diable, un menteur. (Mensonge, tromperie apparaissent comme forces opposées à Dieu dans le judaïsme dualistique de la période intertestamentaire.)

Il y a une progression vers le pire dans les phrases qui ont trait au mensonge, mais pas dans les phrases qui ont trait à la vérité. La vérité fournit la base du mensonge, et la base demeure la même.

6cd                   nous mentons et nous ne faisons pas la vérité

8bc                   nous nous trompons nous-mêmes et la vérité n'est pas en nous

10bc               nous faisons de Lui un menteur et sa parole n'est pas en nous

 

En résumé : prétendre être en communion avec la lumière alors qu'on marche dans les ténèbres (1,6ab) et ainsi dire que l'action de chacun ne fait pas de difce essentielle, montre qu'on est un menteur (1,6c), car si on marche dans les ténèbres, on est forcé de vivre dans les ténèbres. Reconnaître que les actions de qqun sont mauvaises, mais dire que l'action mauvaise ne crée pas de culpabilité chez l'enfant de Dieu (18a), est pire que d'être un menteur ; c'est choisir de se tromper soi-même (1,8b) et être volontairement du côté de l'Esprit de mensonge. Pire encore de prétendre que ses actions ne sont pas réellement mauvaises (1,10a); c'est faire de la lumière les ténèbres, de la vérité le mensonge, de Dieu le diable qui est menteur (1,10b).

 

 

2.                            les 3 "approuve"

 

L'A veut aussi, positivement, communiquer sa pensée. D'où les 3 "approuve".

 

a)       Protases

 

7ab                   Mais si nous marchons dans la lumière comme Lui-même est dans la lumière

9a                     Mais si nous confessons notre péché

2,1b                Mais si quelqu'un vient à pécher

En soi les 3 forment un contraste intéressant : 1 insiste sur la lumière ; 2 et 3 sur ce qui advient quand on a péché. Mais il faut les mettre en opposition avec les premières protases (niées), 1,6ab est opposé à 1,7ab, etc. Mais "opposer" n'est pas assez précis, car en réponse à 8a, l'A ne dit pas seulement :"Nous ne sommes pas libres de la culpabilité du péché", il propose une confession publique du péché.

 

b)      Apodoses composées

 

7c                     nous sommes en communion les uns avec les autres

7de                   et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché

9bc                   Il est fidèle et juste : Il nous remettra les péchés

9d                     et nous purifiera de toute iniquité

2,1cd                nous avons auprès du Père un Paraclet, Jésus Christ, le Juste

2,2abc              Et il est lui-même victime de propitiation pour nos péchés,

                         non seulement pour les nôtres, mais encore pour ceux du monde entier

 

Dans ces apodoses passe la théol. de l'A.  Il y a moins de régularité dans la 1re phrase (chaque fois), mais la seconde parle toujours d'un remède au péché. Dans les 3 "désapprouve", l'apodose  soulignait que le don de Dieu était dynamique et ne pouvait produire aucune tromperie. Maintenant, ayant montré qu'il désapprouvait toute indifférence au péché, l'A admet que parfois le comportement du chrétien n'est pas digne de la lumière. Les sécessionnistes répondaient que le comportement n'avait pas d'importance, ou n'entraînait aucune culpabilité : on n'était pas vraiment pécheur. Selon l'A, au contraire, le chrétien doit reconnaître et confesser que son mauvais comportement est ténèbres et péché, qui ne peuvent venir de la vie/lumière/vérité de Dieu habitant en  eux. Cette reconce ne les prive pas de la vie/lumière/vérité, parce que le don divin est dynamique : non seulement il rend le chrétien capable de marcher dans la lumière/vérité, mais apporte pardon et purification quand le croyant pèche. Le véritable évangile n'est pas que l'initié au christianisme ne peut plus pécher, mais qu'il peut être pardonné. Les péchés ne détruisent pas l'existence chrétienne, non parce que les péchés sont sans portée, mais parce que Dieu est fiable et juste : Dieu de l'Alliance, il cherche le salut.

À partir de ce que nous savons de la pratique pénitentielle du christianisme primitif, l'attitude de Joh est libérale envers le péché. Dans Hb 10,26-27 nous avons une attitude plus stricte. De même en Hermas (Man.4.3.6) et  dans les 1ers siècles la discipline de l'Église était de ne pas pardonner l'adultère et l'apostasie ; mais 1 Jo envisage le pardon pour "tous les péchés", même pour ceux du monde entier. Curieusement l'A est à la fois rigoureux et tolérant : il ne tolère pas le péché sauf le mal qui peut être pardonné.

Dans sa théol. du pardon entrent trois facteurs qui sont une attaque implicite contre les sécessionnistes.

1)      La koinônia, "communion", est mise en relation avec le pardon (1,7cde et implicit.1,9a). La nouvelle vie donnée par Dieu fait du croyant un enfant de Dieu parmi d'autres ; pas de vie chrétienne sans koinônia (que les sécessionnistes ont lâchée). L'A pouvait s'autoriser du lavement des pieds (Jn 13,8.10.14). Ainsi la koinônia est un contexte pour être pardonné par le Christ.

2)      On est pardonné par le sang du Christ (1,7de; 2,2), alors que pour les sécessionnistes le salut était accompli par la seule venue de la lumière dans le monde. En 2,2 il y a une référence au rituel Ancien Testament de l'expiation. Nous ne savons pas comment les sécessionnistes interprétaient Jn 1,29 (Agneau de Dieu), mais l'A combine 1,29 avec le symbolisme sacrificiel de la Passion. La référence en 1 Jo 2,2 à une expiation pour le monde entier peut avoir été un écho de la mort salvifique des formules eucharistiques joh.(Jn 6,51). Même si la mort salvifique est un thème mineur chez Jn, le sang rédempteur de l'Agneau est un motif important dans Apoc.(5,9; 7,14; 12,11), et ainsi l'A peut renouer avec les stades anciens de la tradi. La tradi joh. ancienne avait beaucoup en commun avec la tradi chrétienne ancienne (ex. Rom 3,24-25).

4)         La référence à Jésus-Paraclet (2,1c) peut être une attaque contre les sécessionnistes, mais c'est moins clair. Les sécessionnistes en appelaient à l'autorité du Pa (1 Jo 4,1-6) et probablement invoquaient l'Esprit comme Pa, si présent en Jn 14-16, car le Pa-enseignant leur permettait d'ignorer les tenants de la tradi (comme l'A). Si l'A connaît cette tradi sur l'Esprit-Pa (car lui aussi est lié à la tradi Evjo), jamais il ne la mentionne ni ne donne à l'Esprit le titre de Pa (il est vrai que ce silence peut être accidentel). Bien plutôt il réinterprète Jn 14,16 (Jésus comme 1er Pa) pour montrer qu'il demeure Pa en présence de son Père : son sacrifice continue à purifier les enfants de lumière. Il se peut que l'A veuille faire pièce aux sécessionnistes (Esprit-Pa), qui dénient l'importance de la mort de Jésus, qui n'est pas "venu par le sang" (I Jo5,6).

 

 

 

3)                  En résumé :

 

1,6 : l'A craint une contamination par l'interprétation des sécessionnistes du perfectionnisme joh. Pour les sécessionnistes, le fait que le croyant jouit de la présence de Dieu rend sans importance pour le salut toute action subséquente, même mauvaise. Ceux qui tiennent cette position appartiennent, selon l'A, aux forces sataniques.

1,7 : l'action suit l'être ; si on est de la vérité, on ne peut mentir, si on est en communion avec Dieu qui est lumière, on marche dans la lumière. Marcher dans la lumière est un aspect de l'appartenance à la communauté des fils de Dieu. Les œuvres mauvaises sont des péchés. Cependant, à l'intérieur de cette communauté des fils de Dieu, le pouvoir de purifier, qui vient de la mort de Jésus, est effectif.

1,8 : Ceux qui sont influencés par la propagande des sécessionnistes peuvent objecter qu'il n'y a pas de culpabilité de péché pour le croyant, puisque pour Jésus, "pécher"="ne pas croire". Pour l'A cette approche reflète l'Antichrist, le grand menteur (II Jo 7). Il est vrai que, durant son ministère qui était krisis, "jugement, discernement" entre croyants et non croyants, les non croyants étaient coupables, pour avoir préféré les ténèbres. Mais maintenant si des croyants marchent dans les ténèbres, ne les préfèrent-ils pas à la lumière ?

1,9 : La réponse au mal-faire des croyants n'est pas de refuser toute culpabilité, mais de confesser le péché, avec la communauté joh. des enfants de Dieu, car Dieu qui les a engendrés est fidèle et juste ; il est bon et il pardonne.

1,10 : Ceux qui sont influencés par les sécessionnistes peuvent arguer encore plus radicalement que pour le croyant il n'y a pas de péché. Jésus n'a-t-il pas dit Jn 3,18; 5,24 ? L'enfant de Dieu ne peut-il pas dire avec le Fils de Dieu 8,46 ? Pour l'A c'est une perversion plus sérieuse encore, car cela fait de Dieu un menteur, lui qui, par Jésus, a donné aux adhérents le pouvoir de pardonner (20,23).

2,1a : Par mode de parenthèse, l'A affirme que, s'il insiste sur la réalité du péché, il n'encourage pas à pécher.

2,1b-2 : Il veut simplement tenir compte du péché des croyants et dire que l'Agneau de Dieu continue dans le ciel à ôter les péchés. Il est leur Pa en présence du Père contre Satan qui réclame les pécheurs comme siens. Jésus demeure un sacrifice expiatoire  pour les péchés reconnus des croyants, et même pour le monde entier.

 

C.               Les matériaux de 1,5 – 2,2

 

Rituel d'admission à la communauté de Qumran

1 QS 1,18-25; 3,3-4.11-12.17-22. Pléiade pp.11-17.

Thèmes communs : dualisme lumière/ténèbres, vérité/perversion, marcher dans la lumière et non dans les ténèbres, un prince de la lumière qui rend les fils de la justice capables de marcher dans la lumière ; la relation des ténèbres à la lumière ; les ténèbres et le mensonge ; la purification des péchés ; l'expiation ; koinônia. La théologie de Qumran, c'est que les membres agissent selon un principe de lumière-vérité, contre ténèbres-iniquité-mensonge, et que ceux qui marchent dans la lumière trouvent pardon/expiation/purification, et place dans la communauté de l'Alliance.

 

Pour avoir l'équivalent Nouveau Testament, il faut amalgamer plusieurs textes :

Act 26,18

Col 1,13-14

Eph 5,6-11

Hb 10,19-23

1 P 1,16 (cf. Lv 11,44-45); 1,18-19; 1,23.

 

Premiers siècles chrétiens :

Didachè 7 ; mais avant : 1-5 et 6,1 ; 4,14

Barnabé 18; 19,12

 

Non pas que l'A donne en tout ou en partie une homélie "conversion/initiation/baptême" mais les associations avec les pensées juive et chrétienne ne sont pas fortuites. L'A commence par "marcher dans la lumière" parce que les chrétiens joh. ont entendu parler des voies de lumière/ténèbres et péché/pardon depuis le commencement de la proclamation. Ces idées faisaient partie de la parénèse joh. Inévitablement elles ont passé en partie dans la théologie des sécessionnistes, mais c'est l'A qui les articule dans la séquence 1,5 – 2,2, et il fait délibérément écho à des thèmes que ses convertis connaissaient bien; Il a adopté le style des conditionnelles (un peu comme les codes juifs casuistiques) et les antithèses (un peu comme les deux voies).

                Il voulait montrer que son interprétation de Jo était tradi, et que les novateurs étaient les sécessionnistes. La réécriture du Prol.EvJo, avec laquelle l'A commence, peut refléter le même arrière-fond "conversion/initiation /baptême" s'il est vrai que Prol.EvJo était l'hymne joh. primitive (peut-être à l'entrée dans la communauté joh.

 

 

 

                                                     (suite à la page suivante)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

§3         1 Jn 2,3-11           Trois prétentions d'aimer Dieu,

           à tester par la conduite.

 

 

3a                    Et à ceci nous savons que nous L'avons connu :

3b                    si nous gardons ses commandements.

 

4a                    Celui qui dit : "Je L'ai connu",

4b                    sans garder ses commandements,

4c                    est un menteur,

4d                    et la vérité n'est pas en lui.

5a                    Mais celui qui garde sa parole,

5b                    en celui-là l'amour de Dieu est vraiment dans sa perfection.

5c                    À cela nous connaissons que nous sommes en Lui.

 

6a                    Celui qui dit demeurer en Lui

6b                    doit marcher, lui aussi,

6c                    comme Celui-là a marché.

7a                    Bien-aimés, ce n'est pas un commandement nouveau que je vous écris,

7b                    mais un commandement ancien que vous aviez dès le commencement ;

7c                    le commandement ancien, c'est la parole que vous avez entendue.

8a                    D'autre part, c'est un commandement nouveau que je vous écris

8b                    - ce qui est vrai pour vous comme pour lui -

8c                    parce que les ténèbres s'en vont

8d                    et que la lumière, la véritable, brille déjà.

 

9a                    Celui qui dit être dans la lumière

9b                    tout en ayant de la haine pour son frère

9c                    est dans les ténèbres encore à présent.

10a                  Celui qui aime son frère demeure dans la lumière,

10b                  et il n'y a en lui aucune occasion de chute.

11a                  Mais celui qui a de la haine pour son frère est dans les ténèbres

11b                  et marche dans les ténèbres ;

11c                  et il ne sait où il va,

11d                  parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.

 

 

 

 

Substructure :

 

3 : Thème général : nous pouvons être sûrs d'aimer Dieu en gardant ses commandements.

 

4-5 : La première prétention reprend au v.3 le thème "aimer Dieu".

                4 : les opposants prétendent aimer Dieu sans garder ses cdts : ce sont des menteurs.

                5ab : antithèse: quiconque garde les cdts est parfait dans l'amour de Dieu.

                5c : (reprenant 3): nous pouvons donc être sûrs que nous sommes en Dieu.

 

6-8 : La deuxième prétention reprend à 5c le thème "être en Dieu".

                6 : les opposants prétendent demeurer en Dieu : il leur faudrait marcher comme le Christ.

7-8      nouveau ou ancien ? Le cdt n'est pas nouveau dans le sens d'une nouvelle ; depuis le début il a fait partie du cdt d'aimer comme le Christ a aimé ; Il est nouveau en ce sens qu'il doit être vécu en cette dernière heure où les ténèbres s'en vont et où la lumière luit.

 

9-11 : La troisième prétention reprend au v. 8c le thème "lumière".

9: les opposants prétendent être dans la lumière alors qu'ils haïssent leurs frères ;  ils sont encore dans les ténèbres.

10-11 : paire d'antithèses : celui qui aime son frère demeure dans la lumière ; celui qui hait son frère est dans les ténèbres qui l'aveuglent.

 

 

Continuation des fausses prétentions des sécessionnistes, commencées en 1,5 – 2,2, mais non plus sous la forme de trois conditionnelles (éan eipômen, "si nous disons"), mais sous la forme de trois participes. La phrase introductive 2,3 reprend un peu 1,5, qui cependant était plus large.

Le "nous" continue dans ce v.3 comme dans le § précédent, mais ici il est plus signifiant, car il ne reparaît qu'en 2,5c.

 

 

 

A.         Connaître Dieu en gardant ses commandements (2,3)

 

Connaître Dieu : l'idéal religieux de l'antiquité.

 

Platon : avec toute la période classique, grande confiance dans la raison ; elle peut connaître les réalités éternelles dans le ciel.

Période hellénistique : on perd un peu confiance dans la raison. Connaître Dieu est l'affaire, non plus de la philosophie, mais des religions à mystères, avec leurs révélations spéciales.

Ancien Testament : Jer 9,23(24); et aux derniers jours : Hab 2,14.

1QS 11,2.3.

Mt 11,27; Lc 10,22, hic et nunc.

Paul distingue : 1 Cor 13,12.

Jo 17,3 identifie la vie éternelle (donnée aux croyants par Jésus) avec "connaître le Père et le Fils".

Philon : (Sur le Décalogue 16,81) considère comme le but suprême "d'avoir la connaissance de Lui qui est vrai".

Midrash Sfiré sur Dt 11,22 :"Etudie la haggada ; alors tu connaîtras Dieu et seras attaché à sa voie".

Corpus hermeticum (mysticisme grec oriental) 10,9 : "Celui qui a atteint la gnôsis (connaissance) …est déjà divin".

 

Pourquoi l'auteur de la Prima Johannis introduit-il le thème ici ?

 

Comme le Prologue de la 1a suit le Prol.Jn, le thème lumière/ténèbres de §2 venait probt du Prol.Jn. Dans ce Prol.Jn, après "la lumière venant dans le monde"(1,8), nous lisons " le monde ne l'a pas connue" (1,9), puis aussitôt ceux qui l'acceptent et deviennent enfants de Dieu (1,12-13) (donc qui le connaissent !). Ici dans la 1a, après lumière/ténèbres, on passe à "connaissance".

La théologie sécessionniste se méprenait sur la théologie joh; de Dieu "lumière"; elle se méprend aussi sur la tradi. "connaissance de Dieu".

Contre cette méconnaissance, l'auteur affirme qu'on ne peut connaître Dieu sans garder ses cdts. Sa logique s'enracine d'une part dans la section §2 où on a "Dieu est lumière/pas de ténèbres en lui/les croyants ne peuvent marcher dans les ténèbres ou le péché" (ne pas être dans le péché signifie non pas qu'on nie le péché, mais qu'on en demande pardon).

De cette séquence on pourrait garder l'impression qu'on déduit : connaissance de Dieu>comportement de l'homme, mais l'inverse est aussi vrai : par le comportement on obtient une connaissance de Dieu, si ce comportement est gouverné par les cdts de Dieu.

Garder les cdts est plus qu'une manière extérieure de vérifier ce qu'on prétend : connaître Dieu ; c'est plutôt un critère qui est en relation essentielle avec la connaissance de Dieu revendiquée. Dans la pensée semitique connaître est plus qu'intellectuel, car il implique une expérience de toute la personne (d'où le sens sexuel). Connaître Dieu = partager sa vie (cf. le // entre 2,4a et 2,6a). Partager sa vie = vivre conformément à sa volonté ; donc garder ses cdts permet de le connaître intimement. Même séquence action-connaissance en 4,7 et Apoc 3,8-12.

 

La connection "manière de vivre/connaissance de Dieu" reflète la pensée de la nouvelle alliance dans la pensée johannique.

Dieu Se fait connaître lorsqu'il délivre son peuple (Ex 7,5.17) et sa présence au Tabernacle doit permettre au peuple de le connaître (Ex 25,45-46).

Chez les prophètes : le fait que Dieu délivre des ennemis permet de le connaître (Ez 25,5.11.17).

À l'inverse, quand Dieu punit, il donne un moyen de connaître sa seigneurie (Ez 6,7.10.13).

Os 4,1 –2 associe  "ne pas suivre les 10 cdts" et "ne pas connaître Dieu . Cf.Jb 36,10-12.

Les fils d'Eli qui rompent le cdt sont "ceux qui ne connaissent pas le Seigneur" (1Sm 2,12; Is 1,3-4).

 

Pour corriger cette situation, nouvelle alliance=nouvelle connaissance de Dieu Jer 31,3-34 ;

le cœur nouveau permettra de mieux obéir : Ez 36,26-27.

Dans le même sens 1 QS 4,2-; 5,20-22; 1QH 4,5;5,11.

 

C'est précisément ce principe interne de connaissance qui rend compte de l'attitude 1a envers les cdts : ceux qui observent les cdts agissent selon le nouveau Esprit qui leur a été donné, selon le cœur nouveau que Dieu leur a donné en faisant d'eux ses fils. Leur cœur  nouveau et leur vie selon les cdts permettent aux enfants d'agir connaturellement avec leur Père.

 

Ia et Evjo utilisent interchangeablement commandement et cdt(s).

Sur une toile de fond juive, cdts renvoie aux 10 cdts du Père.

Ceci est vrai de l'insistance des synoptiques sur le pluriel: Mc 10,19// ; Lc 1,6.

Ce sens n'est pas exclu dans Evjo, mais le corpus des cdts est vu sous l'aspect du cdt de l'amour comme Jésus l'a vécu; ainsi on ne trouve pas de détails dans Evjo.

Mais 1a ne se sent pas libre d'introduire un vocabulaire entièrement nouveau; Il ne cherche pas à éviter l'équation cdts= le cdt de l'amour ; mais en parlant deux fois plus des cdts et en les référant toujours à Dieu et non pas à Jésus, il insiste implicitement sur les 10 cdts.

Quand il revient à Jésus (cf.v.6), il insiste sur son obéissance au ou aux cdts. Non seulement il appelle les chrétiens à l'obéissance aux cdts de Dieu, mais insiste sur l'intériorisation des cdts, en sorte que l'action suit ce qu'il est réellement.

 

B.               La première prétention et son antithèse  (2,3-4)

L'auteur n'est pas confronté seulement à des pécheurs qui ne gardent pas les commandements, mais à des soi-disant saints qui ne lient pas connaissance de Dieu/obéissance aux commandements. Cette connaissance qu'ils revendiquent n'est pas forcément la gnôsis des gnostiques, puisque l'auteur la revendique aussi, positive, en 2,3a. C'est la connaissance qu'il a en commun avec eux comme héritage de Evjo. Non pas une conce spéciale à coup de révélations, de mythes, ou de "mystique", mais une indifférence sur les conséquences morales ; les sécessionnistes mentent, non parce qu'ils dissimulent la vérité, mais parce qu'ils entretiennent la contradiction entre le principe revendiqué (vie divine, intimité, conce) et la manifestation de ce principe (obéissance aux commandements).

Comparer 1,6 et 2,4 : l'auteur répète l'objection des sécessionnistes.

2,5 : on aurait attendu, après le "mensonge",  "en celui qui garde les commandements la vérité de Dieu trouve sa perfection, mais c'est l'amour.

D'une part cela nous remémore l'interchangeabilité des termes joh amour et vérité;

D'autre part le commandement de l'amour est le commandement de Jésus par excellence. Origint c'est un amour qui vient de Dieu et se concrétise dans l'envoi du Fils unique (I Jo 4,7-10), un amour non motivé qui crée la valeur chez celui qui devient enfant de Dieu. Garder les commandements, surtout celui de l'amour du frère, entraîne la perfection de l'amour que Dieu a, car cela signifie que l'amour que Dieu a pour nous est étendu aux autres et permet de les recréer comme enfants de Dieu. La perfection entraîne donc que Dieu est aimé en réponse à son amour pour nous, et il y a réciprocité de l'amour "D/Chrétien" sur le modèle de la réciprocité d'amour "D/Jésus". C'était le rêve de l'auteur en 1,3. L'amour que Dieu montre en créant des enfants de Dieu faisait surgir la communauté joh et le dynamisme de cet amour se montre lorsque sont gardés les commandements qui lient le chrétien à D et aux autres. Dans la théologie joh, garder les commandements n'est pas un 1er stade d'un amour plus haut qui n'a pas de commandements, c'est la perfection de l'amour, car les commandements sont simplement l'expression de la volonté de Dieu et de son être véritable.

C'est pourquoi le résumé de 2,5c est logique :"À cela nous connaissons que nous sommes en Lui". Nous avons là un exemple de la théologie joh de l'immanence (chrétien en Dieu/Jésus; Dieu/Jésus dans le chrétien; Dieu et Jésus en chaque autre) que l'on trouve 35 fois dans Evjo ou 1a dans les formules einai en, menein en (être dans, demeurer dans). Puisque les commandements, y compris celui de l'amour, s'originent dans l'être de Dieu, les garder est être en union avec Dieu.

Sens précis de l'immanence joh : non pas une mystique réservée à qquns;

L'Ancien Testament pointe en effet dans d'autres directions.1) Il y a une habitation cultuelle de Y dans son peuple, cf. II Ch 6,18, et le nom de la nouvelle Jérusalem (Ez 48,35). Za 2,14-15(10-11) : Y le promet pour les derniers jours; cf., pour la période intertestamentaire, Jub 1,17-26.    2)Au delà du cultuel, la Sagesse qui sort de sa bouche (Sir 24,3.8), et Sg 7,27-28.

Beaucoup de cette mentalité survit dans la relation d'alliance, tant Ancienne que Nouvelle (renouvelée); Certes la présence cultuelle de Dieu était un corollaire fondamental du choix d'Israël comme peuple de Dieu. La question d'Israël dans le désert était celle d'Ex 17,7(LXX); et quand Israël violait l'alliance, il pouvait se demander Dt 31,16-17. Les passages sapientiaux cités plus haut sont une réflexion sur le thème "la Sg a été placée au milieu d'Israël" (symbole des tablettes du décalogue dans le Temple). Dans la réflexion des proph. sur la Nouvelle alliance, la présence divine devait être intériorisée en chaque individu isrte (Jer 24,31; Ez 6 : la connaissance est connectée à l'Esprit divin et à la Loi chez ceux qui acceptent l'alliance. Dans la théologie joh, Jésus est la Parole de Dieu descendue du ciel pour demeurer (skènoun) dans le peuple de Dieu (Jn 1,14). Et ainsi il représente à la fois la présence cultuelle de Dieu et la demeure de la Loi ou de la Sg. De plus le Paraclet demeure chez ceux qui gardent les commandements (14,16-17); Cette immanence va au delà des attentes Ancien Testament de nouvelle alliance, car elle offre une mutualité : non seulement Dieu dans ses enfants, mais ses enfants en Dieu. Le modèle d'immanence est la relation intime F/P révélée par Jésus ; c'est la raison de ce développement. L'immanence du chrétien de la nouvelle alliance est neuve à cause de l'idéal de Jésus, 17,21. Non pas mysticisme  réservé à qquns, mais nouveau statut spirituel pour ceux qui croient vraiment en Jésus.

 

C.      La deuxième prétention et le nouveau commandement     (2,6-8)

Marcher comme lui a marché. Le thème de l'immanence est repris à v.5a c m le thème connaissance était repris à 2,3. Cette prétention 2 est condamnable :

-          parce que les prétentions 1 (connaître Dieu sans suivre les commandements) et 3 (être dans la lumière, tout en haïssant), sont condamnables ;

-          parce que l'homme "doit", ce qui amène le thème du commandement.

 

Ce qui est condamnable, ce n'est pas la possibilité de demeurer en Dieu, héritage joh que 1Jo partage avec les opposants, mais le divorce avec la manière de vivre. Marcher comme lui a marché : la lutte contre les sécessionnistes s'enracine dans une lutte christologique : les sécessionnistes attribuent de l'importance à l'incarnation de Jésus, non à la manière dont Jésus a vécu et est mort, conséquemment, aucune importance à la manière dont vit le chrétien . 1Jo , en disant "comme lui", renoue avec Jn 13,34. 15,12.

Pas neuf : cela a été dit au DAC et enseigné lors de l'entrée dans la communauté (nous voyons ici aussi le lien  vivant avec : conversion/initiation/parénèse du baptême). Dans les cercles joh ce commandement est la "parole" de la nouvelle alliance, comme les stipulations de l'Ex étaient "les paroles" de Dieu dans l'Ancien Testament.

Kathôs : en 1Jo, renvoie au Christ (comme il a marché, vécu, mort) et à son état présent (comme il est pur, comme il est). L'accent ne porte pas sur le moral et l'immoral. Certes cela vient en partie de ce que Evjo ne détaille pas la morale, mais "comme le Christ" est plus que l'imitation d'un modèle : les chrétiens ont la même vie éternelle que Jésus avait et a, donc un principe interne qui doit s'exprimer de la même manière. I Jo considère sa vie (vérité, connaissance, lumière, amour) non pas comme une possession statique, mais comme un principe dynamique, là gît la différence avec les sécessionnistes.

Et pourtant c'est nouveau, d'agir comme le Christ  a agi. Le terme "nouveau" était fixé par la tradi.(13,34). Mais il avait sa propre tonalité. Pour Jésus le commandement était nouveau, parce que eschatologique, proclamé à "l'heure" où les êtres humains recevaient une puissance interne (la propre vie de Dieu) leur permettant d'aimer comme Dieu aimait. I Jo continue la même idée : c'est alèthès (vrai) pour le Christ et pour le chrétien. Alèthès implique une correspondance avec la réalité profonde de chacun : alèthès pour le Christ, parce qu'il y a une continuité : non seulement Christ est mort dans le passé pour les péchés, mais il poursuit son intercession en présence du Père (1 Jo 2,1-2). Alèthès dans le chrétien, parce qu'il y a aussi une continuité : la vie éternelle que le Christ lui a donnée s'exprime en actes d'amour.

Derrière tout cela, l'idée de Paraclet. Il y a continuité entre les paroles de Jésus et le fait que le Paraclet annonce les choses à venir (14,26: 16,13-15). Le IV Evte est un instrument du Pa quand il rapporte ce que Jésus a dit, mais le réinterprète; 1 Jo joue le même rôle de Pa par rapport à l'EvJo. Sa compréhension d'une tradi. "depuis l'origine" n'est pas statique, pas plus que sa conception de la vie éternelle.

La réapparition soudaine de "ténèbres/lumière" nous rappelle que 1 Jo combat les sécessionnistes en interprétant le Prol. de l'EvJo. La relation v.8b (alèthès, vrai) – 8 cd (alèthinos, véritable) s'éclaire par le Prol. de EvJo : 1,5 – 1,9. Pour Jo l'incarnation a donné un choix au croyant entre lumière et ténèbres (3,19-21) ; les ténèbres ne peuvent vaincre la lumière ni ceux qui viennent à la lumière, mais ceux qui ne cheminent pas dans la lumière de Jésus (12,35). I Jo a raison d'historiciser : les ténèbres sont en  train de passer, mais l'historicisation a commencé avec EvJo, qui laisse place à un développement de la victoire de Jésus. À "l'Heure" le Prince de ce monde est jeté dehors (12,31), partie du jugement (16,33), mais l'Esprit de vérité doit venir annoncer cette défaite du monde (16,8-11) et le croyant doit continuer à se garder du mauvais (17,14-16). À propos de cette continuité, EvJo rejoint d'autres textes du NT : Eph 6,12 et 1 Co 2,6.

Il est vrai cependant que l'historicisation est plus prononcée en IJo. Le salut n'est pas une ligne définitive de la lumière dans le monde, mais une victoire continue de la lumière. On peut donc valoriser et la carrière de Jésus et celle des croyants. Les sécessionnistes se concentraient sur l'incarnation comme irruption de la lumière (cf.Jo 1,9) et sur le choix de devenir chrétien comme disparition des ténèbres (cf.Jo 3,21). I Jo insiste sur la continuité : les ténèbres reculent parce que Jésus continue à pardonner et les croyants à multiplier les œuvres d'amour ; on doit marcher dans la lumière, choisir chaque jour entre lumière/ténèbres. Il y a toujours une nouveauté dans le comportement d'un fils de Dieu.

 

D.     La troisième prétention et le nouveau commandement     (2,9-11)

De nouveau, le thème de la lumière (2,9a) est emprunté à 2,8 ; et même, le thème du nouveau commandement (2,7-8) est implicitement celui du commandement de l'amour que nous avons maintenant. Ce qui est contesté, ce n'est pas l'idée que l'on puisse être dans la lumière, mais qu'on puisse l'être en même temps que l'on hait. En celui qui hait le commandement de l'amour n'est pas alèthès (vrai, 2,8b), et pour lui les ténèbres ne sont point passées (2,8c) ; il est encore dans les ténèbres (2,9c).

Une comparaison entre les trois prétentions ("je Le connais/je demeure en Lui/je suis dans la lumière) montre que la troisième aussi est centrée sur Dieu. Ceci est confirmé par 1,7 : Dieu est lumière. Pas nécessaire de voir ici un thème gnostique, les "hérétiques" revendiquant une connaissance surnat., soit par expérience mystique, soit parce que leur nature partagerait l'essence de la lumière. Tout est justifiable sur la base de la pensée et des tournures de EvJo. Il est très vrai qu'on ne trouve pas dans EvJo "einai en, être en" avec lumière ou ténèbres, mais on y trouve l'expression parall. "ménein en, demeurer en" (Jo 12,46). Donc un chrétien joh pouvait penser que ceux qui croient en Jésus demeurent dans la lumière.

De nouveau, ce qui est visé, c'est une déformation d'une prétention en soi légitime. "Être dans la lumière" n'est pas statique, mais un dynamisme qui doit se prouver en gardant les commandements, surtout celui de l'amour, comme lui a aimé. Comme d'habitude, la manière joh de penser n'est pas celle à laquelle nous songerions spont.: non pas qu'aimer nous garde dans la lumière, mais être dans la lumière que donne le Christ nous rend capables d'aimer, car aimer n'est jamais une action purement humaine. Le v. 2,9b ne dit pas .."sans aimer son frère", mais "tout en haïssant son frère". Il n'y a pas de place pour l'indifférence ou la neutralité ("sans"), l'antithèse implique toujours malice, haine, aveuglement. C'est pourquoi le manque d'aimer a le pouvoir de "nullifier" les prétentions spirituelles (cf. 1 Cor.13,2).

En 2,5 l'amour de Dieu atteint sa perfection en celui qui garde les commandements ou la parole de Dieu.

En 2,9-11, garder les commandements ou la parole de Dieu englobe l'amour du prochain.

Ainsi la pensée joh joint amour de Dieu et amour du prochain, même si EvJo n'a pas le double commandement qu'on trouve chez les synoptiques, Pl et le judaïsme intertest. Certains ne veulent pas qu'il y ait amour pour Dieu dans l'agapé, et parlent, pour éviter cela, d'aimer Dieu dans les frères. Ce qui n'est pas NT. En Jo en particulier il est clair que l'amour pour Dieu est illusoire s'il ne se reflète pas dans l'amour du frère, mais les deux ne sont pas confondus. S'il y a ambiguïté, c'est dans l'expression "amour de Dieu", qui primitivement est l'amour venant de Dieu et prouvé dans le Christ , un amour que le croyant doit étendre aux frères et aux sœurs qui sont aussi enfants de Dieu. Souvent, cependant, l'auteur pense à l'amour mutuel entre Dieu et ses enfants : en vivant cet amour, le chrétien n'a pas à chercher Dieu dans ses frères, car, enfant de Dieu, il a Sa présence en lui-même.

 

"Pas de vérité en lui" (2,4d)  (1)

"Est encore dans les ténèbres" (3)

Donc ténèbre/fausseté (haine) et lumière/vérité (amour) sont interchangeables.

Une mauvaise prétention, c'est être dans la fausseté/ténèbres plutôt que dans la vérité/lumière.

Être dans les ténèbres avant que la lumière vienne dans le monde, c'est déjà terrible (Jo 3,19) ; mais l'être "héôs arti, encore à présent" que la vraie lumière luit déjà et que les ténèbres s'en vont, c'est tragique. De nouveau 1 Jo historicise : en EvJo, "héôs arti" désigne le moment eschatologique du ministère de Jésus (2,10; 5,17; 16,24), 1 Jo voit dans le "héôs arti" l'action continue de Jésus sauveur et du chrétien : la brillance de la lumière n'est pas simplement l'incarnation. Pour EvJo, ceux qui n'ont jamais cru sont encore dans les ténèbres "héôs arti"; pour 1 Jo, ceux qui prétendent aimer et ont fait sécession (haï) sont dans les ténèbres "héôs arti".

Antithèse double en 2,10-11, pour souligner :

positif :  "Celui qui aime son frère demeure dans la lumière"(2,10) : le thème "demeurer dans la lumière" est repris aux sécessionnistes (v.9a), et peut être vérifié par l'amour.

négatif : "Celui qui a de la haine pour son frère est dans les ténèbres" : ce qui est faux chez les sécessionnistes (haine) (v.9b) est repris, pour montrer les effets désastreux.

Les éléments nouveaux en 2,10-11 : - l'occasion de chute (10b); - l'aveuglement (v.11cd).

Derrière l'antithèse, il y a peut-être EvJo 11,9-10; 8,12 et 12,35.

Chute : celui qui a fait sécession s'est coupé lui-même de la koinônia, "communion", avec Dieu et le Christ (1,3) et s'est plongé dans le royaume des ténèbres.

Le choix des ténèbres équivaut à un aveuglement volontaire.

Ce thème, venu de Is 6,10, repris en Jo 12,39-40 pour les Juifs qui ont résisté à l'appel de Jésus en 12,34-35. Peut-être à l'imitation de ce thème de EvJo, 1 Jo conclut, après les six (2x3) prétentions : "les ténèbres ont aveuglé leurs yeux". Le langage polémique que EvJo tournait contre "les Juifs" est maintenant tourné contre les faux-frères devenus de dangereux fils des ténèbres.

Ayant dit, en 1,5, "Dieu est lumière et il n'y a pas en lui de ténèbres", 1 Jo a montré que les sécessionnistes et ceux qu'ils ont séduit appartiennent aux ténèbres. Ils ne connaissent donc pas Dieu ni ne demeurent en lui ni ont la communion avec lui, comme ils l'ont proclamé.

I Jo va maintenant se tourner vers ceux de Jésus, les fils de lumière qui constituent sa vraie communauté.

 

 

                                    (suite à la page suivante)

 

 

 

 

§4.           2,12-17   :    Exhortations aux croyants :

ayant vaincu le mauvais, ils doivent résister au monde

 

12a          Je vous écris, petits enfants :

12b         (parce que) les péchés vous sont remis à cause de son nom.

13a          Je vous écris, pères :

13b         (parce que) vous avez connu celui qui est dès le commencement.

13c          Je vous écris, jeunes gens :

13d         (parce que) vous avez vaincu le Mauvais.

 

14ª          Je vous ai écrit, petits enfants :

14b         (parce que) vous avez connu le Père.

14c          Je vous ai écrit, pères:

14d         (parce que) vous avez connu celui qui est depuis le commencement.

14e          Je vous ai écrit, jeunes gens :

14f          (parce que) vous êtes forts,

14g         et que la parole de Dieu demeure en vous,

14h         et que vous avez vaincu le Mauvais 

 

15a          N'aimez point le monde

15b         ni ce qui est dans  le monde.

15c          Si quelqu'un aime le monde,

15d         l'amour du Père n'est pas en lui,

16a          parce que tout ce qui est dans le monde

16b         - la convoitise de la chair,

16c          la convoitise des yeux,

16d         l'ostentation de la richesse -

16e          ne vient pas du Père,

16f          mais vient du monde.

17a          Et le monde passe,

17b         ainsi que sa convoitise ;

17c          mais celui qui fait la volonté de Dieu

17d         demeure à jamais.

 

Les v.12-14 et 15-17constituent deux sous-unités, chacune avec un pattern de trois :

12-14 : 3x3 :           a) 12-13 : 3 fois "je vous écris", avec teknia/pateres/néaniskoi

                               b) 14a-e : 3 fois "je vous ai écrit" , avec paidia/pateres/véaniskoi

                               c) 14fgh : après le dernier "je vous ai écrit, 3 phrases coordonnées.

 

15-17 : 2x3             a) chaque verset contient une antithèse,       v.15 :amour du Père/du monde;

v.16 : appartenir au monde/ au Père;

v.17 : passer/demeurer.

                               b) 2,16bcd nomme 3 choses qui sont dans le monde.

 

Voyons d'abord qu'il y a continuité v.3-11; v. 12-17 ; v.18-27.

 

A.              Exhortations à tous ceux qui demeurent dans la lumière

 

Le propos exhortatif de l'auteur s'est déjà fait jour en 2,1a.

Après avoir montré que les sécessionnistes sont dans les ténèbres et ne connaissent pas Dieu, il exhorte maintenant les fils de lumière.

                 1.       Questions basiques d'interprétation.

 

L'exégèse de 2,12-14 dépend en grande partie de trois questions :

1)       le changement des temps :"je vous écris/je vous ai écrit", qui renvoient tous deux au présent. Stratagème stylistique pour souligner que ce n'est pas nouveau (cf.v.7). "Ce que j'ai écrit" : pas moi, mais l'école joh.

2)       le changement des destinataires. Teknia=enfants=toute la communauté (v.2a.14a), sur le modèle de l'Ancien Testament, non pas pour revendiquer une autorité ou un droit de corriger, mais pour se référer à l'enseignement d'une école et parler avec affection. Pateres (pères) et veaniskoi (jeunes gens) : se réfèrent à l'ancienneté dans la foi. Du point de vue de l'école joh, proche du DA et des commencements, tous sont des teknia, mais il y a des pateres, qui ont connu le Christ et son ministère terrestre. Les néaniskoi sont peut-être plus vulnérables à la propagande des sécessionnistes. Leur victoire est venue par la conversion.

3)       il leur écrit que, et non parce que. "Parce que" serait situer la communauté en pleine assurance, alors qu'en fait elle est menacée de division sur l'interprétation de l'Évangile par les sécessionnistes. I Jo rappelle que le côté positif des antithèses de 1,5-2,11 leur est applicable comme fils de lumière. C'est à la fois une exhortation et un kérygme (annonce) répété ; si l'on est croyant, il faut adhérer à ce qui est dit v.12-14.

Restent des questions : Pateres/néaniskoi : ce n'est pas la seule distinction possible ; pourquoi l'auteur l'a-t-il choisie ? Et pourquoi le choix des points qu'il rappelle ?

 

                 2.      L'origine des matériaux des v.12-14.

 

Viennent de l'Ancien Testament : l'expression teknia et le groupement par trois.

Certains pensent aux "Haustafeln" (tables de maison) : mais, bien que le § ne soit pas sans rapports avec des Haustafeln, les exhortations ne sont pas avant tout des admonitions morales, et le groupement n'est pas typiquement domestique.

D'autres pensent à l'expce "conversion/initiation/bapt" de la communauté joh. en particulier. Communauté =communauté de la nouvelle alliance. Les convertis joh. sont venus des ténèbres à la lumière (Jo 3,19-21), d'où le contraste entre 2,9-11 et 2,12-14. Ils sont devenus enfants de Dieu (Jo 1,12-13; 3,3-7) : d'où "teknia, paidia (enfants)". Pateres et néaniskoi renvoient à deux moments d'appartenance à la communauté.

Ce background rend compte des trois destinataires et de ce qui leur est dit.

Teknia : "vos péchés sont pardonnés"+ "vous avez connu Dieu". Parallèle : Jer 31(38),34 : tous+2 groupes.

Qumran : nouvelle connaissance de la Loi +pardon des péchés : 1QS 2,25-3,12 ; 1QS 11,14-16.

Jo 3,3.5.15 : le baptême dans l'eau et l'Esprit permet d'entrer dans le Royaume et donne la vie éternelle, laquelle consiste dans une vraie connaissance de Dieu et de son Christ (17,3).

Pardon également au moment où souffle l'Esprit (Jo 20,22-23).

Les sécessionnistes ont reçu la même initiation, cf. leur prétention d'être libres de toute culpabilité et de n'avoir pas péché depuis qu'ils sont devenus chrétiens (1,8-10) et de connaître Dieu (2,4); 1 Jo rejette la conception que se font les sécessionnistes du pardon et de la connaissance comme dons statiques qui dispensent ensuite de toute responsabilité. I Jo leur rappelle qu'ils doivent demander pardon de leurs fautes subséquentes (1,9; 2,1-2) et approfondir leur connaissance de Dieu en gardant les commandements (2,3-5), surtout celui de l'amour fraternel.

Il faut noter que I Jo parle du pardon des péchés "à cause de son nom". Confesser le nom de Jésus fait partie de la théologie du baptême.

A rapporter à la théologie baptismale.

Rapprocher Act 2,38; 10,43; 22,16. Il est probable que Lc et 1 Jo empruntent au même vocabulaire.

Voir ici 1 Jo 2,12b; 3 Jo. EvJo 17,6, et le but (EvJo 20,31//1Jo 5,13).

Dans la terminologie joh, conversion=croire au nom de Jésus (1,12-13; 3,18).

Pateres : probablement ceux qui sont chrétiens depuis longtemps : "vous avez connu celui qui est dès le commencement", avec la répétition (13b, 13c) reflétant peut-être l'interchangeabilité avec "l'Évangile entendu dès le commencement" 1Jo 3,11.

"Depuis le commencement" appliqué à Jésus = depuis le début de son autorévélation aux disciples = le Jésus du ministère.

Appliqué à la connaissance des disciples = depuis le début de leur vie (éternelle) de croyants.

Les sécessionnistes se concentrent sur l'incarnation - préexistence du Prol. négligeant le "début" marqué par les œuvres de Jésus sur la terre (EvJo 2,11), valorisé au contraire par les tenants de la tradi. dans l'école joh.(15,27).

Neaniskoi : probablement membres récents de la communauté joh."vous avez vaincu le mauvais"(13d, 14h), avec en plus : "vous êtes forts" et "la parole de Dieu demeure en vous"(14f, 14g).

Les trois points soulignés s'expliquent par la conversion/initiation et sont corrélés :  la force des jeunes vient de leur foi, qui leur permet de conquérir le mauvais (1Jo 5,4b).

Nous lisons en Lc 11,21// ..; le récent croyant a revêtu la force de Jésus, et vaincu le mauvais.

La "parole" qui demeure est une référence au commandement reçu dès l'origine d'aimer le prochain (2,7), dont sûrement les nouveaux convertis étaient avertis. Ceci est invoqué dans le cadre de la victoire sur le mauvais, cf. 1Jo 3,10;

Haïr et tuer le frère sont la marque du mauvais (1Jo 3,12-15).

Ainsi ce qui est rappelé aux trois versets de 2,12-14 est inculqué à ceux qui entrent dans la communauté.

Le fond était bien connu, cf. le "nous savons" de 5,18-20 répète la même topique : connaître Dieu et son Christ/lutte contre le mauvais (avec 5,16-17 sur le pardon des péchés).

Il fallait montrer que tout était au début, et que les sécessionnistes érodaient les fondements de la chrétienté joh.

D'où les exhortations qui vont suivre, car le Mauvais, bien que vaincu, demeure le Prince de ce monde.

 

B.     Ne pas aimer le monde.

 

La séquence mauvais/monde a tout son sens dans la théologie joh : EvJo 17,15-16; 1Jo 5,19.

                      1.      L'amour pour le monde

 

Beaucoup pensent que les sécessionnistes disaient :"aimez le monde, ce qui prend sens à partir de II Jo 7 et I Jo 4,5;

Mais la confusion commence quand ils interprètent cet amour des sécessionnistes en termes de concupiscence, luxe, vanité (exégèse possible de 16bcd). Ainsi entendu le agapân (aimer) du v.15a diffère ; notablement de l'agapè, amour (non motivée) de la tradi.joh. Or, issus de cette tradi., ils ont dû sur ce point ne pas différer.

Bien plutôt les sécessionnistes voulaient présenter au monde leur lecture de l'Évangile. Ils partent de EvJo 3,16.;

1)mais en voulant aimer le monde ils n'ont pas aimé leurs frères (d'où leur sécession). Cependant Jésus a dit "aimez-vous", et non pas "aimez le monde". 2) ils n'ont pas bien interprété l'attitude Dieu/monde. Certes Dieu a aimé le monde jusqu'à envoyer son Fils, mais le monde a haï ce Fils ; il a préféré les ténèbres, s'alignant sur le Prince de ce monde. Finalement Jésus a refusé de prier pour le monde. Ses serviteurs ne sont pas du monde ! I Jo ne nie pas que Dieu offre toujours salut et pardon (2,2; 4,11), mais précisément pour ceux qui se sont convertis du monde. Ceux qui demeurent dans le monde sont sous le Mauvais et n'appartiennent pas à Dieu (5,19). Aimer le monde, c'est aimer les ténèbres (Jo 3,19), sa psuchè (âme, tendance) (EvJo 12,25) ou la gloire (12,43).

Encore une fois, les sécessionnistes ont tablé sur l'amour pour le monde qui a amené l'incarnation ; mais pas sur l'impact de ce qui a suivi, les événements du ministère.

 

1.                 Les trois choses qui sont dans le monde.

 

De même qu'il n'y a pas un concept nouveau d'amour en v. 15-17, il n'y a de nouveau concept du monde.

Si on prend les trois choses qui sont dans le monde (16bcd), il faut y voir, non les tentations du vice, mais une opposition dualistique à Jésus. D'après certains, le conseil de I Jo :"n'aimez pas le monde" serait la version joh de Mt 6,24-25. Schnackenburg pense que ce n'est pas le monde des gens (aimé), mais le monde mat. et ce qui le remplit. A priori cela pourrait se comprendre dans NT. (Des païens comme Tacite, Juvenal, Suétone, Sénèque, dénoncent la licence du monde gréco-rom. De même les jud. pieux (Test. Juda 17,1) et Philon (Post. Caïn 135)). Le NT a de longs catalogues de vices, dont les "œuvres de la chair" (Gal 5,19-20).

Mais on peut interpréter "la chair" dans un sens plus biblique ; en Jo 3,5-6, il s'agit de la nature humaine incapable d'atteindre Dieu sans renaître de l'Esprit. Les "désirs de la chair" = les besoins de la nature, au niveau de ce qui est en bas, opposés aux désirs de l'Esprit. Le "désir des yeux" = voir seulement le visible et ne pas voir l'invisible qui est d'en haut. Bios est la vie physiologique, opposée à zôè, la vie (éternelle) apportée par le Christ.

L'arrogance du bios = se contenter de la vie mat. et ne pas tendre à la vie de Dieu (zôè). Les trois appartiennent à ce qui est en bas.

En soi ces trois choses étaient dans le monde avant la venue de la lumière, auto-suffisantes comme le monde, mais incapables de s'élever à Dieu. La venue de la lumière a offert aux humains de devenir enfants de Dieu. Après l'offre de Dieu, refusée, la préoccupation vers le bas est devenue hostile : la chair et la vie naturelle sont devenus des instruments du Prince de ce monde et leur auto-intérêt court-circuite tout besoin de salut (cf. Jo 15,22-24). Le monde, la chair et le bios ont toujours été marqués de temporalité et de corruptibilité, mais la venue de la lumière signe leur fin et leur jugement. Maintenant le monde "passe", non seulement parce qu'il est impermanent, mais parce qu'il a haï Jésus et s'est rangé dans le camp de Satan, de sorte que le vaincre, c'est vaincre le monde (16,33). C'est pourquoi l'amour des sécessionnistes pour le monde est une méprise sur la christologie.

Dans toute catéchèse joh sur "conversion/initiation/baptême", l'épisode de Nicodème a dû jouer un rôle (3,1-21 rapproché de 3,22-26 sur le baptême) : incapacité de la chair par rapport à la vie éternelle, besoin de tourner les yeux pour percevoir la lumière venue d'en haut. Ce sont les points que souligne 1 Jo 2,15-17. Dans d'autres mises en garde NT, l'accent porte sur l'existence païenne (1 P 1,14); fidèle au dualisme joh. I Jo voit le Mauvais à l'œuvre non dans le paganisme, mais dans un monde privé de l'Esprit.

En 2,14g, il a souligné que la parole de Dieu (son commandement de l'amour) demeure dans le chrétien . Par implication, celui qui fait la volonté de Dieu et demeure pour toujours garde la parole (commandement) de Dieu.

Vouloir, comme Jésus, la volonté de Dieu qui l'a envoyé (EvJo 4,34; 6,38). L'importance de demeurer pour toujours apparaîtra dans le § suivant, qui ouvre sur la dernière heure.

        §5 :  2,18-27       Mise en garde contre les sécessionnistes ,

                                      antichrists qui renient le Fils et le Père.

 

Texte de I Jo 2,18-27 :

 

18a                              Petits enfants, c'est la dernière heure,

18b                             et comme vous avez appris qu'un Antichrist doit venir

18c                              ainsi maintenant beaucoup d'antichrists ont paru :

18d                             d'où nous connaissons que c'est la dernière heure.

19a                              Ils sont sortis du milieu de nous,

19b                             mais ils n'étaient pas des nôtres ;

19c                              car s'ils avaient été des nôtres,

19d                             ils seraient demeurés avec nous

19e                              Mais c'était pour qu'il devînt manifeste

19f                              que tous ne sont pas des nôtres.

 

20a                              Pour vous, vous avez une onction qui vous vient du Saint,

20b                             et tous vous avez la science.

21a                              Je vous ai écrit non (parce)

21b                             que vous ne connaissez pas la vérité,

21c                              mais (parce) que vous la connaissez,

21d                             et qu'aucun mensonge ne procède de la vérité

22a                              Quel est-il, le menteur,

22b                             sinon celui qui nie que Jésus soit le Christ ?

22c                              Le voilà, l'antichrist :

22d                             celui qui nie le Père et le Fils.

23a                              Quiconque nie le Fils

23b                             n'a pas non plus le Père ;

23c                              celui qui confesse le Fils

23d                             a aussi le Père.

 

24a                              Pour vous, ce que vous avez entendu dès le début

24b                             demeure en vous.

24c                              Si demeure en vous

24d                             ce que vous avez entendu dès le début,

24e                              vous aussi, vous demeurerez dans le Fils et dans le Père.

25a                              Et telle est la promesse

25b                             que lui-même nous a faite :

25c                              la vie, la vie éternelle.

26a                              Je vous ai écrit cela

26b                             au sujet de ceux qui vous abusent.

 

27a                              Pour vous l'onction que vous avez reçue de Lui

27b                             demeure en vous ;

27c                              et vous n'avez pas besoin

27d                             que quelqu'un vous instruise ;

27e                              mais, parce que son onction vous instruit de tout,

27f                              et qu'elle est vraie et n'est pas mensonge,

27g                              selon qu'elle vous a instruits,

27h                              demeurez en lui.

 

 

 

1 Jo 2,18-27                                      

Découpage :

 

D'après les différents destinataires.

Mais en plus il y a un pattern d'idées commun : "C'est la dernière heure". Les proph. et Jésus ont parlé en ces termes des derniers jours et des signes accompagnateurs. Pour 1 Jo, la sécession est un signe :

2,18b-19 : la venue de l'antichrist

2,20-23 : le mensonge et l'antichrist

2,24-26 : ceux qui trompent

2,27 : demeurer dans le Christ. Les lecteurs en sont capables à cause de l'onction (par l' Esprit Saint) reçue de lui, par laquelle ils peuvent distinguer le mensonge et les antichrists.

 

A.      Les sécessionnistes, antichrists de la dernière heure (2,18-19)

Le § 2,3-11 se terminait sur l'opposition fils des ténèbres/fils de la lumière.

Le § 2,12-27 s'est adressé aux fils de lumière ("enfants") ; maintenant il se tourne vers les fils des ténèbres et les identifie comme schismatiques. Déjà EvJo utilisait "ténèbres", "sortir", pour les opposants à Jésus.

 

C'est le langage figuratif de l'apocalyptique juive et chrétienne : un adversaire attendu pour les derniers jours, connu par les fidèles de 1 Jo comme l'Antichrist. On ne trouve pas cette attente apoc. dans EvJo (malgré le langage "Prince de ce monde") mais sa présence dans Apoc. suggère qu'elle faisait partie de l'héritage joh.

I Jo, en s'intéressant à ce qui était "dès le commencement", rappelle à ses lecteurs qu'ils ont entendu le langage de l'eschatologie finale, et il en use en même temps que du langage joh."ténèbres".

 

Le Jésus joh.situe son activité salvifique à la "dernière heure", qui est aussi un moment de jugement pour ses ennemis et le Prince de ce monde (Jo 12,23.31-32). En certains passages (16,2), non seulement l'heure est venue pour lui, mais elle doit venir, partagée par ses disciples. L'auteur de I Jo, influencé par les expressions apoc; "les derniers jours", "le dernier temps", parle de "la dernière heure". Elle est là, parce que l'Antichrist, le grand adversaire, a fait sentir sa présence. Juifs et chrétiens s'attendaient à une libération de Satan, à la surgie de faux proph. et de faux messies, à une perte de foi. I Jo voit cela réalisé dans la sécession d'anciens frères devenus faux proph. et trompant leurs adhérents ( I Jo 4,1; 2,36; 3,7). En les traitant d'Antichrists, il montre bien que leur entreprise est liée au Mauvais (5,19). I Jo historicise la lutte apoc., amenant l'existence chrétienne (Ja 4,4) à d'autres conclusions.

                Ce qui est à retenir, ce n'est pas tellement l'identification (sans cesse renaissante) de chrétiens opposants avec l' Antichrist, mais la dénonciation de toute division doctrinale et le mal de tout schisme.

 

Les quelques lignes de 2,19 sont notre principale source concernant le schisme. Le groupe, "eux", est déjà connu des adhérents de I Jo, qu'il interprète comme la manifestation de l'antichrist. Ils ont brisé la koinônia, non seulement avec "moi", mais avec "nous" (1 Jo2,26; 3,7; 2 Jo 10-11). Les lecteurs doivent se sentir trahis, et c'est la faute des adversaires : ils sont sortis de nous, et donc ont haï leurs frères (cf.déjà 2,9.11). Rapprocher la description des faux proph. en Dt 13,2-6.13-14). Ce sont des apostats, et l'apostasie est le signe de la dernière heure. En quittant, les sécessionnistes n'ont pas fait seulement une erreur, ils ont agi selon leur principe interne de ténèbres (2,19cf). Mais cela a été révélé : donc triomphe de la lumière de Dieu (Jo 3,16-21). La krisis (jugement) continue par la proclamation de la vérité concernant Jésus, Fils de Dieu (I Jo 2,22-23) et force les ténèbres à se démasquer. Nulle part ailleurs dans NT on n'a une telle description d'un schisme, même en 1 Tim 1,3-7.

 

B.      L'onction comme assurance contre les mensonges

des sécessionnistes (2,20-23)

 

Au delà des reproches concernant les prétentions, il devient clair dans ce § qu'un probl.christologique est à la base de la sécession, qu'on peut deviner à partir de la christologie si nette de EvJo. L'indifférence éthique à la manière dont chacun vit et pèche doit être référée à "que Jésus est le Christ". Pour 1 Jo, Jésus=le Verbe incarné, dans sa vie et sa mort. Pour les sécessionnistes, Jésus = le Verbe préexistant comme Christ, le Fils de Dieu : l'incarnation n'ajoute rien d'essentiel. Ne parvenant pas à bien apprécier la vie de l'Incarné (en langage joh. : "le chemin où il a marché"), ils sont incapables d'apprécier l'importance de la manière dont les chrétiens doivent marcher. L'erreur christologique et l'erreur morale vont de pair.

Plus désastreux : leur méconnaissance de la mort de Jésus en  croix ("son sang") les amène à méconnaître comment ils sont devenus enfants de Dieu, non par l'incarnation mais par la crucifixion. Ainsi renier Jésus (Verbe incarné) comme Christ ou comme Fils, c'est nier la paternité de Dieu (2,22c-23).

 

En réf. au Verbe préexistant qui est dans le monde (mais sans insistance sur sa carrière ou sa mort) le Prol de EvJo dit que ceux qui croient en son nom sont engendrés de Dieu (EvJo 1,10-12). Sur cette toile de fond l'infidélité des sécessionnistes à la tradi.joh n'était pas évidente. D'où la crainte exprimée par 1 Jo que les sécessionnistes corrompent des frères (1 Jo 2,26). Ce qui le rassure, c'est qu'ils ont reçu du Christ l'Esprit Saint quand ils sont devenus chrétiens (2,20a,27a.e), et le Pa, guide dans la vérité (16,13), leur donne toute connaissance sur le Christ. I Jo ne nie pas que les adversaires aient été oints, mais se tait curieusement sur ce point. Ceci est consonant avec leur prétention de posséder l'Esprit (1 Jo 4,1). Alors l'onction ne protège pas de l'erreur ! Réponse : derrière 2,20.27 il faut lire la présupposition de 1 Jo que l'Esprit confirmera les chrétiens dans l'interprétation de l'école joh parce qu'il a lui-même inspiré cette interprétation. Cf.4,6. Mais il y  a plus sur ce sujet en 2 ,24-26.

 

"Vous avez toute connaissance" (2,20b). "Vous" opposé aux sécessionnistes dont il vient de dire :"aucun d'eux n'était des nôtres", et cette revendication de connaissance contredit leur prétention de connaître Dieu (2,4). Les sécessionnistes disaient être les seuls à connaître, les autres étant ignorants ou immatures, ce qui pouvait déstabiliser les partisans de 1 Jo. Il les rassure 2,21-23.

Dans l'Ancien Testament, seuls les rois, les proph.et les prêtres recevaient l'onction et l'Esprit de sagesse. Mais maintenant c'est le temps de la nouvelle alliance et la promesse de Jer 31,34 est accomplie.

De nouveau 1 Jo fait appel à leur expérience "conversion/initiation/baptême", car au baptême ils ont reçu l'onction du SE par Jésus (Act 10,38). Dans la tradi joh "onction" a pu être comprise comme une consécration sur des modèles Ancien Testament (cf. EvJo 17,19),  consécration qui faisait d'eux des fils, à l'imitation du Fils que Dieu avait consacré et envoyé dans le monde, et qui pour cette raison se disait Fils de Dieu (Jn 10,36).

La connaissance était aussi à l'imitation de celle de Jésus. Souvent EvJo souligne la connaissance de Jésus (7,29; 8,14), avec panta (tout) dans le contexte (13,1; 18,4; 19,28) et oida (je sais) comme ici. Cf.16,30; 8,32. A cause de l'onction1 Jo 2,20.27e, l'auteur pt dire :"Vous avez tous la connaissance", "elle vous instruit de tout", "vous connaissez la vérité"(2,21c), autrement dit les chrétiens ont les privilèges du Fils consacré par l'onction de l'Esprit.

 

Le langage "alliance", s'il remonte au fond commun joh "conversion/initiation/baptême", séparément ou tous les trois, aide à comprendre l'expression des confessions christologiques en 2,22-23. Pourquoi 1Jo ne précise-t-il pas le sens :"le Verbe-devenu chair" est le Christ ? Réponse : il s'en tient aux formules que ses chrétiens ont reçues lors de leur initiation (20,31) et qui doivent suffire à les prémunir. C'est particulièrement nécessaire à la "dernière heure" : les sécessionnistes accomplissent la grande apostasie attendue, les vrais croyants accomplissent la tradi. qui lent confession par ou de Jésus avec le dernier jugement (Mt 10,32-33; Apoc 35; Rm 10,9-10).

 

        C.      La tradition comme assurance contre la duperie (2,24-26)

 

En 2,24 I Jo énonce le critère "depuis le début". Comment ce critère est-il uni au précédent critère (onction) (2,20.27)? Les deux habitent le chrétien. Dans EvJo Jésus parle "habiter" en relation avec ses paroles (8,31; 15,7s) et en  relation avec l'Esprit (14,16-17).

Les deux, sécessionnistes et I Jo, qui ont reçu le même évangile, parlent à la fois d'une tradi. qui habite (parole) et de l'Esprit qui habite. Plus tard les chrétiens différeront sur le fonctionnement de l'Esprit (avec chaque chrétien, ou avec un magisterium, ou les deux). Mais ici ce n'est pas le problème, car 2,27 n'implique aucun magisterium, et "depuis le début" ne renvoie pas à un corps d'enseignement fixé absolument. On le voit bien dans EvJo : les paroles de Jésus reçoivent un sens nouveau et doivent être formulées différemment. Le Pa joue son rôle pour qu'il n'y ait pas de distorsion. Noter la subtilité de la parole de Jésus en 16,12-13 : une correcte réinterprétation des paroles de Jésus ne peut être nouvelle, car Jésus sait tout et le Pa ne peut que conduire les chrétiens à ce que Jésus a toujours visé.

Donc les deux critères ("début" et onction) sont en symbiose : l'Esprit qui habite le chrétien interprète la parole qui habite le chrétien depuis le début. Dans EvJo Jésus lie sa révélation et l'Esprit à la vie éternelle (6,35-63),cf. 1 Jo 2,25.

Les sécessionnistes ne nient pas absolument l'un des critères ou les deux. Eux aussi revendiquent l'onction (+haut) ; regardons leur position vis à vis de la tradi.

Ils se disent progressistes ( 2 Jo 9) donc n'invoquent pas une tradi. inchangeable ni ne la soulignent contre l'Esprit.

On a souvent suggéré que c'étaient des enthousiastes, libérés au regard du "début". On peut plus exactement reconstruire leur théologie de sorte qu'elle ait une base dans EvJo. Comme 1 Jo, les sécessionnistes reconnaissent à la fois tradi. et rôle du Pa , mais les équilibrent différemment. Les sécessionnistes donnaient à l'Esprit un plus grand rôle pour interpréter la tradi. d'une manière nouvelle. Le "début" n'avait pas d'importance pour eux, et ils reprochaient certainement à 1 Jo de ne pas prendre suffisamment au sérieux les paroles de Jésus en 16,12-13 sur ce qu'il aurait voulu dire. L'auteur de 1 Jo répond en insistant : Esprit, mais aussi la parole "depuis le début".

 

C.               Rejeter les enseignants, assurance contre les sécessionnistes (2,27)

 

2 Jo 10 exhorte ainsi :"Si quelqu'un vient à vous et n'apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas à la maison et ne le saluez pas".

1 Jo 2,27 : les chrétiens n'ont besoin d'aucun enseignant, et les sécessionnistes sont de faux proph. (4,1) Les faux proph. sont un signe tradi. des derniers temps (cf. 2 P 2,1; 2 Tim 4,3; Eph 4,14).

Néanmoins, 1 Jo dépasse l'opposition aux faux proph. en récusant tout enseignement. L'enseignement est ailleurs présenté comme nécessaire (1 Tim 4,11; 1 Cor 12,28; Eph 4,11; Act 1,1). Mt 23,8 revendique le titre pour Jésus seul. Ici l'auteur se base sur le Pa (Jo 14,26; 16,13). Derrière cela, il y a la mentalité "dernière heure" où la guidance divine remplace les intermédiaires humains. Cf. Jer 31,34 et Jo 6,45. La plupart des passages "enseignement" de 1 Jo renvoient à Jésus. Si le Pa enseigne, c'est parce qu'il reprend le rôle de Jésus.

Il n'y a pas de groupe d'enseignants dans 1Jo (4,6; 1,1-5). L'école joh se considérait comme témoin, titre qui ne contredisait pas l'onction par l'Esprit (Jo 15,26-27). L'absence de magistère dans l'école joh laissait du champ à la propagande de sécessionnistes, et peut-être certaines communautés joh ont-elles développé une autorité locale avec pouvoir d'enseigner. Le christianisme subséquent, avec magistère, a quand même gardé 1 Jo dans ses écritures canoniques. Aug dira que le maître est intérieur (cf.1 Cor 3,6). Certains renvoient à un enseignement intérieur par l'Esprit correspondant à l'enseignement extérieur des maîtres. Var. chez Paulin de Nole : puisque le fidèle a l'Esprit, il a un guide vers la vérité. D'où la thèse : "quod ubique, quod semper". Autre interprétation : l'Esprit garantit l'exégèse individuelle. Les deux interprétations vont au delà de la pensée de 1 Jo, mais reflètent toutes deux une ligne possible. Retenons que dans sa pensée, l'Église doit vivre une tension entre enseignants-autorité et Esprit illuminant chaque chrétien.

 

 

 

 

                                                (suite à la page suivante)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

§6              2,28 – 3,10 : Enfants de Dieu / enfants du diable

 

 

 

28a                              Et maintenant, teknia, demeurez en lui

28b                              pour que, s'il vient à se manifester, nous ayons de l'assurance,

28c                              et non pas la honte de nous trouver loin de lui à son Avènement.

29a                              Si vous savez qu'il est juste, reconnaissez

29b                              que quiconque pratique la justice est né de Lui.

1a                                            Voyez quel grand amour nous a donné le Père,

1b                                            que nous soyons appelés enfants de Dieu !

1c                                            Et nous le sommes.

1d                                            Voilà pourquoi le monde ne nous connaît pas :

1e                                            parce qu'il ne l'a pas connu.

2a                                            Bien-aimés, maintenant nous sommes enfants de Dieu,

2b                                            et ce que nous serons n'a pas encore été manifesté.

2c                                            Nous savons que, s'il vient à se manifester,

2d                                            nous lui serons semblables,

2e                                            parce que nous le verrons tel qu'il est.

3a                                            Quiconque a cette espérance en lui

3b                                            se rend pur comme Celui-là est pur.

 

4a                                Quiconque commet le péché commet aussi l'iniquité,

4b                                car le péché est l'iniquité.

5a                                Et vous savez que Celui-là s'est manifesté

5b                                pour enlever les péchés,

5c                                et qu'il n'y a pas en lui de péché.

6a                                Quiconque demeure en lui ne pèche pas ;

6b                                quiconque pèche ne l'a pas vu

6c                                et ne l'a pas connu.

 

7a                                Teknia, que personne ne vous abuse :

7b                                celui qui pratique la justice est juste,

7c                                comme Celui-là est juste ;

8a                                celui qui commet le péché est du diable,

8b                                parce que le diable pèche dès le commencement.

8c                                Pour cela s'est manifesté le Fils de Dieu :

8d                                afin de détruire les œuvres du diable.

9a                                Quiconque est né de Dieu ne fait pas de péché,

9b                                parce que Sa semence demeure en lui,

9c                                et il ne peut pas pécher,

9d                                parce qu'il est né de Dieu.

10a                              À cela les enfants de Dieu et les enfants du diable se reconnaissent :

10b                              quiconque ne pratique pas la justice n'est pas de Dieu,

10c                              et pas davantage celui qui n'aime pas son frère.

 

 

 

 

Deux strophes commençant par teknia. Le passage 3,1-3 est une interruption-exclamation, à partir de "né de lui ". En v.9-11 l'auteur a traité lumière/ténèbres, en v.12-27, encouragé ceux qui sont dans la lumière, en 18-27, blâmé les sécessionnistes. Dans le présent passage il décrit enfants de Dieu/enfants du diable, distingués à partir de ce qu'ils font – un critère à ajouter à la norme christologique de v.18-27.

 

 

                        A.     La révélation du Christ à la parousie (2,28-29)

 

 

Dans l'unité 18-27, c'est la dernière heure, et l'Antichrist est présent dans les sécessionnistes qui nient que Jésus soit le Christ, refusant ainsi de confesser le Christ (dans sa carrière terrestre). Mais l'auteur s'est centré auparavant sur la vie morale des chrétiens, qui ne pèchent pas. L'auteur y revient. Si la dernière heure a apporté la révélation de l'Antichrist, elle apportera bientôt la révélation du Christ (28b). Car traditionnellement le mal doit être détruit par le Messie de Dieu dans sa parousie (2 Th 2,8). Confiance en cette parousie puisque en eux habite le Christ.

Le langage "la honte de" reflète une vieille tradi chrétienne, pas bien représentée dans EvJo, mais Mt 10,32-33; Mc 8,38.

Dans son souci pastoral (comment les chrétiens vont-ils se situer face à la venue du Christ ?), l'auteur rencontre deux difficultés :

1)                          Comment se situer face à une parousie de jugement alors qu'ils sont déjà jugés (Jn 5,24)? Selon les sécessionnistes le jugement ne concerne que les non chrétiens ! Pour 1 Jo il y  un élément de jugement valable pour les chrétiens aussi. Pour Jn 3,17-21 la krisis (jugement) est "provoquée" ; pour 1 Jo le chrétien doit jusqu'à la parousie vivre selon la lumière qu'il a choisie.

2)                          le manque d'assurance devant le jugement de la parousie. Fidèle à l'eschatologie inaugurée, 1 Jo appelle à la confiance, sur la base de ce qui a déjà été reçu (Jn 14,20; 1,13). Il ne suffit pas de porter du fruit (Jn 15,1-6); il faut en porter davantage, et pour cela demeurer dans le Christ (Jn 15,5)

 

"Né de lui" : image différente de l'adoption (Paul) ou de l'émanation (Act 17,28 ?). Corollaire joh de la vie éternelle (semence de Dieu). Selon les sécessionnistes, une fois "né de Dieu", plus rien à faire ! Pour 1 Jo, si la vie éternelle est une vraie vie, il faut la vivre et la manifester sur terre, être juste comme le Christ est juste (2,29), forme joh  de la demande "alliance" de l'Ancien Testament :"être saint comme Dieu est saint" (Lev 19,2; 1 P 1,16).

 

 

B.    Confiance en ce que nous sommes ;

révélation de ce que nous serons (3,1-3)

 

 

Peut-être les adhérents de 1 Jo sont-ils dépréciés par les sécessionnistes ? Peut-être les sécessionnistes ne voulaient-ils pas rabaisser ceux qui venaient au christianisme, déjà enfants de Dieu, existant en Dieu, aimant Dieu, le connaissant et étant comme lui ?

I Jo a soin de souligner que sa théologie ne nie pas l'amour de Dieu ni la dignité de ses enfants (deux thèmes de la catéchèse baptême). Il reconnaît que le monde (les sécessionnistes) ne valorise pas ses adhérents comme enfants de Dieu, mais ce n'est pas une raison de se décourager. Bien plutôt c'est une preuve de leur filiation, puisque le monde, déjà, n'a pas reconnu Dieu (Jn 17,25). Le monde reconnaît les siens (les sécessionnistes) (I Jo 4,5).

Dans l'Ancien Testament, Israël se reconnaissait comme fils de Dieu, mais selon Jn 11,50-52, les enfants de Dieu sont ceux pour qui le Christ est mort, un groupe plus large que la "nation" d'Israël. Le Dieu de l'alliance a manifesté son amour en appelant à lui ce peuple qui constitue ses enfants, et les lecteurs doivent se souvenir qu'ils font partie de ce peuple. Écho de ce qu'ils ont entendu quand ils sont entrés dans la communauté joh.

 

Comment les enfants de Dieu doivent-ils se situer face à la parousie ?

Ici 1 Jo mêle subtilement eschatologie inaugurée et eschatologie future. Si le Fils de Dieu doit encore être révélé, alors un aspect futur de l'enfant de Dieu est encore à révéler. La parousie du Christ (2,28) est opposée à l'apparition de l'Antichrist ; la révélation des chrétiens fidèles est opposée à la révélation des sécessionnistes (2,19ef). Mais la révélation de l'Antichrist n'apporte rien de nouveau ; elle montre ce qu'ils sont déjà (le mal n'est pas créatif). La révélation des fils de Dieu n'a pas à redire ce qu'ils sont déjà ((3,2a), mais sera une nouvelle manifestation de l'amour créatif de Dieu qui fait d'eux ses enfants. Dieu est amour (4,8-16c), et cet amour ne peut être statique. Il y aura cependant continuité entre les statuts présent et futur des fils de Dieu. Les chrétiens sont toujours comme Dieu tel qu'il se montre en son Fils ; la future révélation permettra aux fils de Dieu d'être comme Dieu vu comme il est en lui-même. L'auteur dit "ce que nous serons", non pas "ce que nous sommes", ni "qui nous serons", formulations qui mettraient en cause l'identité des fils de Dieu, et la continuité entre identité présente et identité future. Il ne dit pas non plus "ce que nous deviendrons", parce qu'on pourrait comprendre que nous deviendrons quelque chose de tout à fait autre. Il envisage la préparation en termes de "demeurer".

 

"Nous savons que… nous lui serons semblables", et non pas "nous saurons". Car même si une nouvelle révélation doit avoir lieu, cela ne contredit pas le fait que déjà l'onction enseigne tout (2,27e). La future révélation est une partie de la connaissance qu'ils possèdent déjà. Bien que 1Jo ne donne aucun détail sur la révélation future, les commentateurs spéculent sur "ce que nous serons"

- aucun homme ne pt voir Dieu comme il est. C'est peut-être un problème moderne. Athanase n'hésite pas à parler d'une future théopoiesthai (être fait Dieu), et Saint Thomas anticipe une vision béatifique. Il y a d'ailleurs un background Ancien Testament : Gn 3,5 (était-ce complètement hors du plan de Dieu ?) ; Ph 1,6 (Jésus / Adam). Jésus est dans la morphè théou (forme de Dieu), mais n'a pas revendiqué son isos (égal). Cependant, à cause de son humilité, spécialement dans sa crucifixion, il est exaucé et reçoit ce qui a été refusé à Adam, "le nom au-dessus de tout nom". La pensée de EvJo est un peu différente : Jésus possède sur cette terre le nom divin, car il est venu en ce nom (17,11-12;5,43; 12,43). Jésus ne se fait pas isos, comme les Juifs lui reprochent, Dieu lui a tout donné. Vu la tendance à modeler la filiation des chrétiens sur celle de Jésus, un "comme Dieu" ne fait aucune difficulté. Après tout, ils sont ceux qui ont cru au nom de Dieu (Jn 1,12; 3,18) qu'il leur a révélé (17,6-26), qui leur a apporté vie et protection (17,11-12; 20,31) et pour lequel ils ont souffert (15,21). En étant appelés enfants de Dieu, ils sont identifiés au Fils de Dieu, et, en un sens, portent son nom.

 

Deuxième promesse : "nous le verrons tel qu'il est" (1 Jo 3,2e).

Aucun autre passage joh, sauf peut-être Apoc 22,4. Dans le contexte de cette épître,  il est douteux qu'il s'agisse d'un + grand privilège que la première promesse. Ce peut être une autre manière de décrire le même futur : comparer 1 Cor 13,12 et 2 Cor 3,18. Pour Philon, De Abr.12, la vision du Père de toutes choses est, pour un être humain, la suprême bénédiction. Pesiqta Rabbati 11,7 :"En ce monde les Israélites adhèrent au Saint, mais dans le monde à venir, ils deviendront semblables à lui". Midrash sur Ps 149 :"Quand les enfants de Dieu verront Dieu dans le monde à venir, ils deviendront saints".

 

L'auteur veut-il vraiment dire que nous deviendrons comme il est et que nous le verrons tel qu'il est ?

 

Certains pensent à un changement ontique (contrairement à EvJo). Il s'agit de quelque chose de + qu'un simple changement noétique (découvrir ce que les chrétiens sont déjà); mais il n'y a aucun moyen de savoir quel passage à un degré supérieur d'une même réalité (devenir plus semblables à Dieu que nous ne le sommes). Il n'y a aucune raison que soit abolie la distinction Créateur/créature, comme dans les œuvres gnostiques. Alors, quel changement ? Homélie Pseudo-clémentine 17,16 : en cette vie " les yeux des mortels ne peuvent voir la forme incorporelle du Fils de Dieu", mais à la résurrection des morts, le juste sera capable de voir Dieu, parce qu'il n'aura aucune retenue venue de la chair, qui sera transformée en lumière. On a pu comparer sur 4 points la pensée de I Jo et celle des gnostiques :

a)Pour I Jo, ce que nous sommes résulte d'un acte d'amour de Dieu dans le passé, non pas d'une initiation ou de formules magiques. b) Nous pouvons vérifier l'authenticité de ce que nous sommes parce que le monde nous traite comme il a traité le Fils de Dieu ; or les sécessionnistes ou les gnostiques ne semblent pas avoir redouté ce manque de succès. c) Ce que nous sommes est la promesse d'un futur encore invisible ; il y a donc un futur qu'ignorent ceux qui se croient déjà libérés par la gnose. d) Nous rencontrerons Celui que nous connaissons déjà, mais Il n'est pas déjà décrit comme le Grand Inconnu qui se trouve au commencement des tables gnostiques d'émanations. Nous avons vu Dieu en Jésus Christ.

 

En 3,3 I Jo résume tout dans l'espérance. Seule occurrence dans toute la litt.joh. L'auteur puise aux thèmes chrétiens "conversion/initiation/bapt" qui ont perdu de leur importance dans la communauté joh., comme l'eschatologie finale, à une époque où EvJo soulignait l'eschatologie inaugurée contre des opposants juifs. Être modelés sur le Christ (3,1-3) affecte non seulement notre être présent de nés de Dieu (2,29), mais aussi l'espérance de ce que nous serons.

La vie du Christ est décrite comme "pure", de nouveau seule occurrence, avec forts harmo-niques cultuels. Probablement les sécessionnistes ne voulaient pas d'espérance, parce qu'ils s'estimaient parfaits, de par leur premier contact avec le Christ. Pour eux le chrétien n'avait pas besoin de "se rendre" pur. Ils pouvaient opposer à l'auteur EvJo 13,10, mais celui-ci pouvait répondre que, même pour des purs (15,3), il faut porter du fruit et accepter d'être émondés par le Père (15,2-4).

 

 

C.    Le péché comme Iniquité, contrée par la révélation du Christ (3,4-6)

Avec 3,4 l'auteur revient à son thème principal, qui n'est pas la révélation de ce que nous serons, mais notre préparation à la révélation du Christ. Le grand obstacle à le rencontrer avec confiance (2,28) serait une vie de péché, que les sécessionnistes écartent comme sans importance (1,8.10). Comme l'auteur a historicisé l'Antichrist (=les sécessionnistes), il historicise l'anomia (iniquité) attendue pour le temps de la fin (=les péchés des soi-disant chrétiens). Les sécessionnistes sont l'Antichrist, parce que, tout en professant la foi au Christ, ils annulent l'importance de la vie terrestre du Christ. Leur attitude constitue l'Iniquité parce que, en disant péché=sans importance, ils laissent supposer que Dieu (qui habite les chrétiens) peut être manifesté publiquement par des actions mauvaises. La caractéristique de l'Antichrist, comme aussi de l'anomia, c'est de faire prendre le mauvais pour bon, ce qui est l'opposé de Jésus, révélé comme l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde (Jn 1,29). Dans EvJo, hamartia (péché) =ne pas croire, dans 1 Jo, hamartiai (les péchés, 3,5)=tout type de mal qui détourne l'homme de la lumière (cf. Jn 3,20). Il n'y a rien de péché en Christ, il ne peut rien y avoir de péché dans le chrétien.

L'auteur, en 3,6, dit que celui qui commet le péché n'est pas chrétien (=n'a pas vu le Christ). Il a dit que le chrétien verra Dieu tel qu'il est, mais pour le chrétien joh, il a déjà vu Dieu dans le Christ (Jn 14,9). Donc 1 Jo dénie aux adversaires la vraie expérience chrétienne de Dieu. Ce qu'il a revendiqué en 1,1c, il l'exclut pour les sécessionnistes.

 

Second jugement négatif en 3,6c "ils ne l'ont pas connu", pas plus que les juifs en Jn 16,3. En 1 Jo 2,5 l'auteur déniait aux sécessionnistes un "voir Dieu" non basé sur la garde des commandements ; ici il dénie toute connaissance du Christ à ceux qui pèchent. Il n'y a pas de voie moyenne entre la communauté joh qui connaît Christ+Père (2,14bd), et les sécessionnistes qui ne connaissent ni l'un ni l'autre, ignorance coupable, qui se reflète dans la décision de se détourner de la lumière (concrètement sortir de la communauté (2,19). Les sécessionnistes se sont exclus de Jer 31,34.

 

Le choix des thèmes de 2,28-29 et 3,4-6 vient peut-être de la tradi joh conversion /initiation/bapt., mais peut-être aussi de certaines associations d'idées de EvJo. Par ex. en 16,8 où le Pa doit mettre le monde dans son tort à propos de hamartia/dikaiosunè/krisis (péché/justice/jugement). Le thème krisis est implicite en 1 Jo 2,28, dikaiosunè est implicite en 2,29 et 3,4; L'auteur joue le rôle du Pa en montrant que les sécessionnistes ont tort par rapport à hamartia/dikaiosunè/krisis. Ce qui était d'abord défendre les chrétiens contre les juifs devient défendre les chrétiens contre leurs frères d'autrefois.

 

 

D.     Enfants de Dieu/enfants du diable (3,7-10b)

 

Plusieurs des idées de 2,28c-3,6c sont reprises mais l'hostilité apocalyptique est plus grande  L'auteur, en 3,4.6, a critiqué "quiconque ..", mais il est sûr qu'en 3,7a il vise les propagandistes, et non seulement les chrétiens faibles. En 2,26b, leur tromperie concernait la christologie, ici la morale. Il est probable que les propagandistes reprochaient aux adhérents de l'auteur de ne pas croire suffisamment au pouvoir purifiant de le nouvelle naissance. Jusqu'ici l'A a identifié les sécessionnistes avec l'Antichrist, le Menteur, les instruments de tromperie, l'Iniquité. Ici, après avoir parlé de la dernière heure, il démasque le Diable. (Déjà en 2,18b le Diable prenait comme instrument une personne humaine). L'attitude des sécessionnistes montre qu'ils appartiennent au Diable, qui pèche depuis le commencement (3,8b). Déjà il a trompé Adam et Eve, leur promettant qu'ils seraient comme des dieux : il a trompé les sécessionnistes en leur faisant penser que le péché n'est rien, et les a privés de la vie éternelle (ils ne seront jamais comme Dieu, ce que seront les vrais croyants) (3,2d); Le diable a trompé Caïn qui a tué Abel et prétendu être innocent ; il a trompé les sécessionnistes en leur faisant quitter la communauté et en rejetant toute la faute sur l'A.

 

Si dans la tradi joh. le Christ doit enlever les péchés (1,29.31), il lui fallait détruire les œuvres du diable (1 Jo 3,5.8cd). Le Christ est ainsi opposé aux sécessionnistes non seulement en ce qu'ils font, mais en ce qu'ils sont.

Toute l'unité concerne la révélation, future : ce que le Christ (2,28) sera et ce que seront les chrétiens (3,2), passée : le Christ contre le péché et les œuvres du diable (3,5.8), et enfants de Dieu/du diable (3,10).

 

En attaquant ce royaume de l'influence diabolique, l'A continue l'œuvre du Pa (krisis, jugement, du diable, EvJo 16,11). Contre le diable qui a péché depuis le commencement et contre ses enfants qui agissent selon l'injustice et le péché, 1 Jo souligne que les enfants de Dieu ont le pouvoir de ne pas pécher. Être sans péché et l'impeccabilité sont des signes distinctifs de ceux qui ont été enfantés par Dieu (3,9).

 

Comment concilier cette revendication de l'A (3,6.9; 5,18) avec celle des sécessionnistes (1,8.10) ? L'A parle dans le contexte eschatologique de la dernière heure où, selon l'apocalypse juive, Dieu se préparait une génération sans péché en grand combat avec le diable. Les deux (l'A et les sécessionnistes) revendiquent l'impeccabilité, appuyée sur EvJo (péché=le fait des gens de l'extérieur ; les croyants joh. peuvent se modeler sur le Christ, qui était sans péché). Si en fait les chrétiens font des choses mauvaises, les sécessionnistes prétendent que ce ne sont pas des péchés capables de détruire le statut de sauvés, car par la foi ils sont irrévocablement hors du royaume du péché. L'A affirme qu'il y a des péchés (5,17), mais que Jésus est paraclet (2,1-12). Les sécessionnistes peuvent invoquer la logique joh., mais 1Jo se préoccupe de la réalité pastorale.

 

L'A n'a pas suffisamment nuancé l'impeccabilité.

Aug. a bien opposé les deux principes : divin (demeurer dans le Christ 3,6 ; être engendré par Dieu 3,9a ; avoir la semence de Dieu habitant en soi (3,9b), humain (revendiquer le pouvoir contre le péché). "Dans la mesure où l'homme demeure dans le Christ, dans cette mesure il ne pèche pas".

Pères grecs : la semence divine = force intérieure qui conduit l'âme, désormais détachée de l'orientation au péché, à ne pas pouvoir choisir le mal.

La Rondelle : l'impossibilité de pécher réside, non pas dans le chrétien comme tel, mais dans le Christus praesens, + grand que celui qui est dans le monde.

Prunet : La nouvelle nature donnée par l'engendrement produit une nouvelle humanité incapable de pécher. C'est seulement dans la mesure où ce principe de vie est actif, qu'il y a impeccabilité.

On peut se demander de quelle manière précise EvJo a décrit la puissance d'engendrement comme opérative, mais pour 1 Jo elle n'agit pas seulement dans le passé. Que la semence de Dieu soit le Verbe de Dieu ou l'Esprit Saint, elle demeure active après que l'enfant de Dieu est venu au monde (EvJo 6,44).

 

                On est donc forcé de comprendre cette revendication d'impeccabilité (1 Jo 3,6.9) dans la ligne du statut de 3,1.2. Nous sommes déjà enfants de Dieu et une liberté par rapport au péché est liée à cet état, (cf. Jn 8,39). I Jo a sa propre variation sur ce thème :"Vous êtes enfants de Dieu, donc vous devez faire des œuvres dignes de Dieu, et donc ne pas pécher, ce qui est œuvre du diable". Mais en cette dernière heure il reconnaît que nous ne sommes pas tous ce que nous devrions être, et qu'il y a une croissance dans la filiation. La semence divine continue de transformer l'enfant de Dieu en l'image du Fils de Dieu qui est l'image de Dieu lui-même, jusqu'à ce que, lors de la révélation finale, nous soyons comme Dieu lui-même. Plus cette semence divine transforme le chrétien, plus il est impossible au chrétien de pécher. Être enfant de Dieu n'est pas donné une fois pour toutes, mais doit s'exprimer dans le comportement. Non seulement cette vie s'exprime dans l'action, mais elle grandit ; et une impeccabilité grandissante est un signe de cette croissance. Au début le croyant choisit de venir à la lumière et non aux ténèbres (Jn 3,19-21). C'est le début d'un mouvement, jusqu'à ce qu'on vienne à Dieu qui n'est que lumière et en qui il n'y a aucune ténèbre (1 Jo 1,5). Inclusion entre 1 Jo 1,5 et 3,10.

 

 

             E.L'arrière-fond : alliance/initiation/baptême.

 

Voici les thèmes communs de 1 Jo avec 1 P 1 et Tite 2-3 :

 

·         révélation/dévoilement/apparition du Christ : tous trois

·         renaissance : tous trois

·         amour/pitié de Dieu pour nous : tous trois

·         le futur qui doit ê révélé/dévoilé : 1 Jo et Pi

·         espérance : tous trois

·         le chrétien doit être pur/purifié : tous trois

·         pur/saint comme Dieu ou le Christ : 1 Jo et Pi

·         "Vous savez", assurance : 1Jo et Pi

·         enlever les péchés/rachat de la futilité/renoncement aux désirs du monde : tous trois

·         rien de pécheur dans le Christ, Agneau sans tache : 1 Jo et Pi

·         anomia (iniquité) : 1 Jo et Tite 2

·         révélation ou apparition du Christ/ Fils de Dieu pour un dessein salvifique : tous trois

·         amour des frères et amour mutuel : 1 Jo et Pi

·         né d'une semence qui demeure : 1 Jo et Pi

 

Le background le plus probable est l'entrée dans la communauté.

 

 

 

 

 

 

                                                (suite à la page suivante)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

§ 7.        1 Jo 3,11-24                      Aimez-vous les uns les autres

 

 

11a                                         Telle est en effet l'annonce

11b                                         que vous avez entendue depuis le début :

11c                                         que nous nous aimions les uns les autres.

 

12a                                         Non pas comme Caïn qui était du Mauvais

12b                                         et qui égorgea son frère.

12c                                         Et pourquoi l'égorgea-t-il ?

12d                                         Parce que ses œuvres étaient mauvaises,

12e                                         tandis que celles de son frère étaient justes.

 

13                                           Frères, ne vous étonnez pas si le monde vous hait

14a                                         Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie,

14b                                         parce que nous aimons les frères.

14c                                         Celui qui n'aime pas demeure dans la mort

15a                                         Quiconque a de la haine pour son frère est un homicide,

15b                                         et vous savez qu'aucun homicide n'a la vie éternelle demeurant en lui.

16a                                         À ceci nous avons connu l'amour :

16b                                         c'est que Celui-là a livré sa vie pour nous.

16c                                         Et nous aussi nous devons livrer notre vie pour nos frères.

17a                                         Si quelqu'un possède les biens de ce monde

17b                                         et que, voyant son frère dans le besoin,

17c                                         il lui ferme ses entrailles,

17d                                         comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ?

 

18a                                         Petits enfants, n'aimons pas en paroles, ni de langue,

18b                                         mais en action et vérité.

19a                                         À cela nous connaîtrons que nous sommes de la vérité,

19b                                         et devant lui nous rassurerons notre cœur  

20a                                         parce que, si notre cœur nous condamne,

20b                                         Dieu est plus grand que notre cœur,

20c                                         et il connaît toutes choses.

21a                                         Bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas,

21b                                         nous avons de l'assurance auprès de Dieu,

22a                                         et quoi que nous demandions, nous le recevons de lui

22b                                         parce que nous gardons ses commandements

22c                                         et faisons ce qui plaît à ses yeux

 

23a                                         Et ceci est son commandement :

23b                                         que nous croyions au nom de son Fils Jésus Christ

23c                                         et que nous nous aimions les uns les autres, comme il nous en a donné le cdt.

24a                                         Celui qui garde ses commandements

24b                                         demeure en Lui et Lui en lui,

24c                                         et à ceci nous connaissons qu'il demeure en nous :

24d                                         par l'Esprit qu'il nous a donné.

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                          (suite à la page suivante)


Subdivision :

 

 

La partie II est 3,11 – 5,12.

Chaque partie commence par "ceci est l'Évangile"(3,11).

Le thème de l'amour est dominant dans cette partie II (comme dans la deuxième partie de l'Évangile de Jo).

Fin de l'unité : 3,24, car 4,16 ne peut lui être rattaché, et nous avons l'inclusion 3,11/3,23 avec une explicative en hina (pour que). Le verset 3,24 conclut le thème de l'amour et introduit le thème suivant : l'Esprit.

 

 

A.            L'Évangile de l'amour fraternel (3,11-12)

 

 

Pour autant, il n'y a pas séparation avec ce qui suit, tout comme, dans l'Évangile les disciples qui ont été avec Jésus (partie 1) se retrouvent au DAC (discours après la Cène).

Les ennemis (juifs) sont moins fréquents et à la 3e personne . Les "petits enfants" et leur style de vie passent au 1er plan. On entend moins directement les prétentions des sécessionnistes. L'A veut recoller les morceaux de sa communauté, d'où son insistance sur l'amour mutuel.

 

Si on lit le v.12 en référence avec la situation communautaire, on comprend l'urgence de l'amour. L'A a terminé Partie I en opposant fils de Dieu/fils du diable. Continuant en parlant plus directement aux fils de Dieu, il est conscient de la violence qui leur est faite par les fils du diable.

Quand l'A évoque Caïn, il évoque le fratricide pour parler des sécessionnistes. Ce sont d'anciens "frères". Il rappelle implicitement 2 passages de Evjo : 8,39-44, où l'on veut tuer Jésus , et 13,2.7, où Satan entre en Judas (cf.6,70-71). Tous ceux-là, fils du diable, appartiennent au Mauvais.

 

¤Compte tenu du langage sévère de l'A, accuse-t-il vraiment de meurtre les sécessionnistes ?

L'Evjo accuse " les Juifs" (16,2), et certains pensent qu'effectivement les autorités synagogales ont mis à mort des chrétiens. Les sécessionnistes l'ont-ils fait ? La réponse ne peut être assurée.

 

Les sécessionnistes de la communauté joh. peuvent avoir été tout aussi inacceptables aux juifs et aux Romains que les adhérents de l"A. Le langage "tuer" provient des prédictions du Christ, et l'A voit une prédiction réalisée de son temps (2,18) dans et par les sécessionnistes. L'accusation de tuer n'a pas besoin d'être une référence littérale aux sécessionnistes, pas plus que l'accusation d'être l'Antichrist. Si les sécessionnistes accusent l'A et ses amis de n'avoir pas connu Dieu et de n'être pas les enfants de Dieu (accusations que l'A de son côté adresse aux sécessionnistes), ils portent un coup à l'identité et à la vie éternelle des chrétiens. Le sérieux de ces attaques pouvait, aux yeux de l'A, équivaloir à un meurtre, même si les sécessionnistes n'avaient pas agi physiquement, ou pas dénoncé aux autorités (voir Mt 5,21-28) ; ou bien les sécessionnistes étaient la partie la plus riche, et ont laissé la communauté dans la difficulté (I Jo 3,17); Il semble toutefois que les exemples au début ¤ appellent une interprétation littérale de "meurtrier".

Quoi qu'il en soit, le but 1er de l'A n'est pas d'accuser les sécessionnistes, mais d'exhorter ses adhérents à ne pas les suivre dans leur haine des frères : ils ne doivent pas agir kathôs (comme) Caïn (3,12); ailleurs, kathôs renvoie à adhérents/Christ. Les sécessionnistes sont des Antichrists (2,18-19; 4,3) et ils ont un modèle diabolique.

Depuis leur "commencement" les adhérents ont entendu comme évangile : "Aimez-vous", résumé de l'Évangile semblable à celui de Jésus au DAC (15,12-17; 13,34). L'A veut leur rappeler ce qu'ils ont entendu quand ils sont entrés dans la nouvelle Alliance, le commandement d'aimer qui joue dans la nouvelle Alliance le rôle des Dix commandements dans l'ancienne.

Tradi syn., c'est l'un des deux grands commandements (Mc 12,28-31; Mt 22,34-40) ou l'une des deux choses écrites dans la Loi pour obtenir la vie éternelle (Lc 10,25-28).

Pour Pl, cela résume toute la Loi.

Pour la tradi joh., c'est le "nouveau commandement"(cf. 1 Jo 3,10b).

Il semble bien que ce commandement ait fait partie de ce que tout baptisé devait savoir : 1 P 1,22-23, cf. 1 Jo 3,11.19.

 

La tradi joh. parlait de l'amour des frères de la communauté . Mais même ceux qui voyaient plus large avaient des moments centrés sur leur groupe, dont celui de leur entrée dans le groupe, où ils connaissaient ce supplément d'amour déjà vécu à Qumran ( 1 QS 3,13;4,15).

 

B.              Donner sa vie pour les frères (3,13-17)

 

Cette section oppose Communauté joh./monde.

Les sécessionnistes, en effet, sont liés au monde (I Jo 4,5).

Dans sa lutte contre les sécessionnistes, l'A historicise l'attente apocalyptique de la persécution (cf. Evjo 15,18; 17,14; 16,2-4). La raison pour prédire cette persécution est que la foi pourra être ébranlée (16,1.4). Dans le même langage apocalyptique1 P 4,12. L'A, en disant "frères, ne soyez pas surpris" (3,13) pourrait reprendre cette annonce générale de la haine. Mais le mot "surpris" pourrait être littéral, parce que ceux qui haïssent sont venus de l'intérieur (surprise déjà en 2,18).

L'image de Caïn, qui continue, aide à comprendre l'équation : haï par le monde=haï par les frères. En tant que "meurtriers" (Caïn) ceux qui n'aiment pas leurs frères "demeurent dans la mort" (3,14c), tandis que nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie (3,14a).

Parmi les parallèles 1 P/1 Jo, nous avons 1 P 2,9. Monde/ mort/ténèbres/haine couvrent le même champ, et l'opposé vie/lumière/amour a dû faire partie de l'enseignement baptismal. L'accomplissement du commandement d'aimer a servi de critère pour ce passage au royaume, car ce commandement était souligné dès l'entrée du monde dans la nouvelle Alliance. Même lien parole/monde en  Evjo 14,14; 15,18s. Jésus lie parole et foi en Evjo 5,24 ; en 1 Jo 3,23 l'A lie parole/commandement à foi et amour.

L'A dit, en 3,14c, "demeure dans la mort". Est-ce que cela peut  s'adresser aux sécessionnistes ? Ne faudrait-il pas alors écrire (comme 5,16s) : "sont passés de la vie à la mort" ?

Réponse : 1) Il n'est pas sûr que, dans la théologie joh., on puisse perdre la zôè (vie) éternelle. Le péché qui va à la mort n'est pas un péché qui a le pouvoir de détruire la vie, mais un péché d'incrédulité qui révèle qu'on n'a jamais eu la vie (??).         2) Malgré les apparences, pour l'A les sécessionnistes n'ont jamais appartenu à la communauté (2,19c) et donc n'ont jamais eu la vie. (Ils se sont détournés de la lumière parce que leurs œuvres étaient mauvaises (Jn 3,20) comme celles de Caïn ( 1 Jo 3,12d), et leur manque d'amour, qu'ils montrent par leur haine meurtrière, illustre qu'ils n'ont pas la vie en eux (3,15).

Au v. 16, on passe de l'exemple négatif de Caïn à l'exemple positif de Jésus, qui a donné sa vie pour ses frères (ceux dont il a fait des fils de Dieu par sa passion/mort/résurrection, Jn 20,17).

La haine mène au meurtre, l'amour donne la vie.

En 3,16b, la mort de Jésus est un acte d'amour huper hèmôn (pour nous), phrase classique dans le christianisme primitif pour désigner la mort de Jésus pour les autres. Dans ces phrases, nous=les humains en général (les "beaucoup" de Mc 14,24 et Mt 26,28). Quant aux non-croyants, la volonté de Dieu est au début de les sauver, mais leur choix de rester (ou d'aller) hors de la communauté des croyants représente un choix pour les ténèbres. Jésus a donné sa vie pour ceux qui le suivent et lui appartiennent (Jn 10,4.11), pas pour ceux qui appartiennent à quelqu'un d'autre. Ceux qui appartiennent à Jésus sont les chrétiens joh., avec les chrétiens qui sont d'un autre troupeau (Jn 10,16). "Pour nous" s'oppose à "pour eux", ceux qui appartiennent au monde et pour qui Jésus n'a pas donné sa vie.

Ce privilège crée une obligation. Si Jésus a reçu commandement de son Père de déposer sa vie pour ses brebis (10,18), les chrétiens reçoivent le commandement de donner leur vie (1 Jo 3,16c). Les chrétiens reçoivent la vie d'un acte d'amour ; ils doivent traduire la vie en amour (cf.15,12-13). Où l'A innove par rapport à Evjo , c'est 3,17, où "donner sa vie" est mis en relation avec "partager ses biens". Généralement on y voit une argumentation a majore ad minus (du plus grand au plus petit). Mais ce n'est pas la pensée de l'A ; pour lui, il y a égalité.  Sécessionnistes=Antichrist, haîr=tuer ; donner sa vie=donner de ses biens. Il historicise non seulement les maux apocalyptiques, mais les idéaux apocalyptiques. Il historicise les maux apocalyptiques, parce que la dernière heure est là (2,18 ; T.Zebul. 7,3;8,2). Peut-être que dans cette dernière heure il n'attend plus beaucoup de martyrs (après tout le DA est mort, et il n'est pas martyr), mais il voit encore le besoin crucial de gens capables de compassion pour des frères ou des sœurs dans le besoin.

Cela dépasse le rappel moral et rejoint le cœur de l'héritage judéo-chrétien : Dt 15,7 ; Qumran CD 14,14-16 , Mc 10,21 ; Lc 10,27-35 ; Ja 2,15-16 ; Ignace Smyr.6,2.

L'insistance de 3,17c montre que le besoin est urgent et l'A pense à la dernière heure. Peut-être certains membres de la communauté, rejoignant les sécessionnistes, ont-ils laissé des frères dans le besoin. La référence à 3 Jo 5-7 donne l'impression de communautés relativement pauvres où des nécessités de base devaient être fournies par la charité. La question rhétorique 3,17d semble dire que les sécessionnistes ne sont pas chrétiens et s'étonne que ces gens soient attractifs. Peut-être les sécessionnistes espèrent-ils que le besoin leur vaudra des adhérents. Le christianisme primitif n'a pas été sans problèmes (cf.Act 6,1,6).

 

C.              L'assurance devant Dieu

de ceux qui appartiennent à la vérité (3,18-22)

 

Après avoir stigmatisé le mauvais exemple des sécessionnistes, l'A revient positivement sur l'amour à garder. En disant :"Aimez en actes"(Test.Gad 6,1), il n'accuse pas les sécessionnistes d'hypocrisie, mais leur reproche de n'accorder aucune valeur à la conduite des croyants. Pour lui, amour/vérité/lumière sont autant de manières de décrire ce qui a été révélé en Jésus Christ et marquent les enfants de Dieu. Ce sont autant de principes de vie qui doivent se révéler dans la vie. En 2,9-11 il est question de lumière/haine; en 3,19a de même il est question de vérité/haine.

 

En 3,19, rassurer le cœur s'il nous condamne (3,20a) et s'il ne nous condamne pas (3,21a).

Auparavant (3,6.9): le chrétien ne pèche pas et ne peut pas pécher.

                (1,8-2,2) : le chrétien reconnaît qu'il a péché.

L'A a concilié les deux affirmations : il y a un principe qui rend saint, mais en fait personne ne peut vivre parfaitement cette vie.

Les deux affirmations se retrouvent en 3,20a et 3,21a, et dans les deux cas il faut avoir confiance.

Ce thème de la confiance est en référence à la Parousie du Christ en 2,28 ; 4,17. Mais ici l'A envisage plus : la confiance au présent. Dès maintenant ils se situent en enfants de Dieu (cf.3,22).

 

         L'A rassure ses adhérents à cause de la propagande des sécessionnistes (rien n'a d'importance !). La nécessité que les actes suivent n'est pas une moins grande confiance en Dieu ! Celui qui pardonne est celui qui nous a nommés ses enfants (3,1;4,10). Rapprocher Os 11,8; 1 QH 4,34-36; Hb 10,16-19; Ja 2,1 – 6,13). Ce n'est pas une doctrine nouvelle, mais l'Évangile du Dieu de l'Alliance, tant anc. que nouvelle.

 

         Nouvelle indication en 3,22 de la bonté de Dieu : ceux qui ont ainsi lutté victorieusement reçoivent de Dieu ce qu'ils demandent. Les stiques 22bc expliquent ce que l'A entend par "ne nous condamne pas". L'idée de confiance dans ce qu'on demande reparaît en 5,14. Il y a réciprocité dans l'Alliance : nous faisons ce qui plaît à Dieu et Dieu fait ce qui nous plaît ; il y a donc plus qu'un "mérite" de notre part. La relation Dieu/peuple se colore ici de la relation Père/enfants (qui vivent comme son Fils a vécu) ; cf. Q dans Mt 7,11 et Lc 11,13.

         Cf. surtout la théologie de Jn : l'obéissance à la volonté du P a gouverné toute la vie de Jésus , mais surtout le don de sa vie (10,18; 12, 49s; 14,31; 15,10). Jésus pouvait dire : Jn 8,29 et dire au P : Jn 11,41s. 1 Jo applique cela à tous les chrétiens qui obéissent à leur P, selon la promesse de Jésus : Jn 16,26s.

 

D.              Croire et aimer (3,23-24)

 

 

Il y a inclusion entre 3,23a et 3,11.

Beaucoup de commentateurs s'offusquent de voir en 3,23bc "croire" donné comme commandement.

Réponse : 1 Jo commente la tradi joh connue par Evjo, qui a la même combinaison aimer+croire en 16,27.

Le thème "aimer" est développé ici en 3,11-24, le thème confessé sera repris au § suivant (4,1-6).

On ne peut comprendre pourquoi il faut aimer comme un frère le compagnon chrétien sans comprendre Jésus comme le Fils de Dieu.

Le commandement d'aimer faisait partie de "conversion/initiation/baptême". Les chrétiens étaient baptisés "au nom de Jésus", donc le commandement d'aimer "le nom de Jésus Christ son Fils" était appris dès le "commencement". Le but de Evjo le confirme (20,31), le § suivant montrera qu'il s'agit de confesser Jésus "venu dans la chair" (4,2) et 1 Jo réfutera les sécessionnistes comme il le fait ici à propos du commandement d'aimer.

Beaucoup de commentateurs lisent avec les yeux de Paul et pensent que faire de "croire" un commandement risque d'en faire "une œuvre".

Réponse : nous sommes en tout cas dans la ligne de Evjo (6,29; 3,19-21). La tradi joh parle de la foi comme de quelque chose à faire surtout parce que la théologie est sous forme de controverse et que l'on requiert une confession publique (Jn 9,22; 12,42s; 16,2). Le schisme porte sur ce qu'on doit confesser de Jésus (est-ce salvifiquement important ce qu'il a vécu dans la chair ?). Si on croit, on doit confesser cette foi en formules qu'on est prêt à défendre au prix de sa vie ! On dit que Paul a une foi plus pure : confiance en Jésus et obéissance à Dieu. Mais même Paul formule l'Évangile en langage de credo (Rm 1,3s), et les chrétiens ont besoin de formuler la foi en celui en qui ils croient.

Autre question : étant admise l'inclusion 3,11-23, ce commandement est-il un bon résumé de l'Évangile ?

Le double commandement de la tradi syn (Mc 12,28-31 et par.) offre un bon essai parallèle pour dire l'essentiel. À la place,1 Jo a : foi en Jésus + amour du prochain, et les différences ne sont pas accidentelles. La foi en Jésus (Fils de Dieu) est une interprétation joh. de l'amour de Dieu (que Dieu a eu) : 1 Jo 4,9s. Quant à l'amour du prochain, l'histoire des persécutions a amené la communauté à parler du "frère" de la communauté plutôt que du frère plus large.

Comme l'a suggéré Mussner, le v.3,23 exprime bien l'essence du christianisme : croire en Jésus, c'est, en réalité, croire en Dieu dont il est le Fils; l'amour chrétien commence par l'action verticale de Dieu qui envoie son Fils ; ce que nous faisons vient après ce que Dieu a fait ; l'amour horizontal du chrétien continue l'amour vertical que Dieu a montré. À sa manière il réfute le conservatisme dogmatique (l'orthodoxie du credo comme seul critère), le fidéisme (se donner à Jésus est tout ce qui importe), et le libéralisme (le christianisme n'est qu'une manière de vivre). Et il fait cela dans un ordre pédagogique : par la foi nous apprenons à aimer.

Le v.3,24  montre qu'on est loin d'une compréhension légaliste du double commandement, car il le met en relation  avec "demeurer en Dieu", l'union intime.

De notre part le "demeurer" est conditionné par la garde des commandements, mais de la part de Dieu, le don de l'Esprit n'est pas conditionné. Le même Dieu qui a donné le commandement (3,23c) a donné l'Esprit qui nous rend capables de le vivre.

La mention de l'Esprit prépare 4,1-6 (les esprits).

La séquence commandement>Esprit se comprend si 1 Jo s'appuie sur le DAC et s'il a en tête EvJo II. Le commandement "aimez-vous" est en Jn 13,34 et les premiers logia Pa sont 14,15ss; 14,25s. Le commandement est réitéré en 15,12-17, suivi de passages Pa (15,26s; 16,7-13).

Commandement et Esprit doivent avoir été rapprochés aussi dans la catéchèse "conversion/initiation /baptême". Si 3,23 (cf. Ez 36,27) a été la stipulation de base de la nouvelle Alliance.

À Qumran (1QS 4,21s) est promis l'esprit de vérité. Cf. ici 2,27 où le chrétien est oint, probablement quand il entre dans la communauté (cf. Esprit+eau en Jn 1,3; 3,5, et la fréquence de "donner" avec le mot Esprit, qui semble renvoyer au baptême).

L'Esprit comme critère ou comme gage : pas rare dans NT

Rm 8,14; 2 Cor 1,22.

Mais comment un Esprit invisible (Jn 14,17) peut-il montrer que Dieu habite en nous (ici 3,24)? La réponse est à prendre plus loin en 4,2 : on peut reconnaître que Dieu habite le chrétien parce qu'il professe une vraie foi concernant son Fils, et cela est dû à l'enseignement par le Pa (cf.2,27, et dans le § 4,1-6 le Pa est enseignant comme en Jn 14,26; 16,13s et porte témoignage contre le monde comme en Jn 16,8-11). Selon ce §,  la vraie foi, confessée par ceux qui ont l'Esprit, démasquera les sécessionnistes qui appartiennent au monde. Ici déjà en 3,23-24 l'A contre les sécessionnistes en rappelant à ses adhérents le moment où ils ont rejoint la communauté, ont reçu le baptême d'eau et d'Esprit, ont reçu le double commandement comme part de la nouvelle Alliance, et ont professé Jésus Fils de Dieu par l'Esprit.

 

 

 

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§8     1 Jo 4,1-6 : Les deux esprits de la vérité et de l'erreur,

et leurs adhérents respectifs

 

4

1a             Bien-aimés, n'ajoutez pas foi à tout esprit,

1b                   mais éprouvez les esprits

1c                   pour voir s'ils sont de Dieu ;

1d                   car beaucoup de faux prophètes se sont répandus dans le monde.

2a                   A ceci reconnaissez l'esprit de Dieu :

2b                   tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la chair

2c                   est de Dieu,

3a                   et tout esprit qui ne confesse pas Jésus

3b                   n'est pas de Dieu ;

3c                   c'est là [l'esprit] de l'Antichrist

3d                   dont vous avez appris qu'il doit venir

3e                   et qui maintenant est déjà dans le monde.

 

 

4a                   Vous êtes de Dieu, vous, petits enfants,

4b                   et vous les avez vaincus,

4c                   parce que celui qui est en vous est plus grand

4d                   que celui qui est dans le monde.

5a                   Eux, ils sont du monde ;

5b                   voilà pourquoi ils parlent d'après le monde,

5c                   et le monde les écoute.

6a                   Nous, nous sommes de Dieu ;

6b                   celui qui connaît Dieu nous écoute,

6c                   celui qui n'est pas de Dieu ne nous écoute pas.

6d                   C'est à cela que nous connaissons l'esprit de la vérité

6e                   et l'esprit de l'erreur

 

 

 

 

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Découpage

 

- Noter l'inclusion : (3,24cd+ 4,1) et 4,6.

- De plus 3,23 énonce deux commandements : croire et aimer. Le § 4,1-6 se concentre sur la possibilité donnée par l'Esprit de confesser Jésus venu dans la chair, et le § suivant 4,7 - 5,4a sera concentré sur les implications de l'amour mutuel.

- Le § 4,1-6 a beaucoup en commun avec le § 2,18-27.

 

A l'intérieur, découper 1-3 et 4-6, avec deux adresses différentes ; 1-3 nous parlent des deux esprits, 4-6 assurent les adhérents de1 Jo qu'ils possèdent l'Esprit de vérité (plus puissant que l'esprit d'erreur des sécessionnistes).

 

A.              L'esprit de Dieu et l'esprit de l'Antichrist  (4,1-3)

 

 

"Bien-aimés" : les faux proph. ne sont pas les non-chrétiens, mais les sécessionnistes qui ont quitté la communauté et se sont alignés sur le monde hostile (1 Jo 2,18s; 2 Jo 7). Ce faisant ils ont trouvé leur lieu : l'esprit du mal et son Royaume.

En Evjo le monde est une désignation pour tous ceux qui rejettent Jésus et préfèrent les ténèbres (3,19; 7,7; 16,33); en 1 Jo il inclut ceux qui paraissent suivre Jésus, mais dont la christologie équivaut à un refus.

Si les faux proph. sont les sécessionnistes, ils sont visibles ! Pourquoi un critère est-il nécessaire ? Pour aider les adhérents à reconnaître la prétention des sécessionnistes, qui disent avoir l'esprit de Dieu et dire la vérité. Les "bien-aimés" doivent réaliser qu'au lieu de mieux connaître Dieu, ceux qui sont "sortis" reconnaissent la suprématie d'un esprit qui ne vient pas de Dieu.

Discerner les esprits : Rien à voir avec 1 Cor 12,4, où il s'agit des bons esprits ou charismes. Discerner les esprits est un charisme spécial donné à certains selon Paul (1 Cor 12,10.29; 14,5); mais tout chrétien, selon 1 Jo, peut tester la différence entre les deux esprits, à cause de l'onction qu'il a reçue (2,20.27), les sécessionnistes étant tous de faux prophètes.

Contexte eschatologique et apocalyptique : on attend la dernière heure; les sécessionnistes sont la manifestation de l'Antichrist, le grand Menteur (2,18s.22). Les deux esprits travaillent dans les deux groupes antagonistes "nous/eux". On attendait que le Satan soit lâché à la dernière heure (Apoc 20,7s). L'Esprit qui appartient à Dieu est le Saint Esprit, qui confesse Jésus Christ venu dans la chair, sa venue-versement marque les derniers temps (Act 2,17). Le lien entre "l'Esprit que Dieu nous a donné" et la vraie confession de Jésus est renforcé par le cadre "conversion/initiation/baptême". Cet Esprit demeure une force qui agit, portant témoignage au Christ (1 Jo 5,6; Evjo 15,26s).

Les sécessionnistes ont reçu l'Esprit au baptême. C'est la confession (4,2) qui maintenant les différencie. Ils ne nient pas l'incarnation, mais que soit salvifique ce que le Christ était et a fait dans la chair. Ignace d'Antioche avait affaire à des docètes, mais il argumente un peu comme 1 Jo en Smyrn. 5,2 et Eph 7,2.

La fausse christologie "détruit" le Christ (luein, cf.3,8) et inverse le propos de la venue du Christ. Le véritable // paulinien n'est pas 1 Cor 12,11, mais 1 Cor 12,3 où Paul contraste SE/mal consommé. La fausse confession intervient ailleurs, en 2 Cor 11,4; 1 Tim 4,1. Ainsi, pour Paul comme I Jo, il y a seulement deux possibilités christologiques.

"Les derniers temps" : cf.1 Tim., Syn. 1 QH 4,7.12s. Qumran et I Jo ont historicisé : leur groupe/les ennemis.

"Discerner" l'esprit du mal. Dans les évangiles, rendu difficile à cause de ceux qui attribuent au démon les œuvres du Fils de Dieu (Mc2,22-29). Nécessité aussi dans Didachè 11,7s; 12,1; Hermas (Man.11,7), Eusèbe 5.16,16-17; Recognitiones 4,21.5s; Homélies 1.19.8; 2,6-11.

 

 

B. Les deux groupes, qui sont de Dieu et du monde (4,4-6)

 

 

         Interpellés directement :"petits enfants", "vous" comme 2,20.24.27 sur l'Antichrist.

         Le fait que l'A cherche à rassurer montre que les sécessionnistes ont fait des conquêtes.

"Vous les avez vaincus", comment comprendre cela ?

Soit simple corollaire de : "vous êtes du côté de Dieu" (Jn 16,33; 16,8-11).

Soit avec une note historique : malgré le départ des (riches) sécessionnistes, les adhérents de 1 Jo ont gagné la  bataille de la survie.

"Ils sont du monde"

Cf. Ez 38,1-6; Apoc 20,7-9.

Mais aussi le Jésus joh. (Jn 15,19, 17,14.16.

Pour l'A les sécessionnistes sont comme les "Juifs" (Jn 8,23; 1,10; 15,19).

Leur message, basé seulement sur l'incarnation, éviscère ce qui est scandaleux dans la carrière de Jésus.

Des deux options religieuses (le succès prouve que nous avons raison ; l'insuccès prouve que nous sommes élus de Dieu) l'A a choisi le second : le rejet par les sécessionnistes est gage de vérité !

"Le monde les écoute". L'écoute est majeure pour Jésus : 8,43s.47; 10, 26s; 18,37.

Maintenant le critère (des fils de Dieu) est de "nous" écouter lorsque nous prêchons un Jésus venu dans la chair.

Cette écoute est critère non seulement d'être de Dieu, mais de connaître Dieu.

Dans la théologie joh., connaître Dieu n'est pas le but de l'existence chrétienne, mais sa présupposition (Jn 3,15; 17,3). À partir de là, aussi bien l'A (2,13b.14b; 5,20) que les sécessionnistes (2,4) prétendent connaître Dieu.  Jusqu'ici l'A a donné pour critère la garde des commandements (2,3), maintenant il donne comme critère la vraie christologie .

L'autorité de l'Église. Les auteurs sont divisés pour savoir s'il faut voir là l'autorité nécessaire d'un magistère.

Pour Dodd, le "nous" vaut pour l'Église comme un tout, parlant par ses enseignants responsables, qui incorporent la véritable tradi apostolique. Réponse Brown : 1) 1 Jo est concerné par la communauté joh. et non par l'Église comme un tout, concept qui n'est pas attesté par Jn (Jn 10,16 n'a pas ce sens). 2) L'A aurait difficilement parlé de "enseignants responsables", après 2,27. Le seul enseignant pour la communauté joh. était le Pa, qui remplaçait Jésus (14,26). 3) L'idée de tradi. apostolique est étrangère au corpus joh. qui n'utilise jamais le terme d'apôtre. Le DA, véritable témoin, était lui-même l'œuvre du Pa (15,26s).

Le seul critère autoritatif est la vraie christologie  sous la guidance du Pa. Il a passé à la communauté (1 Jo 1,1-5), et ceux qui sont d'accord avec elle reflètent l'Esprit de vérité. Donc le critère n'est pas substantielle-ment différent de l'onction (2,27).

         Selon Brown ce critère avait peu de chances de succès, et certains ont fait appel au critère apostolique qu'on trouvait dans les Pastorales et 1 Pierre.

 

 

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§9.   1 Jo 4,7 – 5,4a       L'amour réciproque comme voie

pour demeurer en Dieu et l'aimer

 

 

 

7a                           A.           Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres,

7b                           parce que l'amour vient de Dieu

7c                           et quiconque aime est né de Dieu

7d                           et connaît Dieu.

8a                           Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu,

8b                           parce que Dieu est amour.

9a                           En ceci s'est manifesté l'amour de Dieu en nous :

9b                           Dieu a envoyé son Fils, l'unique, dans le monde

9c                           afin que nous vivions par lui.

10a                         En ceci consiste l'amour :

10b                         ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu,

10c                         mais c'est lui qui nous a aimés

10d                         et qui a envoyé son Fils en propitiation pour nos péchés.

11a                         B.            Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés,

11b                         nous aussi, nous devons nous aimer les uns les autres.

12a                         Personne, jamais, n'a contemplé Dieu ;

12b                         si nous nous aimons les uns les autres,

12c                         Dieu demeure en nous,

12d                         et son amour se trouve en nous dans sa perfection.

13a                         À ceci nous connaissons que nous demeurons en lui et lui en nous :

13b                         à ce qu'il nous a donné de son Esprit;

14a                         Et nous, nous avons contemplé, et nous attestons

14b                         que le Père a envoyé le Fils comme Sauveur du monde.

15a                         Celui qui confesse que Jésus est le Fils de Dieu,

15b                         Dieu demeure en lui et lui en Dieu.

16a                         Et nous, nous avons connu - et nous y avons cru -.

16b                         l'amour que Dieu a en nous.

 

16c                         C.            Dieu est amour,

16d                         et celui qui demeure dans  l'amour

16e                         demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.

17a                         En ceci l'amour est avec nous dans  sa perfection :

17b                         si nous avons de l'assurance au jour du Jugement,

17c                         car tel est Celui-là, tels nous sommes, nous aussi, dans ce monde.

18a                         Il n'y a pas de crainte dans l'amour ;

18b                         mais l'amour parfait bannit la crainte,

18c                         car la crainte suppose un châtiment,

18d                         et celui qui craint n'a pas la perfection dans  l'amour.

19                           Pour nous, aimons, puisqu'il nous a aimés le premier.

 

20a                         D.            Si quelqu'un dit :"J'aime Dieu",

20b                         et a de la haine pour son frère

20c                         c'est un menteur.                                 1c aime celui qui est né de lui.

20d         Car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit    2a À ceci ns conn. q.ns aimons les enf.de D :

20e          ne peut aimer Dieu qu'il ne voit pas.                               2b lsq ns aimons D et pratiquons ses cdts.

21a          Et voici le cdt que nous tenons de lui :                          3a Car ceci est l'amour de Dieu :

21b       que celui qui aime Dieu aime aussi son frère.     3b que nous.gardions ses commandements.

1a        5  Quic croit que Js est le xt est né de Dieu       3c Et les cdts de Dieu ne sont pas pénibles

1b        et quiconque. aime Celui qui a engendré  .         4a pcq tt ce qui est né de D est vqr.du monde.

 

 

 

Découpage ABCD :

 

En 3,23 nous avions un double commandement : confesser et aimer. Le premier terme est repris en 4,1-6 "Bien-aimés"; "aimer" est repris ici en  A ("Bien-aimés"), et reviendra en D  (4,21). Et on note une progression concernant le double commandement : 4,1-6 divisait ceux qui appartiennent au monde de ceux ("nous") qui appartiennent à Dieu. Puisque le "nous" est haï par les autres, il est urgent que ceux qui appartiennent à Dieu s'aiment l'un l'autre (4,6-7).

 

Le thème de l'Esprit Saint, en vedette dans 4,1-6, revient ici en B (4,13).

De même que le thème "vraie confession de Jésus"(4,15).

 

Pour le découpage ABCD, deux (A et B) commencent par l'adresse "bien-aimés". Les autres sont moins sûrs.

A : origine de l'amour en Dieu. Sorte d'inclusion entre 4,7 et 4,10.

B : "bien-aimés" comme en v.7. L'amour dans ceux qui aiment. Inclusion entre v.11a et v.16b. Thème "Dieu demeure", en v.12c et 15b.

C : Moins facilement divisible : semble une réflexion-parenthèse sur les thèmes précédents "Dieu demeure en nous", "l'amour atteint sa perfection", que l'on trouvait en v.12cd, reviennent en 16e, 17a. C comme B se terminent sur ce que nous faisons en réponse à l'amour de Dieu pour nous. Et C est rempli de l'opposition entre amour parfait/crainte.

D : L'A revient sur l'amour des frères (les fils de Dieu), non mentionnés explicitement depuis v.12, qui parlait de l'amour les uns pour les autres. Il y voit une composante nécessaire de l'amour pour Dieu.

La notion de commandement revient au premier plan, rejoignant 3,23;

Inclusion entre 5,1 et 4,7c, entre 5,3a et 4,10a, tout comme si A et D sont commencement et fin.

 

ABC commencent et finissent sur l'amour de Dieu (pour nous, le plus souvent) :

 

A :          4,7b : l'amour vient de Dieu

                4,10 : c'est lui qui nous a aimés

 

B :           4,11 : si Dieu nous a ainsi aimés

                4,16b: l'amour que Dieu a pour nous

 

C :           4,16c : Dieu est amour

                4,19  : il nous a aimés le premier

 

 

Un problème préalable : pourquoi ce développement sur l'amour, après 2,7-11 et 3,10c-18 ?

 

En 2,7-11, l'amour du frère est présenté en relation avec "garde des commandements" et "marche dans la lumière

En 3,10c-18, comme l'Évangile entendu depuis toujours et en contraste avec la haine du monde.

 

Peut-être est-ce un cas de spirale.

En tout cas, c'est le traitement le plus important sur l'amour dans 1 Jo : 18/28 agapân (aimer), 13/18 agapè.

 

Progression :

 

2,5b : encore ambigu : "l'amour de Dieu"; 4,7 :"l'amour vient de Dieu".

3,1 : "Voyez quel grand amour nous a donné le Père, que nous soyons appelés enfants de Dieu"; 4,7c : dit explicitement qu'être né de Dieu rend l'amour possible.

3,10bc : celui qui n'aime pas n'est pas de Dieu ; 4,8a :"n'a pas connu Dieu".

3 16 :"à ceci nous avons connu l'amour, c'est que Celui-là a livré sa vie pour nous"; 4,10 :"propitiation".

 

Nouveau :

 

Mélange d'affirmations sur l'amour avec christologie et foi (4,14s ; 5,1a). Le christologique et le moral sont inséparables.

Dieu est agapè (amour) : 4,8b.16c.

Antithèse amour/crainte : 4,18.

Antithèse plus marquée amour pour Dieu/haine pour l'humain : 4,20de.


A.              L'amour vient de Dieu qui est amour (4,7-10)

 

 

"Bien-aimés" : dans un § sur l'amour ; encore plus approprié qu'en 4,1.

Deuxième partie de 3,23.

Ceux qui sont de Dieu (4,6) doivent s'aimer l'un l'autre puisque l'amour vient de Dieu (4,7b).

Ainsi on ne tombe pas sous l'influence de l'esprit de mensonge et on n'est pas du monde (4,1d.6) où l'on hait les frères (3,13).

 

Dieu est agapè, réalité d'en Haut, comme la vérité, la lumière, la vie, la naissance de Dieu et Jésus lui-même (Jn 3,3.31). La logique est que ceux qui sont de Dieu/sont engendrés par Dieu/connaissent Dieu, doivent aimer. D'où l'arrangement chiastique (correspondance croisée) :

 

                4,7c         Quiconque aime                                                 4,8a         Celui qui n'aime pas

                               est né de Dieu                                                                     n'a pas connu Dieu

                   7d        et connaît Dieu.                                                     8b        car Dieu est amour.

 

La suite des idées est : Dieu est amour, ce qu'il engendre est marqué par l'amour. En aimant, l'enfant connaît son Père. C'est une application du principe général : l'être humain est à l'image de Dieu, mais ici non pas par la création, mais par foi et amour.

 

L'auteur aurait fort bien pu écrire : "Quiconque est engendré par Dieu, aime". Car pour lui le fait de ne pas aimer montre que (malgré leurs allégations) ils n'ont jamais été engendrés par Dieu (de même qu'ils n'ont jamais réellement appartenu à la communauté, 2,19). Puisque dans la pensée joh. par l'engendrement divin on fait partie du peuple de Dieu (Jn 3,3-7), le critère "aimer montre qu'on est du peuple" peut s'autoriser de Os 6,4-6; Mi 6,8.

Les sécessionnistes prétendent connaître Dieu, mais puisqu'ils n'aiment pas, leur prétention est fausse. Une comparaison avec 2,4 montre que sont interchangeables, comme critères de "connaître" Dieu, l'amour, et la garde des commandements. D'ailleurs il ne s'agit pas de critères purement extérieurs, mais de critère existentiel : en gardant le commandement d'aimer, on obtient la connaissance de Dieu qui est amour. De nouveau ceci est vrai de l'AT (Os 4,1).

 

1 Jo présente l'amour comme un critère pour connaître Dieu (4,7d). Ce qui se comprend vu le rôle parallèle de la foi et de l'amour dans1 Jo. Foi et connaissance sont liées dans la pensée joh.

 

Le négatif 4,8a place les sécessionnistes sur le même plan que les "Juifs" (Jn 16,3) et le monde (1 Jo 3,1e)

 

À la fin de 4,8, glissement : l'amour est de Dieu>Dieu est amour.

Il ne s'agit pas d'une définition de Dieu, puisqu'on a aussi (1,5 et 1,6), mais d'une description de Dieu en relation avec les humains. Mais la description n'est pas purement fonctionnelle, car Dieu est amour envers nous parce qu'il est amour en lui-même . S'il manifeste son amour en donnant son F, il a aimé ce F avant que le monde fût (Jn 17,24).

 

Quelques exégèses :

 

1)                   Trois périodes d'Augustin (interprétation abstraite).

Période ancienne, vers 393 : le SE est l'amour du P et du F (cf.4,10.13).

Période moyenne, vers 407 : la charité fraternelle comme moyen d'union à Dieu (de connaître Dieu, dirait 1 Jo).

Avant 418 et le Concile de Carthage contre les Pélagiens : la charité, don de Dieu aux êtres humains, et même présence de Dieu parmi nous (cf."l'amour est de Dieu").

 

2)                   Opposition justice AT/amour NT . Réponse : c'est faire erreur sur la sedaqâh et oublier les textes AT où hesed est caractéristique de Dieu. Le vrai contraste à "Dieu est amour" est "le monde hait" (Jn 15,18; 17,14; 1 Jo 3,13)

 

3)            Holtzmann : les adversaires gnostiques pouvaient réaliser que Dieu est Esprit (Jn 4,24) ou lumière (I Jo 1,5), mais pas que Dieu est amour, parce que cela dépasse la religion naturelle.

Réponse : les 3 "Dieu est" dépassent la religion naturelle parce qu'ils sont christologiques : nous savons que :

Dieu est Esprit parce que Jésus communique l'Esprit (Jn 7,39).

Dieu est lumière parce que Jésus est la lumière du monde (Jn 8,12).

Dieu est amour parce que Dieu envoie dans le monde son F unique.

Si donc les adv. pouvaient dire "Dieu est Esprit, lumière", ils pouvaient dire "Dieu est amour"; ils n'étaient pas seulement des gnostiques tenants de la religion naturelle mais des disc. de Jn.

L'opposition A/sécessionnistes visait surtout le contenu christologique non seulement la venue de Jésus dans le monde avait de l'importance, mais sa vie et sa mort, de même que la vie morale des croyants.

 

Le contenu des versets 9 et 10

 

L'A explique comment l'amour de Dieu s'est révélé et en quoi il consiste ("en ceci s'est manifesté; en ceci consiste"). Cela ne signifie pas qu'il n'y avait pas d'amour divin avant la venue du FD , Dieu n'est pas devenu amour à l'incarnation, mais il a révélé ce que déjà il était. Déjà la kharis(grâce) se montrait en Moïse (Jn 1,16s). Le Verbe qui s'est fait chair est le même qui était avec Dieu avant la création, le même qu'il était source de vie et de lumière pour les hommes, avant que les ténèbres n'essaient de les vaincre.

Mais maintenant l'A regarde la révélation définitive de l'amour de Dieu (cf.4,17s).

Ce qui est neuf, c'est qu'Il a donné son Unique, comme Abraham.

10d ("propitiation") montre que l'A pense non seulement à l'incarnation, mais aussi à la mort de Jésus (cf.3,16; Jn15,13).

Nous pouvons parler d'une triple révélation :

Dieu a envoyé son Unique,

il consent à sa mort,

et cela pour nos péchés (cf.Odes Sal.3,3s).

 

Ce passage est un commentaire de Jn 3,16s

avec usage christologique de "donner" ( Rm 8,32; Ga 1,4; 2,20), qui se rapporte à la mort de Jésus aussi bien qu'à l'incarnation.

C'est le pt de divergence avec les sécessionnistes.

 

1 Jo rejoint ici la catéchèse baptismale commune.

Ceci explique la connexion de 1 Jo entre formulation christologique de l'amour et "être engendré par Dieu" (4,7), "avoir la vie par le F" (4,9), "propitiation" (4,10).

Contexte baptismal encore : Eph 2,4s; 2 Tim 1,9s.

Cette origine baptismale explique aussi le "nous" de l'auteur, qui confesse le Christ comme Sauveur d'un peuple, Sauveur du monde ( Jn 3,19; 4,4; I J 4,14; 2,2; 4,9) ; le "nous" joh. de tous ceux qui ont vie dans le Christ (1 Jo 4,9bc).

 

"Manifesté en nous" (4,9a)

Plus que Jn 1,14 ("parmi nous". Le verset 4,9c montre qu'une part de la révélation advient dans le chrétien.

Chaîne : le F reçoit la vie du P, le croyant reçoit la vie du F (Jn 5,26; 6,57; I Jo 5,11). C'est pourquoi la manière de vivre du chrétien est une partie du plan salvifique.

Les sécessionnistes pourraient dire "pour nous, parmi nous", mais pas "en nous".

 

 

B.              Le Dieu d'amour habite en nous (4,11-16b)

 

 

L'A revient en 4,11b sur ce qu'il a annoncé en 4,7a.

L'amour de Dieu qui s'est incarné en Jésus doit s'incarner chez les chrétiens ; l'amour, qui est reçu dans et avec la vie divine, doit être actif, comme la vie. On attendrait : "Si Dieu nous a aimés, nous devons aimer Dieu", mais cette réciprocité, supposée par l'A, cède le pas à l'imitation de Dieu.

 

Les commandements de Dieu sont ses paroles qui viennent de son être : il donne le commandement d'aimer parce qu'il est amour. Donc ne pas opposer une obligation basée sur un commandement (4,21; 5,2s) et une obligation basée sur le fait que Dieu est amour et agit avec amour. Le Verbe devenu chair et la parole qui dit que nous devons aimer sont tressés en Jn.

Le don/envoi du F jusqu'à la mort est à la fois un acte d'amour (4,9s) et un commandement du P (Jn 10,18; 14,31)

Qu'il mentionne ou non le commandement, 1 Jo s'appuie sur une tradi qui le fait (Jn 15,10s). C'est cette tradi qui explique pourquoi soudain 4;12c parle de "demeure en nous";

"Personne, jamais, n'a contemplé Dieu".

Reflète la lutte avec la synagogue, et le renvoi possible à Moïse et Elie.

Rien ne prouve qu'il y ait une pointe anti-sécessionnistes, qui étaient fidèles à Evjo et affirmaient eux aussi que personne n'avait vu Dieu.

La pointe anti-sécessionnistes commence en 4,12b, où l'A ose faire l'inhabitation divine dépendante de notre amour fraternel, et exprimée par lui.

 

L'amour que Dieu nous a montré atteint même sa perfection (teleioun passif) (4,12d) quand nous aimons du même amour (4,12d). Objection : l'amour, venant de Dieu, ne peut être dépendant de l'amour des humains ! Réponse : étranger à la pensée joh. : le fait que le Verbe était avec Dieu avant la création implique que Dieu est "outward-looking", car une parole veut être entendue. Ce Dieu est amour quand il aime, et son amour n'est pas parfaitement ce qu'il doit être jusqu'à ce qu'il engendre des enfants à son image qui s'aiment réciproquement.

Rappeler Jn 17,23; l'amour atteint sa perfection dans le croyant quand le croyant atteint sa perfection dans l'amour. Et Jn 13,1 : telos (fin) , c'est la perfection de l'amour de Dieu en Jésus. Et 1 Jo 3,16.

 

Le critère de l'habitation de Dieu en nous (4,13) : il nous a donné de son Esprit. cf.3,24cd et 4,1-6.

Certains rapportent l'Esprit à l'amour (d'après Rm 5,5).

D'autres à la foi (au Sauveur du monde).

D'autres à l'amour et à la foi.

D'autres invoquent le "témoignage".

Bien voir que le critère, ce n'est pas l'Esprit directement, mais le fait que Dieu nous a donné de son Esprit.

Quand il parle en 4,9 de la révélation de l'amour de Dieu en nous, il parle de l'envoi de son F ; le don de l'Esprit n'est-il pas l'étape suivante et continue ? C'est  l'Esprit de Jésus qui continue Son envoi (Jn 14,27; 16,7) ; c'est un Esprit qui donne la vie divine (3,3.5; 6,65; 7,39).

 

Privilège des enfants de Dieu : "voir" et "témoigner"(4,14)

Ils "voient" Dieu …dans le F, Sauveur du monde : c'est une part de l'œuvre du Pa, et le monde est dans son tort (Jn 16,10, où l'Esprit continue l'œuvre de Jésus, venu pour une krisis (jugement), 9,39).

"Témoigner" est aussi l'œuvre du Pa (Jn 15,26).

Voir et témoigner, ce fut l'œuvre du DA au pied de le Croix (Jn 19,35), quand l'eau, symbole de l'Esprit, jaillit du côté transpercé.

 

Les sécessionnistes ne doivent pas avoir eu de difficulté pour saluer en Jésus le Sauveur du monde (Jn 4,42). mais ils ont divergé quant à 4,10 "Dieu a envoyé". L'A y voyait un envoi "propitiation", ce que rejetaient les sécessionnistes.

 

Confession christologique (4,15).

Explicite le témoignage de 4,14.

Originellement il s'agissait (contenu de la tradi au baptême) d'identifier Jésus comme le Fils de Dieu, devenu chair (Jn 1,14). Là encore les sécessionnistes divergent sur l'interprétation de la confession tradi. : le Fils de Dieu est Jésus, qui a vécu parmi nous (1 Jo 1,1) et est mort sur la croix.

 

Les deux confessions (Jésus/Jésus venu dans la chair) sont harmonieuses et guidées par le Pa.

En 3,24, quand on garde le commandement de "croire"(3,23), on peut connaître que Dieu demeure à l'Esprit qu'il nous a donné.

En 4,2, 1re pas dans l'interprétation du double commandement, nous entendions :"Celui qui confesse … reflète l'Esprit"

Ici, 2me pas, Dieu nous a donné de son Esprit (4,13b) et nous confessons 4,15)

 

Retour au thème de cette unité : l'amour (4,16ab après 4,11-12)

"Nous"= adhérents, qui ont une christologie correcte.

Cette christologie nous permet de connaître et de croire en l'extension et la profondeur de l'amour de Dieu (13,1, 15,13).

Et ce n'est pas une connaissance purement intellectuelle, car l'amour que Dieu a "en nous" (4,16b) (en ce sens qu'il nous a identifiés à son F en faisant de nous ses enfants) et la manière dont nous vivons sont une manifestation de l'amour de Dieu Ainsi est accomplie la prière de Jésus en Jn 17,26.

 

 

C.            L'amour atteint en nous sa perfection ;

                   il bannit toute crainte (4,16c-19)

 

 

Début : 1) Le "ceci" du v.17 renvoie à ce qui précède, et donc ne peut commencer le §.

2) 4,16c répond à 4,7 et 4,11 ; et nous avons amour+perfection+demeure, comme en 4,11-12.

 

Pourquoi ces répétitions "Dieu est amour" (4,16c/4,8b) et "Dieu demeure"(4,12c/4,16e) ?

Tenir compte du rythme, et en plus il y a nuance:

Le 1er "Dieu est amour" est vérifié par l'envoi du F ; le second souligne ce qui est attendu du chrétien  (demeure dans le chrétien).

Le 1er "demeure" souligne le résultat merveilleux de notre amour, le second, ce qui est attendu du chrétien : notre amour rend possible le "demeurer" de Dieu.

 

Jusqu'ici, 3 conditions : garder les commandements (3,24), nous aimer (4,12) et confesser Jésus comme le FdD (4,15ab) , 3 manières d'énoncer les demandes de base de la nouvelle Alliance. Comme les Dix commandements impliquaient l'acceptation du Dieu d'Israël, une relation particulière avec lui, et un amour fraternel, de même le NT implique l'acceptation de Jésus comme FdD, une relation particulière avec lui, et un amour fraternel.

 

Ce qui est important en 4,16cde : l'amour n'est pas quelque chose que nous pouvons de nous-mêmes ; il vient de Dieu. Demeurer en Dieu est donc plus qu'une condition pour le "demeurer" divin, en aimant nous expérimentons ce "demeurer" (le contraire de "sortir", des sécessionnistes).

 

L'amour atteint en nous sa perfection dans le "demeurer" réciproque (4,17a.16e).

L'amour qui exprime Dieu qui a envoyé son F doit être effectif en nous en termes d'amour pour les autres (4,17c).

Le Christ est mort pour nous et continue, comme Pa, à intercéder (2,1-2).

Ressembler au Christ nous permet la confiance (4,17b). Le résultat de l'amour est donc énoncé de deux manières : en 2,28 – 3,1 la confiance est reliée au P, qui nous a aimés au point de faire de nous ses enfants ; ici elle est liée à l'amour (divin) qui atteint sa perfection dans le "demeurer" réciproque.

 

L'amour parfait chasse la crainte (4,18)

En 1 P 2,17, il faut encore craindre Dieu. En 1 Jo il ne faut pas craindre du tout.

Les sécessionnistes n'attendaient aucun jugement, l'A, qui attend un jugement, déclare qu'il ne provoque aucune peur.

Nous ne pouvons craindre Dieu qui habite amoureusement notre cœur et qui ne peut nous juger négativement ni en ce monde ni au Jugement.

En 4,18d ce n'est pas que l'A admette implicitement l'existence d'un amour imparfait. Toute vraie agapè vient de Dieu et nous meut vers une expression parfaite. Si elle est frustrée, elle est avortée, et la personne devient quelqu'un qui n'a pas l'amour de Dieu demeurant en elle.

 

En 4,18, l'A souligne le positif.

Ses adhérents ne doivent pas céder à la peur, qui les rendrait vulnérables à la propagande des sécessionnistes : pas de jugement, pas de péchés, pas de soucis par rapport à Dieu.

En 4,19 l'A continue implicitement le thème de la confiance :

Le "nous" concerne, non pas d'actuels opposants, mais des chrétiens joh. qui pourraient craindre.

Même formulation qu'en 4,14a; 4,16a.

Ce n'est pas arrogance, car tout vient de Dieu qui "nous a aimés le premier", comme 4,10c et 4,16b.
Et cela crée une inclusion avec 4,7b.

Tous ces versets donnent Dieu comme l'origine de l'amour.

Il n'y a donc aucune contradiction entre urger l'amour et cette affirmation que déjà nous aimons.

L'amour qui vient de Dieu réclame notre coopération ("avec nous", 4,17a), et ainsi il y a place pour urger qu'un amour déjà possédé ne soit pas bloqué.

 

 

 

 

D.   Aimer le frère comme commandement de Dieu (4,20 – 5,4a)

 

En ABC l'A visait surtout "nous", ici en D il change, attaque la fausse théologie comme en 1,5 - 2,2 et 2,3-11.

Il n'urge pas seulement l'amour réciproque, mais défend théologiquement l'amour du frère.

Tranche sur ABC en ce qu'il ne commence et finit pas de la même manière.

 

 

Aimer Dieu et aimer son frère sont les deux facettes d'un même amour (4,20-21)

L'idée de base a été exposée avant : toute agapè vient de Dieu. S'Il dit demeurer dans le chrétien, il doit s'exprimer par l'amour du frère (en même temps que par l'amour pour Dieu).

La raison, qui deviendra claire en 5,1-2, est que le frère est fils du Dieu dont vient l'amour, et Dieu montre son intérêt pour ses enfants en demandant qu'ils s'aiment.

L'argument de 4,20de n'est pas seulement a minori ad majus (du plus petit au plus grand), mais exprime une nécessité, car l'amour vient de Dieu

Pourquoi  l'A parle-t-il de visible et invisible ( 4,20de) ?

Pour "Dieu qu'on ne voit pas", c'est une donnée de la tradi (4,12a).

Pour le frère qu'on ne voit pas, cf. l'histoire de la communauté (3,17). Les sécessionnistes ont peut-être abandonné des frères dans le besoin, montrant par là qu'ils n'avaient pas d'amour pour ceux qu'ils voyaient régulièrement.

Il est vrai que l'A n'aime pas plus les sécessionnistes, ses anciens frères, qu'il n'est aimé d'eux avec ses adhérents.

 

Dualisme typiquement joh. :

pas de milieu entre amour et haine (4,20-21) ; celui qui hait est un menteur et il est implicitement le Satan ; aimer le frère (de la communauté) plutôt que le prochain.

Mais il y a des traits partagés avec le judaïsme contemporain et avec les auteurs chrétiens :

Philon (Sur le Décalogue 23,120)

Mt 25,40 (jugement invoqué en I Jo 4,17b).

Agraphon : "Tu as vu ton frère, tu as vu ton Dieu".

Souvent le commandement de 4,21 est présenté comme l'équivalent de Mc 12,28-31 (=Dt 6,4s, Lv 19,18).

Cependant, l'A ne parle pas de deux commandements, et s'il il y a une priorité pratique, c'est l'amour pour le frère.

 

Il ne commence pas en 5a un nouveau § sur la foi (malgré certains), car cette mention de la foi est fugitive, et le thème de l'amour (commun à 4,7-21) reprend de 5,1b à 5,3a.

Le commandement d'aimer (3,23) est reparu en 4,21 ; le commandement de croire en 4,5a.

 

Lien entre 4,20 et le début de 5. En 4,20, thème du menteur, cf.2,22 ; Ainsi en 4,20 et 5,1, l'opposé du Menteur est celui qui aime son frère et qui croit que Jésus est le Christ.

 

Autre lien entre 4 et 5 : les 3 arguments pour aimer le frère (introduit en 4,20abc) :

impossible sans cela d'aimer Dieu invisible (4,20de)

il y a un commandement (4,21)

lien entre engendreur/engendré.

 

La polémique contre les sécessionnistes : thème général de D : ils n'aiment pas leurs anciens frères.

Trois mentions de "frère" en 4-20-21

Mention des engendrés de Dieu en 5,1a (similaire à Jn 20,31). Il n'y a pas en 5,1a de nouveau thème de foi, car "Jésus est le Christ" est introduit parce que faisant partie de la description classique des "nés" de Dieu. L'argument de l'auteur, c'est que ceux qui continuent la vraie foi au Fils de Dieu sont les vrais "nés" de Dieu et les vrais frères à aimer.

 

A l'appui : l'aphorisme de 5,1b, qui n'est pas simplement un argument a minori ad majus (du plus petit au plus grand), pas plus que 4,20de.

Bq l'A emploie pisteuein (croire) et non homologein (confesser), il vise en 5,1a une foi professée. L'important est d'identifier le frère et la confession de la foi est implicite dans l'appel à la formule credo de Jn.

 

L'aphorisme de 5,1b est développé en chiasme en 5,2.

Ce n'est pas un raisonnement circulaire : on teste l'amour pour Dieu par l'amour pour les frères (4,20-21),

on teste l'amour pour les frères par l'amour pour Dieu;

                en effet la pensée de l'A implique que les sécessionnistes n'aiment pas Dieu puisqu'ils n'aiment pas les frères : ils n'ont pas de "frères", et ils ne peuvent aimer de l'agapè qui vient de Dieu, car cela impliquerait la garde de commandements. Noter l'association : amour/garde des commandements, héritage juif (Sag 6,18; Dt 6,6).

 

Contre le découragement (5,3c4a), qui ferait le jeu des sécessionnistes.

Les commandements ne sont pas pénibles (5,3c) parce que l'enfant de Dieu partage la victoire du Christ (5,4a) sur le monde (Jn 16,33), monde qui englobe les sécessionnistes (I Jo 4,5).

C'est un retour sur 4,4 et 2,17.

 

 

 

 

 

(suite à la page suivante)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

§10.     La foi qui conquiert le monde,

et le rôle du témoignage (5,4b-12)

 

 

 

 

 

4b        A.        Telle est la victoire qui a vaincu le monde :

4c        notre foi.

5a        Quel est le vainqueur du monde,

5b        sinon celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?

6a        C'est lui qui est venu par l'eau et le sang, Jésus Christ,

6b        non pas avec l'eau seulement,

6c        mais avec l'eau et le sang ;

6d        et c'est l'Esprit qui rend témoignage,

6e        parce que l'Esprit est la vérité.

7          Car il y en a trois qui témoignent :

8a        l'Esprit, l'eau et le sang,

8b        et ces trois tendent au même but

 

 

9a        B.        Si nous recevons le témoignage des hommes,

9b        le témoignage de Dieu est plus grand,

9c        parce que tel est le témoignage de Dieu :

9d        il a témoigné au sujet de son Fils.

10a      Celui qui croit en le Fils de Dieu a le témoignage en lui ;

10b      celui qui ne croit pas Dieu a fait de lui un menteur,

10c      parce qu'il n'a pas cru au témoignage

10d      que Dieu a rendu au sujet de son Fils.

11a      Et tel est le témoignage :

11b      Dieu nous a donné la vie éternelle,

11c      et cette vie est en son Fils.

12a      Celui qui a le Fils a la vie ;

12b      celui qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie.

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                         (suite à la page suivante)


Découpage

 

Le thème principal de l'unité §9 était l'amour (mentionné ultimement en 5,3-4a), tandis que maintenant, c'est la foi et la christologie (5,4c).

50% du vocabulaire 1 Jo de foi/croyance se trouve dans cette unité § 10.

§8et §9 sont gouvernés par 3,23 (croire et aimer); § 8 =foi et confession ; §9=amour, qui se termine par le commandement. Maintenant on revient à "foi".

Fin en 5,12. Le verset suivant 5,13, 1re personne, commence autre chose.

 

Deux parties, A et B

"A" reprend le thème "conquête" de 5,4a.

Le contenu christologique de la foi vient de Jn en trois termes : eau, sans, Esprit, qui se réfèrent à la vie de Jésus, et sont un témoignage contre le monde (les sécessionnistes).

"B" a une structure interne particulière. Deux fois "tel est témoignage de Dieu" (5,9cd, 5,11ab) ; deux fois : positif et négatif (5, 10ab; 5,12ab). Le témoignage, cette fois de Dieu lui-même, divise les croyant des non croyants, et a le pouvoir de donner la vie éternelle, autre manière de dire que l'on est engendré par Dieu, ce qui fait que § 10 se termine comme § 9, 5,12 comme 5,4a.

Ce texte a subi une double influence

Le Prologue de I Jo : le "témoignage" est en liaison avec la zôè (vie, 1 Jo 1,2) comme ici, où elle apparaît 4 fois (5,11bc; 5,12ab).

Jn 20,31 : conclusion originelle de Jn, on la retrouvera en 5,13, mais le reste de Jn 20,31 se trouve dans cette § 10 : 5,6b : Jésus Fils de Dieu; 5,11-12 : la vie éternelle donnée dans le Fils de Dieu.

 

 

A       Témoignage à Jésus Christ par l'eau, le sang et l'Esprit (5,4b-8)

 

 

L'unité § 9 se termine sur la conquête (5,4a), mais sans que soit dit clairement comment cette conquête à venir se relie à la victoire de Jésus à la fin de son ministère, et la victoire du chrétien sur le mal (1 Jo 2,13-14). L'unité (5,4b-8) contribue à la solution en présentant notre foi comme une conquête, une foi en ce que Jésus a fait dans  son ministère et sa mort, une foi qui demeure ferme malgré les sécessionnistes, qui sont du monde (4,5), un monde encore à vaincre.

 

Bases bibliques des principales idées :

(Bq la foi comme conquérante (5,4bc) et le chrétien comme vainqueur (5,5ab) soient typiquement joh.)

Les victoires d'Israël sont dues à Dieu (Ps 98,1-3; 2 Sm 23,10; 1 QM 3,5.9)

Jn 1,12-13, nous sommes vainqueurs parce que nous sommes enfants de Dieu et partageons sa vie.

La foi nous relie à la puissance de Dieu (NT), Mt 17,20; Lc 17,6; Gal 5,6.

Ce qui est neuf dans la présentation joh. de la victoire : la foi n'est pas seulement confiance en la puissance de Dieu, mais une manière christologique de comprendre Jésus comme Fils de Dieu. Seule une telle foi donne la vie éternelle, fait de nous des enfants de Dieu et nous donne part à la victoire du Christ.

Force et faiblesse de 1 Jo dans 5,6-8

Les trois témoins sont une image forte, mais nous n'avons pas de clef certaine.

Pensées des sécessionnistes et de I Jo

Les sécessionnistes : semblent avoir employé "venu dans l'eau", mais ils ne sont ni docétistes ni partisans de Cérinthe (présence divine provisoire). Ils identifient le salut avec la seule Incarnation de Jésus, révélé comme préexistant par le Baptiste (1,31 : il a baptisé dans l'eau pour qu'il soit révélé). Il a vu l'Esprit reposer sur Jésus (1,32; 3,34). Aussitôt après ce témoignage du Baptiste, Jésus est confessé comme Fils de Dieu (1,41.48).

 

 I Jo : certes, l'Esprit est descendu sur Jésus au baptême, le désignant comme le préexistant qui devait venir, mais pour les disciples il fallait attendre que Jésus ait été glorifié (7,39). Et 1 Jo fait appel au témoignage du DA en 19,34s : du sang et de l'eau. Eau (7,38) et Esprit (7,39). Sang : qui doit jaillir de l'agneau immolé : la mort de Jésus donnait la vie. Pour le chrétien, le moment où l'Esprit donne la vie n'est pas simplement le moment de la colombe, mais l'Esprit jaillissant du Christ après sa mort. J.Baptiste non seulement a désigné Jésus comme le préexistant, mais comme l'Agneau de Dieu (mort sacrificielle).

Rôle de l'Esprit

L'Esprit a été communiqué au DA (19,30) pour témoigner du sang et de l'eau.

Le témoignage du DA sera vrai, parce que l'Esprit est l'Esprit de Jésus qui est vérité (14,6) et l'Esprit de vérité (14,17; 15,26; 16,13).

Ce témoignage rendu par l'Esprit via le DA se continue dans la communauté joh.: l'Esprit témoigne encore. Autrement dit, là encore l'A se range derrière la tradi remontant au DA (1 Jo 1,1).

L'Esprit qu'ont reçu tous les membres de la communauté fera reconnaître ce témoignage comme vrai (2,20.27; 3,24cd)

 

Plusieurs témoignages (au présent)

Cela rappelle les débats de Jésus avec les Juifs (Dt 19,15; Jn 8,17s; 5,1-40)

Contrairement aux sécessionnistes l'A présente plusieurs témoins.

 

Non seulement l'Esprit (5,6) mais l'eau et le sang témoignent. Ici plusieurs théories :

1)       L'A donne une description symbolique du pouvoir de Jésus qui a vaincu le monde par sa mort glorieuse (16,33), pouvoir de vivifier grâce à l'Esprit (6,63), de purifier comme par l'eau (13,10), de réconcilier par son sang (1,7; 2,2).

2)       Mais, plus visiblement, l'A renverrait aux sacrements : l'Esprit renvoie à l'onction (2,20.27), l'eau, au baptême (Jn 3,5), le sang à l'Eucharistie (6,51-58). Ainsi les sacrements témoignent du caractère salvifique de la mort de Jésus.

 

 

B.      Témoignage rendu au Fils de Dieu par Dieu lui-même (5,9-12)

 

Dieu plus grand

Gradation comme en Jn 5,1-40. Même si les sécessionnistes ont pu en appeler au Baptiste, l'A a un "témoignage plus grand". De même qu'en 5,36-40 le P témoignait à travers les autres témoignages, mais gardait la primauté, de même en 5,7-8 les témoignages sont d'origine divine, mais Dieu témoigne plus directement encore. Qui pourrait témoigner de Jésus mieux que le P ? Insistance aux v.9.10.11 sur "son Fils".

Qu'est-ce qu'ajoute le témoignage de Dieu ?

Parce que 5,10 parle du "témoignage en", certains pensent à un témoignage intérieur qui fait reconnaître la valeur des trois autres. Ils font appel à 6,44; 10,3s; Mais il n'est pas sûr que dans ces cas Jn parlerait de témoignage.

D'autres disent même : ce témoin intérieur est l'Esprit. (14,16). Il est vrai que l'onction (probablement par l'Esprit) de 1 Jo 2,20.27, aide le chrétien  à reconnaître la vérité, mais la fonction de témoin de l'Esprit est extérieure, par la voix du chrétien en qui l'Esprit demeure (15,26s; 16,8ss). De plus l'interprétation de 5,9-12 est que le témoignage de Dieu est différent et s'ajoute à ceux de 5,6-8, dont l'un est l'Esprit.

 

Plus sûre est la voie ouverte par 5,9d et 11bc :

 

5,9d montre que c'est du P (et non de l'E) qu'il s'agit, et que le témoignage vient de l'extérieur.

5,11bc définit le témoignage comme la vie éternelle qui est dans le Fils de Dieu. Ici l'A suppose la chaîne du don de la vie, si nette dans Evjo : Jésus tient la vie de son P (5,26; 6,57; 1,4), ceux qui croient en Jésus reçoivent la vie de lui (3,36;5,24;20,31). Ainsi la vie éternelle des chrétiens, reçue du P à travers le F, constitue une preuve que Jésus est le Fils de Dieu. La 1 Jo commençait avec le "nous" rendant témoignage à la vie révélée en Jésus, elle se termine vers la fin (5,11) sur Dieu donnant un témoignage incluant la vie qui est en son F.

Dualisme

Caract.de la théologie joh , dualisme provoqué par ce que donne Dieu : lumière, amour, vie (les 3 incorporés en Jésus)

Division dualistique entre ceux qui acceptent et ceux qui refusent

lumière : Jn 3,16-21

amour : 1 Jo 4,7s

vie : antithèses 10a/10b, croire, ne pas croire ; 12a/12b, posséder, ne pas posséder.

 

Une comparaison entre les 2 lignes + (10a/12a) montre que croire=posséder ; de même posséder en soi le témoignage de Dieu=posséder la vie. Ce qui confirme que 11ab est une définition. Un bon //à 10a est Jn 3,16

 

Entre les 2 lignes – (10b/12b) :

10b est typiquement joh. et ne laisse pas de place pour l'ignorance ou la méprise, tout comme l'alternative à l'amour n'est pas l'indifférence, mais la haine (1 Jo2,11s), l'alternative à la lumière n'est pas l'obscurité, mais les ténèbres (1,5), l'alternative à la vérité est le mensonge. On est soit du côté de Dieu et de son F, soit du côté du diable et de l'Antichrist, qui sont mensonge (Jn 8,44; 1 Jo 2,22).

Un bon // à 10b est 1,10 : une mauvaise position éthique et une mauvaise position christologique ont le même résultat : contester ce que Dieu a fait en envoyant son F.

 

Il est triste de constater que 12b termine sur du négatif le corpus de 1 Jo.

Le corps de Evjo se terminait sur une note positive (20,31) bq que Jn 1,11 ait noté le rejet par les siens.

Mais une décennie a passé et la communauté joh; n'a pas répondu à l'espérance de l'évangéliste. Elle a vécu la division, et l'avertissement final de l'A fait écho paradoxalementt à la promesse de Evjo. Il condamne les anciens frères qui ne possèdent plus le Fils de Dieu (ne croient pas correctement) et, ne croyant pas, ne possèdent pas la vie en son nom.

 

 

 

Le témoignage de Dieu

I Jo 5,4b-12

    (ajout personnel)

 

Noter la différence des temps : le Christ est venu (dans le passé), l'Esprit témoigne (aujourd'hui).

 

Le Christ n'est pas venu seulement dans l'eau (baptême du Christ ; thèse des sécessionnistes), mais aussi avec l'eau et le sang (de la mort salvifique du Christ, Jn 19,34-38).

 

Trois témoignent dans l'aujourd'hui de l'Église :

l'Esprit témoigne, par le DA, à propos de la mort de Jésus (on peut y voir l'accès à la foi, qui conditionne le baptême).

l'eau jaillie du côté de Jésus (qui renvoie au baptême des chrétiens, dans l'aujourd'hui de l'Église)

le sang jailli du côté du Christ (qui renvoie à l'Eucharistie., dans l'aujourd'hui de l'Église).

 

Le témoignage des hommes est très général, il désigne le témoignage des hommes en général.

De Dieu il est dit qu'il "a témoigné" (mémarturèken, 9d, 10d), donc un témoignage qui a eu lieu dans le passé, mais qui demeure

Le témoignage, Dieu l'a donné dans le passé par la voix du baptême (celle de la transfiguration n'est pas notée par saint Jn) et par le pouvoir qu'il a donné au F de faire des miracles en son nom, d'avoir la vie en lui-même (11c) et de la donner (11c). C'est donc un témoignage rendu à son Fils, par qui nous avons la vie éternelle.

Ce témoignage demeure ; c'est pourquoi le croyant peut avoir ce témoignage "en soi"(10a). Ce témoignage qui demeure n'est autre que le triple témoignage (au présent) dont il est question en 6d, 7.

C'est donc Dieu qui est derrière.

 

                                                                           

 

 

 

 

                                                                            (suite à la page suivante)


11.   1 Jo 5,13-21 :         La conclusion

 

 

 

13.       Je vous ai écrit ces choses, pour que vous sachiez que vous avez la vie éternelle, vous qui croyez en le nom du Fils de Dieu.    14.       Et telle est l'assurance que nous avons auprès de  Lui : si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute.     15.       Et si nous savons qu'Il nous écoute en tout ce que nous demandons, nous savons que nous possédons les choses que nous Lui avons demandées.        16.       Si quelqu'un voit son frère commettre un péché qui ne va pas à la mort, qu'il demande, et il lui donnera la vie, à ceux dont le péché ne va pas à la mort. Il y a un péché qui va à la mort ; ce n'est pas pour celui-là que je dis. de prier.            17.       Toute iniquité est péché, mais il y a un péché qui ne va pas à la mort.

 

18a      Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche pas ;

18b      mais celui qui a été engendré de Dieu le garde,

18c      et le Mauvais n'a point prise sur lui.

19a      Nous savons que nous sommes de Dieu,

19b      et que le monde tout entier gît au pouvoir du Mauvais

20a      Mais nous savons que le Fils de Dieu est venu

20b      et qu'il nous a donné l'intelligence pour connaître le Véritable ;

20c      et nous sommes dans le Véritable

20d      dans son Fils Jésus Christ

20e      C'est lui qui est le véritable Dieu et la vie éternelle.

 

                               21            Petits enfants, gardez-vous des idoles.

 

 

 

 

Découpage

 

Est-ce que 14-21 sont d'un rédacteur ?

C'est la thèse de Bultmann (qui lie v.13 à ce qui précède ; selon lui d'ailleurs 14-21 n'est pas uniforme : 18-20 imitent le style joh. de l'A, tandis que v.21 n'est pas joh.). Selon lui 14-21 ne font pas alterner christologique /parénétique comme le reste de 1 Jo. En fait ce pattern n'est pas si régulier que le voudrait Bultmann.

 

D'un autre côté, 14-21 partagent beaucoup de thèmes avec le reste de 1 Jo :

le thème "prier avec confiance et recevoir" : 5,14-15, cf.3,21-22.

le thème "péché qui va à la mort" :5,16-17, cf.2,19 (et non réflexion du IIe siècle).

le thème "nous savons", cf. "si nous disons" 1,6.8.10 et "celui qui dit" 2,4.6.9.

Le contenu de 18-20 est typique du dualisme de 1 Jo, ex. Dieu/Mauvais (2,13s; 3,10.12).

Absence de péché : 5,18a, cf.3,6.9.

Les idoles (5,21), étrange pour Bultmann, en fait langage juif pour la sécession du peuple de Dieu ; "s'en garder" est proche de 2,15.

 

Donc la conclusion tient dans 5,13-21.

L'A veut renforcer les chrétiens dans leur christologie, contre le prosélytisme des sécessionnistes.

Il lutte contre l'érosion de sa communauté en soulignant les valeurs positives de sa foi.

Structure

Il est clair que 18-20 sont à part : 3 "nous savons", bien que le thème du péché rattache aux versets qui précèdent.

Le pattern tend à souligner rhétoriquement que le "nous" est bien du côté de Dieu, à la fois du point de vue éthique et du point de vue compréhension du F.

L'A ne peut s'empêcher de mettre en garde contre l'idolâtrie des sécessionnistes.

 

Donc deux sous-sections : 13-17 et 18-21.

En reconnaissant que 13 mène à 14-17 et que 21 conclut 18-20.

 

 

 

A.              Confiance qu'on a la vie malgré le péché (5,13-17)

 

 

Après avoir souligné les grandes options (posséder/ne pas posséder la vie ou le F) L'A encourage en revenant sur ce qui l'a fait écrire :

Cf. Deut 30 avec 31,6.8.23. Plusieurs fois il a rassuré (il n'aurait pas écrit s'il n'y avait pas danger de glissement). Ici v.13 reprend les termes de v.11-12.

Cf. Jn 20,31 avec le même désir de justifier ce qui a été écrit. Tandis qu' il n'était pas clair que Jn écrivait pour ceux qui croient déjà, c'est clair pour 1 Jo, et l'A s'exprime en termes de savoir plutôt qu'en termes de croire. Plusieurs fois il a rassuré ses lecteurs sur leur savoir (2,3.13b.14d; 4,13). Ce langage du savoir, hérité de Jer et Ez, renvoie à ce qu'ils ont reçu en entrant dans la communauté. Cette "joie" (1,4) doit s'épanouir en koinônia (communion) avec Dieu, le F, les autres membres de la communauté. Croire au nom du Fils de Dieu (5,13; Jn 20,31) renvoie au baptême (2,12-13)

 

Ainsi la fin de 1 Jo rejoint le début : si le lecteur reste fidèle à ce qu'il a reçu "au début", il continuera à être enfant de Dieu et à recevoir sa vie.

 

L'atmosphère de confiance devient explicite v.14, avec passage du vous au "nous". Ils sont enfants de Dieu, donc ils peuvent se tenir en présence de Dieu. De nouveau renvoi au "début", au baptême (Rm 8,15; Act 12,5)

 

Selon sa volonté (5,14)

Non pas que la promesse de Jésus (16,24) n'ait pas été remplie. Mais l'A pense qu'il doit y avoir cohérence entre celui qui demande et ce qu'il demande. Ce qui est illustré par la prière de Jésus lui-même (Jn 10,30; 11,41s). Cf 15,7. L'A insiste "selon sa volonté" parce qu'il va parler v.16-17 de la prière pour le péché.

      Prière pour le péché

L'A a encouragé ses lecteurs en leur disant qu'ils possèdent la vie éternelle ; il va plus loin : même s'ils pèchent, cela ne détruira pas la vie, s'ils prient l'un pour l'autre. Il présuppose ce qu'il a dit en 2,1-2 sur Jésus comme Pa.

Si Jésus pt se tenir en présence du P, les enfants de Dieu aussi (v.14), et Dieu donnera la vie au pécheur (5,16).

Trois traductions sont possibles pour 5,16 :

1.                   Celui qui demande donnera la vie au pécheur (mais donner la vie est un privilège de Dieu !)

2.                   Dieu donnera la vie au pécheur (meilleur théologiquement, mais difficulté grammaticale)

3.                   Dieu donnera la vie à celui qui demande, comme récompense parce qu'il prie pour d'autres.

 

Celui qui possède la vie éternelle (5,13) possède aussi le pouvoir de demander (5,15) et par là de donner la vie

comme les patriarches (Gn 18,23-32; 20,7), Moïse (Ex 32,11-14; 34,8s), les prophètes (Am 7,1-6; 2 Rg 19,4; Jer 42,2-4) et les martyrs (2 Mac 7,37s). Pour le NT : 1 Th 5,25; Hb 13,18; Ja 5,15; 1 Clem 56,1).

 

Le propos principal de 5,16-17 est donc positif : par la prière, le péché du croyant ne va pas à la mort.

L'A (contre les sécessionnistes) a rappelé qu'il faut éviter le péché (3,6.9), et ses lecteurs pourraient être tentés de désespérer. D'où les réassurances.

 

Mais l'A mentionne un péché qui va à la mort (5,16)

C'est le péché des sécessionnistes, qui refusent de croire que Jésus est venu dans la chair.

On ne peut pas prier pour des frères et des sœurs qui ont choisi de se ranger du côté du diable.

Jésus a refusé de prier pour le monde (Jn 17,9), de même les adhérents de 1 Jo 4,5.

Eux, en rejoignant la communauté joh. sont passés de la mort à la vie (3,14), les sécessionnistes ont montré qu'ils haïssent les frères, et sont passés de la vie à la mort.

 

L'A envisage de les mettre en quarantaine, pour qu'ils ne contaminent pas (cf.2 Jo 10-11).

Bien que cela nous heurte, cela rejoint certains textes AT, et dans le NT le péché contre l'Esprit.

Dualisme joh. : on ne peut être de Dieu et en même temps choisir d'appartenir au Mauvais.

 

 

B.              Les trois privilèges du chrétien ; il faut les garder (5,18-21)

 

 

Trois privilèges du chrétien  : nous savons :

que nous sommes nés de Dieu (18)

que nous sommes de Dieu (19)

que nous connaissons le Véritable (20).

 

Bien qu'il ait insisté sur la nécessité de confesser notre foi (2,23; 4,2.15), il termine sa lettre en insistant sur le savoir, qui les garantit contre les sécessionnistes (2,20.21.27). En fait tout ce qui est en 5,18-2à a été déjà dit en 1 Jo, néanmoins l'A dit "nous savons" non pas au sens de "cela a déjà été vu" (ni venant de la nature divine ni de la vie divine), mais en se référant au début de l'expérience chrétienne.

 

L'A a attaqué les sécessionnistes sur ces privilèges (1,6;2,4-6), maintenant il conclut que ses adhérents peuvent être sûrs de ces privilèges, et de leurs effets : pas de péché, liberté par rapport au Mauvais, demeure en Dieu et en son F.

 

 

1er"nous savons"(v.18)

Répète virtuellement 3,9a, avec une touche de 4,4. Le "sans péché" du chrétien ne vient pas de ce que l'âme est liée à un corps par l'accident de la naissance, c'est un statut donné par Dieu dans le Christ.

Ceux qui veulent plusieurs auteurs dans 1 Jo s'appuient sur la différence entre 16-17 (les frères qui pèchent) et 18 (le frère chrétien ne pèche pas). C'est plutôt la vue complexe de la vie chrétienne par (l'unique) auteur. Contre les sécessionnistes et leur perfectionnisme une fois pour toutes (qui les amènent à nier le péché), l'A a maintenu qu'en fait le chrétien pèche, mais qu'il garde l'espérance, pardonné qu'il est par le sang du Christ (1,8 –2,2).

Dans cette période eschatologique, Dieu prépare une génération sans péchés de croyants, et là où la vitalité de l'engendrement divin peut se manifester, elle écarte le péché (3,6.8-9). Dans ces passages le péché est le royaume du mal, l'iniquité finale des derniers temps, tandis qu'être sans péché est la marque qu'on est du côté de Dieu. Ainsi il est tout à fait logique que l'A associe ici liberté par rapport au péché et protection du Mauvais.

 

En un sens, le chrétien a deux assurances : s'il pèche il y a la prière des frères et des sœurs, mais le seul fait d'être né de Dieu peut le conduire à ne pas pécher du tout.

 

Deuxième "nous savons" (v.19)

Redit la distinction 3,8-10 entre les fils du diable et les fils de Dieu, et celle de 4,4-5 entre ceux qui sont de Dieu et ceux qui sont du monde.

Certains pensent que v.19 ne dit pas plus que v.18; mais v.19 :

-          montre bien qu'en v.18 il n'est pas question d'une tentation personnelle. Un dualisme est impliqué : Royaume de Dieu/monde. Le Mauvais est le Prince de ce monde (Jn 12,31; 14,30; 16,11), qui peut encore amener à la sécession.

-          montre bien qu'en 5,18a (et 5,16c) le péché est celui des sécessionnistes, enfants du diable avec leurs fautes doctrinale et morale, passés au monde (4,1d) et qui sont du monde (4,5a). Les vrais croyants en Jésus ne sont pas du monde (17,16), car le monde décrit en 16,8-11 refuse de croire en Jésus. En niant que Jésus soit le Christ  (1 Jo 2,22), ils se sont liés au monde. (5,19 est proche de 1 QS 3,1-21, où les fils d'iniquité sont sous l'emprise de l'ange des ténèbres).

 

Troisième "nous savons" (v.20)

Rappelle le rôle du Christ dans tout cela.

Nous ne sommes pas au pouvoir du Mauvais, non seulement parce que nous sommes de Dieu (5,19a), mais parce que nous sommes "en son F, Jésus Christ" (5,20d).

Contraste des dépendances : être de Dieu/du diable (3-8-10)..

Contraste des sphères d'activité : être au pouvoir du Mauvais/être en Dieu et en son F.

 

Vocabulaire de l'alliance

"Dianoia"(pensée, intelligence): cf. 2,27e

Circularité P/F entre 5,9 et5,20ab.

Loin de Platon :"l'homme doit monter au ciel pour connaître la vérité" ; ici c'est le Fils de Dieu qui est descendu.

Le moment du don de la dianoia : le moment où l'on devient chrétien. Et 5,20 fait écho au vocabulaire et à l'imagerie de l'Alliance. Le "Véritable" rappelle le Dieu de 'emet(vérité), opposé ici à celui qui est mensonge (Jn 8,44; 1 Jo 2,22). Cf. aussi Jer 31,33-34.

Dianoia traduit souvent lêb(cœur) : "Je mettrai ma Loi à l'intérieur de leur dianoia".

Dans l'Alliance NT, Jésus Christ joue un rôle majeur près de Dieu, cf.5,20e. "Dieu" et "véritable" sont valables pour le P et pour le F, car nous connaissons le P quand nous connaissons le F. La différence entre le P et le F est que, si Jésus Christ est la vie (Jn 1,4). Jésus peut être Dieu, mais il n'est pas le Père.

Dieu (5,20e)

Tout comme Jn 20,28 1 Jo termine en confessant Jésus comme Dieu. Important dans la pensée joh. Suivi de la mention de la vie (éternelle), qui est pour les croyants.

La fin (21)

Le verset 21 est la contrepartie négative des 3 "nous savons".

De nouveau vocabulaire de l'alliance : Véritable/idoles.. Les sécessionnistes sont devenus les idoles à fuir.