fichier : Ep.Jean
(epj)
de
résumé à partir de Raymond E.Brown
(avec des titres d'alinéas )
60 p.
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Prologue :1,1-4 :
p.3-6
1,5 – 3,10 Partie I : Dieu est lumière,
et nous devons marcher dans la lumière comme Jésus.
§2 : 1,5 – 2,2 : Trois vantardises et trois hypothèses en réponse. p.7-14
§3 : 2,3 – 11
: Trois prétentions d'aimer Dieu, à tester par la conduite. p.15-20
§4 : 2,12-17 : Exhortation aux croyants : ayant vaincu le
malin,
ils doivent résister au monde
p.21-24
§5 : 2,18-27 : Mise en garde contre les sécessionnistes, antichrists
qui nient le Père et le Fils. p.25-29
§6 : 2,28 – 3,10 : Enfants de Dieu // enfants du diable. p.30-35
3,11 – 5,12 Partie II: Nous devons nous aimer les uns les
autres,
comme Dieu nous a aimés en Jésus Christ.
§7
: 3,11-24 : L'évangile de l'amour
réciproque.
p.36-41
§8 : 4,1-6 : L'esprit de
vérité et l'esprit du mensonge :
leurs adhérents respectifs. p.42-44
§9 : 4,7 – 5,4a L'amour réciproque comme moyen
de demeurer en Dieu et de l'aimer. p.45-51
§10: 5,4b-12 La foi vainc le
monde, et le rôle du témoignage. p.53-56
5,13-21 : Conclusion : p.57-60
(suite à la page suivante)
Première épître de Jean
1 Jo 1,1-4 Le Prologue
1a Ce
qui était dès le commencement,
1b ce
que nous avons entendu,
1c ce
que nous avons vu de nos yeux,
1d ce
que nous avons contemplé,
1e et
ce que nos mains ont palpé, -
2a (
et la vie s'est manifestée,
2b et
nous avons vu, et nous portons témoignage
2c et
nous vous annonçons la vie,
2d la
vie éternelle
2e qui
était auprès du Père
3a ce
que nous avons vu et entendu,
3b nous
vous l'annonçons à vous aussi,
3c pour
que vous aussi vous soyez en communion avec nous.
3d Et
notre communion à nous est avec le Père
3e et
avec son Fils Jésus Christ .
4a Et
ceci, nous l'écrivons, nous,
4b pour
que votre joie soit en plénitude.
(suite à la page suivante)
C'est
une spécialité joh. que de commencer par un Prologue théologique.
Mais
le Prologue de I Jo est un commentaire de celui de Evjo.
Certes
le Prologue de Evjo, qui peut être regardé comme une hymne de l'Église
primitive, est plus poétique, plus intelligible.
Le
terme "hymne" a été aussi appliqué à Prol.I Jo, mais il n'y a
aucune raison qu'il ait existé séparément.
On
a parlé d' "ouverture". Mais normalement une ouverture
anticipe sur les thèmes majeurs d'une œuvre, or ici il manque : la garde du/des
commandements et l'amour mutuel.
Renoncer
à voir une progression dans les changements de temps et de mots.
Cependant
ce texte a une fonction dans le corpus joh. (autorité et œuvre d'un témoin
oculaire). Il montre qu'on peut lire Evjo d'une manière orthodoxe ; les phrases
"ce que" montent l'importance pour la prédication chrétienne du
ministère de Jésus sur terre.
Bien
voir la passion qui soulève ce texte : le crescendo du v.1 sur l'expérience
sensorielle prouve l'exaspération croissante provoquée par l'opposition en
insistant sur le message de l'Evjo.
A.
le message : une réalité divine (personne
ou attribut), "ce que" ou 3e ps sg, + duratif est/était.
1a; 2a; 2de; 5d. Message de vie
B.
transmis explicitement ou
implicitement.
"depuis le début", révélé,
C.
"nous" : au passé, ont eu connaissance
du message A d'une manière sensorielle.
1b-e; 2b; 3a; 5b. C'est l'école joh., qui a préservé un témoignage
sensoriel sur Jésus provenant du DA
D.
"vous": destinataire, explicite ou
implicite.
E.
communion : du vous et du nous; car le "nous" est déjà en communion avec le P et le F, par la révélation de vie qu'ils ont
reçue, avec les autres tenants de la
tradi. Communion menacée.
3c-e; 4b.
Cela amène à 1,5. (Traduction Brown du Verbe de
vie°)
Certains pensent que le Prol. viole le standard de
la lettre. Mais pour Brown il ne s'agit pas d'une lettre.
Le Prol. réinterprète celui de Evjo, en réfutant des
adv.qui le dénaturent. Voici les ressemblances :
Evjo 1-1-18 I
Jo 1-1-4(5)
1a Au commencement était le Verbe 1a Ce qui était dès le commencement
1b Le Verbe était en présence de Dieu 2de La vie éternelle qui était en présence
de D
4a En lui (le Verbe) était la vie
4b Cette vie était la lumière des hommes 5d Dieu est lumière
5ab La lumière brille dans les ténèbres 5e En Lui il n'est pas de ténèbres
et les ténèbres ne l'ont pas
saisi
14a Le Verbe s'est fait chair 2a Cette vie a été révélée
14b Et il a fait sa demeure parmi nous
14c et nous avons vu sa gloire. 1d Ce que nous avons vu
16ab De sa plénitude nous avons tous reçu 3de La communion que nous avons avec
17a par Jésus Christ le
Père et son Fils
18b Dieu le Fils unique Jésus
Christ
Chaque Prol. commence par le
thème de la réalité divine qui était au/à partir du commencement ; puis
apparaît le thème de la zôè, "vie". Dans chacun il y a une
double interruption, dans chacun le thème du marturein, "témoigner"
apparaît seulement dans une interruption-parenthèse ; dans chacun, réaction
visuelle du "nous" à la manifestation de la réalité divine, et une
participation à Dieu est amenée par la manifestation de la réalité divine.
Différences : - Il n'est pas vraisemblable que l'auteur soit le même
Les réinterprétations.
Le Prol. de Evjo était
primitivement une hymne, bien connue de le communauté joh., qui résumait la christologie joh. Dans le Prol. de 1 Jo, l'auteur veut
corriger la méprise de ceux qui, tout en croyant que le Verbe s'est fait chair,
s'en tiennent à l'envoi et à la venue du Fils de Dieu, mais sans rien dire de
sa carrière humaine et de sa mort.
Ces sécessionnistes
pouvaient s'appuyer sur Evjo 1,1.14.16.
L'auteur de 1 Jo ne pouvait attaquer le Prol.
de l'évangile, qu'il partageait, mais redresser la manière de comprendre ce
Prol. Commençant en 1,19, l'autorévélation de Jésus allait de sa rencontre avec
le Baptiste jusqu'à sa mort et sa résurrection. Logiquement l'incarnation
venait d'abord, mais comme préface à la vie et à la mort.
Le mot "commencement" change de sens
: le "commencement" dont il s'agit en Evjo ne peut être connu que par
un autre "commencement", où le Fils s'est révélé aux disciples qui
pouvaient l'entendre, le voir de leurs yeux, et le toucher de leurs mains.
L'Evjo réagissait à l'incarnation en disant,
en 1,4 :"Nous avons vu sa gloire". I Jo proclame que cette gloire
était celle de quelqu'un qui avait vécu une vie réelle.
L'Evjo disait "nous=toute la communauté
joh.", présupposant que ce "nous" avait connu historiquement
Jésus . I Jo insiste sur cette expérience sensorielle. Le
"voir" de I Jo est plus sensoriel que le "nous avons vu" de
Jo 1,14.
Le mot "logos" est réinterprété (°?) et
désigne maintenant le message prêché durant le ministère de Jésus, et ensuite
par les porteurs de la tradition joh. (inspirés par le Paraclet). Le Verbe
(Evjo 1,4; 12.13) n'a été connu que par la "parole" que Jésus a
proclamée durant son ministère, et qui l'a révélé comme l'incorporation de
cette vie qui était auprès de Dieu.
De même que, en Evjo 1,6.8, dans une interruption, le Baptiste
témoigne, dans le Prol. 1 Jo (v.2) le "nous" témoigne.
I Jo ne redit pas, comme EvJo 1,10, que le Verbe vient
ou est envoyé, mais que la vie est révélée (phaneroun,
employé dans EvJo pour le début du ministère public : Jn 1,31; 2,11; 7,4; 9,3).
L'élément
"divine réalité" est très court, mentionné simplement comme le sujet,
alors que la moitié du Prol.EvJo décrivait cette réalité (l'Évangile de Jo
luttait contre les Jfs qui niaient qu'il s'agisse de cette réalité, tandis que dans
I Jo les adversaires sécessionnistes le présupposent).
L'élément
B, "comment est connu le message", n'est pas développé. De nouveau il
n'est pas contesté par les sécessionnistes.
Le
"nous", élément C, est développé : près d'un tiers du Prol.,
avec une double insistance sur les porteurs de la tradi. Joh. et sur
l'expérience sensorielle. Le Prol. de Evjo mentionne un "nous"
seulement vers la fin (1,14.16) et ne le contredistingue pas d'un
"vous" (parce que à l'époque la communauté joh. fait bloc contre les
Jfs et les chrétiens hétérodoxe.(alors que I Jo 2,19 parle d'un
"eux"). La tradi qui est derrière ce "nous" est-elle difte
de celle dont se réclament les sécessionnistes ? Les sécessionnistes ont-ils
suivi un meneur porteur de tradi ? Nous ne savons pas. Ce qui est clair, c'est
qu'en disant "nous" l'auteur suppose que les sécessionnistes s'en
prennent à un groupe. Noter que la distinction nous/vous n'est pas étrangère
à Evjo (20,29; 17,6.20). Donc, même dans la communauté joh. où le Paraclet
enseigne tout, il y a place pour une chaîne humaine de tradition. (Tout ce qui
est dit du Paraclet a été dit de Jésus, si bien que le Paraclet est à Jésus ce
que Jésus est au Père). L'auteur de 1 Jo a la même mentalité, mais il souligne
le "nous" plutôt que le Paraclet. Comparer Evjo 3,31-32 et 1Jo
1,2-3. Le déplacement se comprend si les sécessionnistes proclamaient que le Pa
authentifiait ce qu'ils disaient. En 1Jo 4,1.6 l'Esprit de vérité est un autre
nom pour le Paraclet, cf. Evjo 14,17; 15,26; 16,13. L'auteur réfute la
prétention "sécessionnistes=Paraclet" en montrant que le Pa travaille
par les témoins humains, qui ont suivi "depuis le comt"(15,26).
L'élément
D(estinataires) est aussi important que C. L'auteur n'est pas seulement un laudator
temporis acti, "louangeur du temps passé" : il veut une
communication (témge, parole, proclamation, écrit). De nouveau,
contre les sécessionnistes, l'auteur souligne le rôle salvifique de la carrière
humaine de Jésus et de la continuation de cette révélation à travers la
proclamation de la communauté.
L'élément
E est la koinônia, "communion", recherchée. L'introduction d'un "nous"
n'est pas création d'une hiérarchie, car tous sont disciples. L'auteur veut que
toute distinction soit abolie entre C et D.
1° Le "nous" est déjà en koinônia avec
le P et le F., et le "vous" doit s'y joindre. Une koinônia
existait au ciel entre P/F, que l'incarnation nous invite à rejoindre.
L'auteur n'a pas besoin de le
prouver, parce que les sécessionnistes revendiquent pour eux-mêmes une telle
communion (1,6;2,6). Mais, dit l'auteur, tous ceux qui se réclament de Jn n'ont
pas cette koinônia, et elle exige un effort. Le "nous" la possède ;
et aussi le "vous" s'ils acceptent l'union, mais pas s'ils restent
adversaires (2,19), s'ils restent attachés à la lecture de Jn des
sécessionnistes. L'adhérence à l'Évangile joh ne se comprend que si c'est
l'Évangile que "nous" avons entendu de Jésus.
Le "nous" s'interpose entre
"vous" et la koinônia avec P/F. Les sécessionnistes pourraient arguer
de Jn 15 (la vigne et les sarments, binaire, non triangulaire). Réponse
possible de l'auteur avec Jn 17, 20-21, où il y a deux groupes qui doivent
s'unir.
2° Le choix de koinônia
(jamais présent dans Evjo), rend un son ecclésial que l'auteur vt souligner
contre les sécessionnistes. Certes le mot dit la même chose que l'inhabitation,
mais le NT l'emploie plus pour l'union entre chrétiens que pour l'union à Dieu,
et les sécessionnistes qui l'employaient volontiers comme verbe, mais pour
l'union à Dieu, ne devaient pas aimer le nom (qui renvoyait à l'union entre
chrétiens).
Alors que les sécessionnistes
avaient un certain sens de l'union entre eux, ils soutenaient en thie
l'union directe avec Dieu, et ils ne donnaient pas à l'union entre eux le même
sens salvifique que 1 Jo 1,3 où il est la condition sine qua non de l'union
avec Dieu. Les sécessionnistes n'acceptent pas l'interprétation 1 Jo de
koinônia, qui implique d'adhérer à ce qui a été vu et entendu.
Le
but final, c'est la joie.
Là encore l'auteur a modifié le rapport binaire P/F
– croyants en introduisant un troisième terme : Ma joie/notre joie/votre joie.
Il peut faire appel à Jo 17,20.13
(suite à la page suivante)
5a Et voici l'annonce
5b que nous avons
entendue de Lui
5c et que nous vous
rapportons :
5d Dieu est lumière,
5e et il n'y a pas en
lui de ténèbres.
6a Si nous disons
que nous sommes en communion avec lui,
6b et que nous marchions
dans les ténèbres,
6c nous mentons
6d et nous ne pratiquons
pas la vérité.
7a Mais si nous marchons
dans la lumière,
7b comme lui-même est
dans la lumière,
7c nous sommes en
communion les uns avec les autres,
7d et le sang de Jésus
son Fils,
7e nous purifie de tout
péché.
8a Si nous disons
que nous n'avons pas de péché,
8b nous nous abusons
nous-mêmes,
8c et la vérité n'est
pas en nous.
9a Si nous confessons
nos péchés,
9b Il est fidèle et
juste :
9c Il nous remettra les
péchés
9d et nous purifiera de
toute iniquité.
10a Si nous disons
que nous n'avons pas péché,
10b nous faisons de Lui un
menteur,
10c et sa parole n'est pas
en nous.
2,1a Mes petits enfants, je vous écris ceci pour
que vous ne péchiez point.
1b Et
si quelqu'un vient à pécher,
1c nous
avons auprès du Père un Paraclet,
1d Jésus
Christ, le Juste
2a et
il est lui-même victime de propitiation pour nos péchés,
2b non
seulement pour les nôtres,
2c mais
encore pour ceux du monde entier.
(suite
à la page suivante)
Questions de structure
Partie I : 1,5 – 3,10 : Dieu
est lumière
La première unité : 1,5 –
2,2. Où le v. 1,5 sert de transition et par trois fois "si nous … mais
si", v. 6-7, 8,9, 10-2
Le v. 2,1a est une parenthèse ; 2b fournit le
"mais si" qui répond au "si nous" de 1,10.
Arguments pour terminer en
2,2 : - ho légôn,"celui qui dit" a un autre accent (2, 4.6.9);
- il y a une inclusion entre 1,6-7 et 1,10-2,2 ("nous sommes des
menteurs" (1,6) a comme répondant "nous faisons de lui un
menteur"(1,10) ; "le sang" de
A.
Dieu est lumière sans ténèbres (1,5)
Verset
clef pour tout le passage. Parce que reprend tout le Prol. qui précède. De
nouveau il y a une réalité divine (Dieu lumière) qui implicitement est donnée à
connaître (évangile) à un "nous" qui revendique une expérience
sensorielle, et qui communique cette réalité à un "vous". Même le
vocabulaire du Prol. trouve écho en 1,5abc (évangile/nous avons entendu/nous
vous déclarons).
Ce
verset 5 est plus proche du Prol.1 Jo que le Prol.Evjo n'est proche de Evjo (le
début des deux œuvres se correspond : "c'est l'Évangile"(I Jo
1,5)/"voici le témoignage" (Jo 1,19).
Le
contenu de l'Évangile proclamé (1,5de) introduit aux prétentions qui suivent.
Ces prétentions ("si nous disons", v.6.8.10) représentent la pensée
des sécessionnistes. Faut-il le dire aussi de 1,5de ? Cert. le pensent,
et n'attribuent aux sécessionnistes que "Dieu est lumière", le reste
étant une correction de l'A. Correction jugée nécessaire parce que les
sécessionnistes, comme les gnostiques sur la base de Is 45,7, pensaient qu'il y
avait des ténèbres en Dieu ? Non : il semble que les sécessionnistes aussi
tenaient qu'il n'y avait pas de ténèbres en Dieu.
Dans
ce cas l'A. visait, non le slogan, mais l'attitude morale qui recréait
l'opposition lumière/ténèbres (v.6).
Donc
l'A ne cite pas les sécessionnistes en 1,5de. 1° L'A dit "si nous disons",
distinguant bien la prétention (être en communion avec Dieu) de la nuance des
sécessionnistes. 2° "Dieu est lumière" est l'Évangile que nous avons
reçu du Christ : l'A va-t-il dire que c'est le slogan des
sécessionnistes ? 3° Toute la phrase "Dieu est lumière et il n'y a pas en
lui de ténèbres" peut dériver de la tradi joh , telle que connue dans
Evjo, sans soupçon d'erreur.
Développons
ce 3°, car
c'est la première occasion de montrer comment l'A continue la tradi joh pour sa
angelia (son annonce).
Dans
Evjo Jésus est Celui qui vient de Dieu, déclarant (anangellein) toutes
choses comme il les a entendues du Père (Jn 4,25 ; cf. 12,49-50). Le Pa déclare
les choses comme il les a entendues de Jésus (16,13-15). Le "nous" de
l'école joh. déclare aux membres de la communauté "l'Évangile entendu de
lui" (I Jo 1,5). Dans cette chaîne (Dieu/Fils/Pa/nous), le "de
lui" = de Jésus, interprété par le Pa. Les discours de Evjo, bien qu'enracinés
dans la tradi joh. des discours de Jésus, ne sont pas une citation
littérale. La parole "Dieu est lumière et il n'y a pas en lui de
ténèbres" n'est pas non plus une citation littérale du Jésus hist. ou du
Jésus joh. Il y a "reworking" de la tradi de Jésus par le Pa, et
nous le trouvons dans Evjo. Mais le reworking ne s'est pas arrêté à l'Evjo,
et la tradi "venant du Christ" que nous trouvons en1Jo peut
représenter un reworking similaire (inspiré par le Pa) de paroles de Jésus
semblables à celle de Evjo sur "lumière et ténèbres" (3,19 ; 8,12;
12,35; 12,46).
Plus
précisément (à partir de la continuité 1 Jo Prol. – 1 Jo 1,5 et de la relation
Prol. 1 Jo – Prol.Evjo) la source de 1 Jo lumière/ténèbres est probablement
Evjo 1,4.5.9. Pour l'A. de 1 Jo le Prol. de Evjo était une hymne à partir
de l'enseignement du Jésus joh., et en s'appuyant sur cette hymne, il pouvait
dire :"nous avons entendu de lui".
En
1 Jo
Ici
il poursuit les affirmations de Prol. Evjo sur Jésus venu de Dieu comme
lumière, et reformule ainsi : "Dieu est lumière".(Modèle partiel :
"Dieu est esprit" (Jn 4,24).
Que
signifie "lumière/ténèbres" en I Jo 1,5de, et comment le sens est-il
affecté par la suggestion 'reformulation de Evjo ?'
Le
symbolisme joh. est renforcé par des parallèles bibliques et intertestamentaires
:
Bibliques
: Dieu est
associé à la lumière (Ps 4,7; Hab 3,4) ; la sagesse de Dieu est un reflet de sa
lumière (Sg 7,26) ; l'action créatrice
de Dieu est formulée "que la lumière soit !"(Gn 1,3 ; Is 45,7) ;
l'action salvifique de Dieu dans le monde est lumière (Is 9,1; 60,1-3) ; Dieu
illumine les âmes (Is 51,4; Ps 36,10; 119,105; Prov 6,23), en particulier Dieu
est lumière d'Israël (Is 10,17) et de l'individu israélite (Ps 27,1; Is
60,19-20).
Intertestamentaires. Test.XII et Qumran :
dualisme lumière/ténèbres : Test.Levi 19,1; 1QS 3,20-21; 1QM 1,1.
Dans
la pensée de Jn, également dualistique, Jésus est venu dans le monde pour
décider les hommes à un choix lumière/ténèbres ; son adversaire est le Prince
dont le Royaume est la nuit.
L'A.
de 1 Jo reprend tout cela ; mais dans son affirmation "Dieu est
lumière" on note une différence avec Evjo. Des 23 emplois de
phôs, "lumière", dans Evjn, 19 concernent Jésus
directement ou indirectement. Il ne suffit pas de dire que Evjo est
christologique et 1 Jo plus théologique dans ses affirmations. Si la première
source de 1 Jo est bien le Prol. de Evjo, la solution du problème peut être
dans Jo 1,4.5.9 où Jésus est une lumière préexistante qui vient en ce monde.
L'A. de l'épitre est convaincu que la lumière de Dieu est connue non seulement
par l'entrée de Jésus dans le monde, mais aussi dans et par la carrière de la
lumière dans le monde. "Dieu est lumière" renvoie, non à sa sainteté-gloire-perfection,
mais à la connaissabilité de Dieu. Les sécessionnistes, continuant EvProl,
pourraient arguer que, parce que la lumière est venue dans le monde, Dieu est
connaissable par ceux qui sont venus à la lumière ; mais pour l'A, "Dieu
est lumière" est un évangile, que les disciples ont expérimenté
durant le ministère. Cette tradi. authentique a été transmise par l'école joh.
("Nous avons entendu de lui et nous vous annonçons"). Ainsi pour l'A
de 1Jo la lumière qui a lui dans la vie de Jésus sur terre continue de briller
dans la vie de ceux qui le suivent. Pour Philon, Dieu est l'archétype de toute
lumière dans l'univers, et descendre du ciel, c'est se mêler de ténèbres ; tandis
que pour l'A, l'évangile signifie que par la vie de Jésus nous sommes parvenus
à connaître dès cette terre que Dieu est lumière sans ténèbres.
Comme
les autres formules "Dieu est ","Dieu est lumière" n'est pas
une définition abstraite de Dieu, mais révèle son identité en termes de
fonction. C'est vrai également de l'autre partie de la formule : "Il
n'a pas en Lui de ténèbres". Quand la lumière divine s'est révélée dans le
ministère de Jésus, il repoussa les ténèbres (de ceux qui vinrent à la lumière)
en pardonnant les péchés, principale manifestation de la lumière. C'est
pourquoi ceux qui ont préféré poursuivre leur vie de péchés se sont détournés
de la lumière, si bien que la seule présence de Jésus constituait leur jugement
(Jn 3,19-21). Ce jugement implique que ceux qui sont venus à la lumière continuent
à préférer la lumière aux ténèbres. Les sécessionnistes peuvent
arguer : pour ceux qui ont rencontré Jésus, il y a pas de jugement (Jn 5,24) !
; mais pour l'A, l'opposition aux ténèbres continue, à cause de la nature de
cette vérité.
Il
y a un réflexe d'Alliance : Lv 11,45 ; cependant dans la pensée joh. ce
n'est pas simplement une adhésion volontaire : elle est basée sur une naissance
comme enfant de Dieu à partir de sa vie (Jn 3,3.5). Dans la pensée joh., si
Dieu est lumière sans ténèbres, et si Jésus en tant que lumière incarnée fait
face aux ténèbres et au péché, les enfants de Dieu doivent vivre de lumière
sans adjonction de ténèbres.
Si le Jésus de Jn dit :"Dieu est esprit", il
conclut "ceux qui l'adorent doivent l'adorer en l'Esprit". De même,
quand il dit "Dieu est amour", il conclut que nous devons nous aimer
les uns les autres (4,8.11). Ainsi, si "Dieu est lumière", nous
devons marcher dans la lumière et non dans les ténèbres, sinon nous avons une
autre idée de Dieu, ce que l'A va montrer. De ce principe il va tirer toute sa
réfutation de ses opposants, et développer lumière/ténèbres en une série de
prétentions chaque fois refusées.
B.
Conséquences éthiques de "Dieu est
lumière"(1,6 – 2,2)
Quand
on arrive en 1,6, on voit que l'attaque principale porte sur le domaine moral, alors qu'on
aurait attendu que l'A attaque en priorité sur le domaine christologique.
A-t-il craint d'attaquer sur ce point plus abstrait ? En tout cas il commence par six conditionnelles, 3 x 2. Le
schéma de chaque paire est : désapprouve/approuve, mais il faut voir la
gradation de paire en paire, et il y a
cohérence entre les 3 "désapprouve", de même qu'entre les 3
"approuve".
1.
Les 3 "désaprouve":
a)
Protases
6ab Si nous disons :"Nous
sommes en communion avec lui", et que nous marchions dans les ténèbres
8a Si nous disons :"Nous
n'avons pas de péché" ( nous sommes libres de la culpabilité du péché)
10a Si nous disons :"Nous
n'avons pas péché"
Les
apodoses sont très semblables, les protases aussi, probablement. Les apodoses
sont d'intensité croissante, donc les protases aussi.
En
Protase 6ab : L'A emploie koinônia,"communion".
Le terme, avec ses connotations eccl., ne vient probablement pas des
sécessionnistes, qui auraient employé einai en, "être en", ,
menein en,"demeurer en" (Jn 14,23; 17,21; I Jo 41,5-16). Par
cette formulation, l'A rappelle que la koinônia avec Dieu implique la koinônia
avec les porteurs de la tradi joh (1,3), ce qui est nié dans la prétention de
v.6a.
Ce
qui tourmente l'A, c'est qu'on ne voie pas que la koinônia avec Dieu requiert
qu'on vive d'une vie qui reflète la lumière. Les sécessionnistes n'étaient pas
des libertins ou des gens scandaleux, mais ils n'attachaient aucune valeur au
comportement moral des croyants. Bien des passages de Evjo pourraient être
évoqués par les sécessionnistes.
Montrons
seulement comment cette position générale peut s'exprimer en termes de "lumière/ténèbres".
Jn 3,19-21 signifie clairement qu'il s'agit de l'orientation de chacun vers
lumière/ténèbres ; mais on peut avoir
l'impression que, ayant choisi pour la lumière, les ténèbres ne font plus
problème. Impression renforcée par les textes qui disent qu'une partie de
l'humanité n'a jamais accepté Jésus : Jn 1,5; 12,34-35; 12,38-40.
Pour
le croyant le message est tout à fait différent : 8,12. Sans doute les
sécessionnistes ont-ils regardé ce message comme une promesse les dispensant de
s'inquiéter des ténèbres, alors que l'A y voyait un ordre de ne pas marcher
dans les ténèbres.
Une partie du problème vient de ce que Evjo centre le débat sur les Jfs, sur la venue à la lumière, sur ce qui fait l'enfant
de Dieu, la chair (parents jfs) ou la naissance d'en haut (Jn 3,3-6). Evjo et
Jfs tenaient pour acquis qu'on devait marcher comme fils de Dieu. Mais l'A doit
affirmer contre la propagande des sécessionnistes ce qui allait de soi mais n'était pas exprimé
dans Evjo, d'où 1 Jo 1,1,et son intention avouée de revenir "au
début".
Ce
n'est pas par hasard qu'il insiste sur "marcher dans la lumière" et non dans les ténèbres, et que ce sémitisme reflète la mentalité et
le langage du judaïsme intertestamentaire et/ou de la chrétienté primitive
(Enoch 92,4,5; 58; Test Levi 13,3-4; T Nephtali 2,10).
Protase 8a :La connection
ténèbres/péché apparaît dans l'aveugle-né (Jn 9,41). La prétention de
n'avoir pas la culpabilité du péché pourrait s'autoriser de Evjo où "ne
pas croire"=pécher. Selon l'A il est correct de dire que le chrétien joh
en croyant est rendu libre de la culpabilité du péché, mais il est faux de
croire que cette condition demeure automatiquement quelle que soit la conduite.
Cette
conception automatique a existé, cf. Tryphon 141,2, Adv.haer.1.6.2.
La
dispute n'est pas avant tout morale, mais théologique : Pour l'A le péché vient
des ténèbres, et tout essai de concilier lumière et péché est une forme de
mensonge.
Protase 10a : La prétention
pourrait s'appuyer sur Evjo où chaque fils de Dieu reprendrait ce que dit Jésus
(8,46).
Ainsi
les 3 protases exagèrent le même principe perfectionniste : en devenant des
disciples nous recevons d'énormes privilèges. La prétention 1 (koinônia) montre
une insensibilité touchant le droit et le
mal, la prétention 2 reconnaît que les
œuvres sont mauvaises, mais imaginent qu'elles n'ont pas d'effet, la prétention
3 dénie la possibilité de faire le mal.
b) apodoses composées
Les trois apodoses sont
formulées en termes de mensonge et vérité.
Le passage de
"lumière/ténèbres" à "vérité/fausseté" n'est pas
surprenant, pour plusieurs raisons :
1)
Le
même mélange dualiste se retrouve dans la litt. intertestamentaire : Test.Asher
5,3; 1 QS 3,17-21; Philon (Sur Joseph 14,58), Mandean Liturgy, Oxford Collection
28.
2)
"lumière/ténèbres"
et "vérité/mensonge" sont à peu près interchangeables dans Evjo
(8,12; 14,6; 8,44;13,27.30, comparer 1 Jo 1,7a et 2 Jo 4.
3)
l'idée
joh. de révélation fait du "marcher dans les ténèbres" une vraie
trahison de la vérité. Ce n'est pas simplement une communication intellectuelle
: dans l'acte de révélation Jésus apporte une réalité divine, une vie et une
présence de Dieu qui change radicalement le croyant, de la chair à l'esprit. Sa
communication de l'Esprit Saint, comme en Gn 2,7, crée un nouvel être humain
(Jn 20,22). Être enfant de la lumière et continuer à marcher dans les ténèbres
est un véritable mensonge, parce que le comportement ne suit pas la réalité
(alèthéia= à la fois vérité et réalité).
L'A, à sa manière, travaille
aussi à partir d'un principe de perfectionnisme. Du statut exalté du chrétien
les sécessionnistes déduisent une indifférence à ce que font les chrétiens, l'A
souligne au contraire l'importance de ce que vivent les chrétiens.
Sa vue est dynamique. En chaque apodose
la 1re phrase concerne le mensonge, la seconde concerne le manque de
vérité. L'attitude dynamique apparaît en ceci que la première dérive de la
seconde : la vérité de Dieu, comme la vie de Dieu, est une réalité qui inhère
en nous et doit être active (8, 31,32). Ainsi compris, le mensonge est plus que
dire une non vérité, mais indique ce qu'est un chacun : un fils des ténèbres,
quelqu'un dont le père est le diable, un menteur. (Mensonge, tromperie
apparaissent comme forces opposées à Dieu dans le judaïsme dualistique de la
période intertestamentaire.)
Il y a une progression vers
le pire dans les phrases qui ont trait au mensonge, mais pas dans les phrases
qui ont trait à la vérité. La vérité fournit la base du mensonge, et la base
demeure la même.
6cd nous
mentons et nous ne faisons pas la vérité
8bc nous
nous trompons nous-mêmes et la vérité n'est pas en nous
10bc nous faisons de Lui un menteur et
sa parole n'est pas en nous
En résumé : prétendre être en communion avec la lumière alors
qu'on marche dans les ténèbres (1,6ab) et ainsi dire que l'action de chacun ne
fait pas de difce essentielle, montre qu'on est un menteur
(1,6c), car si on marche dans les ténèbres, on est forcé de vivre dans les
ténèbres. Reconnaître que les actions de qqun sont mauvaises, mais dire que
l'action mauvaise ne crée pas de culpabilité chez l'enfant de Dieu (18a), est pire
que d'être un menteur ; c'est choisir de se tromper soi-même (1,8b)
et être volontairement du côté de l'Esprit de mensonge. Pire encore de
prétendre que ses actions ne sont pas réellement mauvaises (1,10a); c'est faire
de la lumière les ténèbres, de la vérité le mensonge, de Dieu le diable qui est
menteur (1,10b).
2.
les 3 "approuve"
L'A veut aussi,
positivement, communiquer sa pensée. D'où les 3 "approuve".
a) Protases
7ab Mais si nous marchons dans la
lumière comme Lui-même est dans la lumière
9a Mais si nous confessons
notre péché
2,1b Mais si quelqu'un vient à pécher
En
soi les 3 forment un contraste intéressant : 1 insiste sur la lumière ; 2 et 3
sur ce qui advient quand on a péché. Mais il faut les mettre en opposition avec
les premières protases (niées), 1,6ab est opposé à 1,7ab, etc. Mais
"opposer" n'est pas assez précis, car en réponse à 8a, l'A ne dit pas
seulement :"Nous ne sommes pas libres de la culpabilité du péché", il
propose une confession publique du péché.
b)
Apodoses composées
7c nous sommes en communion
les uns avec les autres
7de et le sang de Jésus, son
Fils, nous purifie de tout péché
9bc Il est fidèle et juste : Il
nous remettra les péchés
9d et nous purifiera de toute
iniquité
2,1cd nous avons auprès du Père un
Paraclet, Jésus Christ, le Juste
2,2abc Et il est lui-même victime de
propitiation pour nos péchés,
non seulement pour les
nôtres, mais encore pour ceux du monde entier
Dans
ces apodoses passe la théol. de l'A. Il y a moins de régularité dans la 1re
phrase (chaque fois), mais la seconde parle toujours d'un remède au péché. Dans
les 3 "désapprouve", l'apodose
soulignait que le don de Dieu était dynamique et ne pouvait produire
aucune tromperie. Maintenant, ayant montré qu'il désapprouvait toute
indifférence au péché, l'A admet que parfois le comportement du chrétien n'est
pas digne de la lumière. Les sécessionnistes répondaient que le comportement
n'avait pas d'importance, ou n'entraînait aucune culpabilité : on n'était pas
vraiment pécheur. Selon l'A, au contraire, le chrétien doit reconnaître et
confesser que son mauvais comportement est ténèbres et péché, qui ne peuvent
venir de la vie/lumière/vérité de Dieu habitant en eux. Cette reconce ne les prive
pas de la vie/lumière/vérité, parce que le don divin est dynamique : non
seulement il rend le chrétien capable de marcher dans la lumière/vérité, mais
apporte pardon et purification quand le croyant pèche. Le véritable évangile
n'est pas que l'initié au christianisme ne peut plus pécher, mais qu'il peut
être pardonné. Les péchés ne détruisent pas l'existence chrétienne, non parce
que les péchés sont sans portée, mais parce que Dieu est fiable et juste : Dieu
de l'Alliance, il cherche le salut.
À
partir de ce que nous savons de la pratique pénitentielle du christianisme
primitif, l'attitude de Joh est libérale envers le péché. Dans Hb
10,26-27 nous avons une attitude plus stricte. De même en Hermas (Man.4.3.6)
et dans les 1ers siècles la discipline
de l'Église était de ne pas pardonner l'adultère et l'apostasie ; mais 1 Jo
envisage le pardon pour "tous les péchés", même pour ceux du monde
entier. Curieusement l'A est à la fois rigoureux et tolérant : il ne tolère pas
le péché sauf le mal qui peut être pardonné.
Dans sa théol. du pardon entrent trois facteurs qui sont une attaque
implicite contre les sécessionnistes.
1)
La koinônia,
"communion", est mise en relation avec le pardon (1,7cde et
implicit.1,9a). La nouvelle vie donnée par Dieu fait du croyant un enfant de
Dieu parmi d'autres ; pas de vie chrétienne sans koinônia (que les
sécessionnistes ont lâchée). L'A pouvait s'autoriser du lavement des pieds (Jn
13,8.10.14). Ainsi la koinônia est un contexte pour être pardonné par le
Christ.
2) On est pardonné par le sang du Christ
(1,7de; 2,2), alors que pour les sécessionnistes le salut était accompli par la
seule venue de la lumière dans le monde. En 2,2 il y a une référence au rituel
Ancien Testament de l'expiation. Nous ne savons pas comment les sécessionnistes
interprétaient Jn 1,29 (Agneau de Dieu), mais l'A combine 1,29 avec le
symbolisme sacrificiel de
4)
La
référence à Jésus-Paraclet
(2,1c) peut être une attaque contre les sécessionnistes, mais c'est moins
clair. Les sécessionnistes en appelaient à l'autorité du Pa (1 Jo 4,1-6) et
probablement invoquaient l'Esprit comme Pa, si présent en Jn 14-16, car
le Pa-enseignant leur permettait d'ignorer les tenants de la tradi (comme l'A).
Si l'A connaît cette tradi sur l'Esprit-Pa (car lui aussi est lié à la tradi
Evjo), jamais il ne la mentionne ni ne donne à l'Esprit le titre de Pa (il est
vrai que ce silence peut être accidentel). Bien plutôt il réinterprète Jn 14,16
(Jésus comme 1er Pa) pour montrer qu'il demeure Pa en présence de
son Père : son sacrifice continue à purifier les enfants de lumière. Il se peut
que l'A veuille faire pièce aux sécessionnistes (Esprit-Pa), qui dénient
l'importance de la mort de Jésus, qui n'est pas "venu par le sang" (I
Jo5,6).
3)
En résumé :
1,6
: l'A craint une contamination par l'interprétation des sécessionnistes du
perfectionnisme joh. Pour les sécessionnistes, le fait que le croyant jouit de
la présence de Dieu rend sans importance pour le salut toute action
subséquente, même mauvaise. Ceux qui tiennent cette position appartiennent,
selon l'A, aux forces sataniques.
1,7
: l'action suit l'être ; si on est de la vérité, on ne peut mentir, si on est
en communion avec Dieu qui est lumière, on marche dans la lumière. Marcher dans
la lumière est un aspect de l'appartenance à la communauté des fils de Dieu.
Les œuvres mauvaises sont des péchés. Cependant, à l'intérieur de cette
communauté des fils de Dieu, le pouvoir de purifier, qui vient de la mort de
Jésus, est effectif.
1,8
: Ceux qui sont influencés par la propagande des sécessionnistes peuvent
objecter qu'il n'y a pas de culpabilité de péché pour le croyant, puisque pour
Jésus, "pécher"="ne pas croire". Pour l'A cette approche
reflète l'Antichrist, le grand menteur (II Jo 7). Il est vrai que, durant son
ministère qui était krisis, "jugement, discernement" entre
croyants et non croyants, les non croyants étaient coupables, pour avoir
préféré les ténèbres. Mais maintenant si des croyants marchent dans les
ténèbres, ne les préfèrent-ils pas à la lumière ?
1,9
: La réponse au mal-faire des croyants n'est pas de refuser toute culpabilité,
mais de confesser le péché, avec la communauté joh. des enfants de Dieu, car
Dieu qui les a engendrés est fidèle et juste ; il est bon et il pardonne.
1,10
: Ceux qui sont influencés par les sécessionnistes peuvent arguer encore plus
radicalement que pour le croyant il n'y a pas de péché. Jésus n'a-t-il pas dit
Jn 3,18; 5,24 ? L'enfant de Dieu ne
peut-il pas dire avec le Fils de Dieu 8,46 ? Pour l'A c'est une perversion plus
sérieuse encore, car cela fait de Dieu un
menteur, lui qui, par Jésus, a donné aux adhérents le pouvoir de pardonner
(20,23).
2,1a
: Par mode de parenthèse, l'A affirme que, s'il insiste sur la réalité du
péché, il n'encourage pas à pécher.
2,1b-2 : Il veut simplement tenir
compte du péché des croyants et dire que l'Agneau de Dieu continue dans le ciel
à ôter les péchés. Il est leur Pa en présence du Père contre Satan qui réclame
les pécheurs comme siens. Jésus demeure un sacrifice expiatoire pour les péchés reconnus des croyants, et
même pour le monde entier.
C. Les
matériaux de 1,5 – 2,2
Rituel d'admission à la
communauté de Qumran
1 QS 1,18-25;
3,3-4.11-12.17-22. Pléiade pp.11-17.
Thèmes communs : dualisme
lumière/ténèbres, vérité/perversion, marcher dans la lumière et non dans les
ténèbres, un prince de la lumière qui rend les fils de la justice capables de
marcher dans la lumière ; la relation des ténèbres à la lumière ; les ténèbres
et le mensonge ; la purification des péchés ; l'expiation ; koinônia. La
théologie de Qumran, c'est que les membres agissent selon un principe de
lumière-vérité, contre ténèbres-iniquité-mensonge, et que ceux qui marchent
dans la lumière trouvent pardon/expiation/purification, et place dans la
communauté de l'Alliance.
Pour avoir l'équivalent
Nouveau Testament, il faut amalgamer plusieurs textes :
Act 26,18
Eph 5,6-11
Hb 10,19-23
1 P 1,16 (cf. Lv 11,44-45); 1,18-19; 1,23.
Premiers siècles chrétiens :
Didachè 7 ; mais avant : 1-5 et
6,1 ; 4,14
Barnabé 18; 19,12
Non pas que l'A donne en
tout ou en partie une homélie "conversion/initiation/baptême"
mais les associations avec les pensées juive et chrétienne ne sont pas
fortuites. L'A commence par "marcher dans la lumière" parce que les
chrétiens joh. ont entendu parler des voies de lumière/ténèbres et péché/pardon
depuis le commencement de la proclamation. Ces idées faisaient partie de la
parénèse joh. Inévitablement elles ont passé en partie dans la théologie des
sécessionnistes, mais c'est l'A qui les articule dans la séquence 1,5 – 2,2, et
il fait délibérément écho à des thèmes que ses convertis connaissaient bien; Il
a adopté le style des conditionnelles (un peu comme les codes juifs
casuistiques) et les antithèses (un peu comme les deux voies).
Il voulait montrer que son interprétation de Jo était
tradi, et que les novateurs étaient les sécessionnistes. La réécriture du
Prol.EvJo, avec laquelle l'A commence, peut refléter le même arrière-fond "conversion/initiation
/baptême" s'il est vrai que Prol.EvJo était l'hymne joh. primitive
(peut-être à l'entrée dans la communauté joh.
(suite à la page suivante)
§3 1 Jn 2,3-11 Trois prétentions d'aimer Dieu,
à tester par la conduite.
3a Et à ceci nous savons que
nous L'avons connu :
3b si nous gardons ses
commandements.
4a Celui qui dit : "Je
L'ai connu",
4b sans garder ses
commandements,
4c est un menteur,
4d et la vérité n'est pas en
lui.
5a Mais celui qui garde sa
parole,
5b en celui-là l'amour de Dieu
est vraiment dans sa perfection.
5c À cela nous connaissons que
nous sommes en Lui.
6a Celui qui dit demeurer en
Lui
6b doit marcher, lui aussi,
6c comme Celui-là a marché.
7a Bien-aimés, ce n'est pas un
commandement nouveau que je vous écris,
7b mais un commandement ancien
que vous aviez dès le commencement ;
7c le commandement ancien,
c'est la parole que vous avez entendue.
8a D'autre part, c'est un
commandement nouveau que je vous écris
8b - ce qui est vrai pour vous
comme pour lui -
8c parce que les ténèbres s'en
vont
8d et que la lumière, la
véritable, brille déjà.
9a Celui qui dit être dans la
lumière
9b tout en ayant de la haine
pour son frère
9c est dans les ténèbres encore
à présent.
10a Celui qui aime son frère
demeure dans la lumière,
10b et il n'y a en lui aucune
occasion de chute.
11a Mais celui qui a de la haine
pour son frère est dans les ténèbres
11b et marche dans les ténèbres ;
11c et il ne sait où il va,
11d parce que les ténèbres ont
aveuglé ses yeux.
Substructure :
3 : Thème général : nous pouvons être sûrs d'aimer
Dieu en gardant ses commandements.
4-5 : La première prétention reprend au v.3 le thème
"aimer Dieu".
4
: les opposants prétendent aimer Dieu sans garder ses cdts : ce sont des
menteurs.
5ab
: antithèse: quiconque garde les cdts est parfait dans l'amour de Dieu.
5c
: (reprenant 3): nous pouvons donc être sûrs que nous sommes en Dieu.
6-8 : La deuxième prétention reprend à 5c le thème
"être en Dieu".
6
: les opposants prétendent demeurer en Dieu : il leur faudrait marcher comme le
Christ.
7-8
nouveau
ou ancien ? Le cdt n'est pas nouveau dans le sens d'une nouvelle ; depuis le
début il a fait partie du cdt d'aimer comme le Christ a aimé ; Il est nouveau
en ce sens qu'il doit être vécu en cette dernière heure où les ténèbres s'en
vont et où la lumière luit.
9-11 : La troisième prétention reprend au v. 8c le
thème "lumière".
9: les opposants prétendent
être dans la lumière alors qu'ils haïssent leurs frères ; ils sont encore dans les ténèbres.
10-11 : paire d'antithèses :
celui qui aime son frère demeure dans la lumière ; celui qui hait son frère est
dans les ténèbres qui l'aveuglent.
Continuation des fausses
prétentions des sécessionnistes, commencées en 1,5 – 2,2, mais non plus sous la
forme de trois conditionnelles (éan eipômen, "si nous disons"),
mais sous la forme de trois participes. La
phrase introductive 2,3 reprend un peu 1,5, qui cependant était plus large.
Le "nous" continue
dans ce v.3 comme dans le § précédent, mais ici il est plus signifiant, car il
ne reparaît qu'en 2,5c.
A.
Connaître Dieu en gardant ses
commandements (2,3)
Connaître Dieu : l'idéal
religieux de l'antiquité.
Platon : avec toute la
période classique, grande confiance dans la raison ; elle peut connaître les
réalités éternelles dans le ciel.
Période hellénistique : on
perd un peu confiance dans la raison. Connaître Dieu est l'affaire, non plus de
la philosophie, mais des religions à mystères, avec leurs révélations
spéciales.
Ancien Testament : Jer
9,23(24); et aux derniers jours : Hab 2,14.
1QS 11,2.3.
Mt 11,27; Lc 10,22, hic et
nunc.
Paul distingue : 1 Cor
13,12.
Jo 17,3 identifie la vie
éternelle (donnée aux croyants par Jésus) avec "connaître le Père et le
Fils".
Philon : (Sur le Décalogue
16,81) considère comme le but suprême "d'avoir la connaissance de Lui qui
est vrai".
Midrash Sfiré sur Dt 11,22
:"Etudie la haggada ; alors tu connaîtras Dieu et seras attaché à sa
voie".
Corpus hermeticum
(mysticisme grec oriental) 10,9 : "Celui qui a atteint la gnôsis
(connaissance) …est déjà divin".
Pourquoi l'auteur de
Comme le Prologue de la 1a
suit le Prol.Jn, le thème lumière/ténèbres de §2 venait probt du
Prol.Jn. Dans ce Prol.Jn, après "la lumière venant dans le
monde"(1,8), nous lisons " le monde ne l'a pas connue"
(1,9), puis aussitôt ceux qui l'acceptent et deviennent enfants de Dieu
(1,12-13) (donc qui le connaissent !). Ici dans la 1a, après lumière/ténèbres,
on passe à "connaissance".
La théologie sécessionniste
se méprenait sur la théologie joh; de Dieu "lumière"; elle se méprend
aussi sur la tradi. "connaissance de Dieu".
Contre cette méconnaissance,
l'auteur affirme qu'on ne peut connaître Dieu sans garder ses cdts. Sa logique
s'enracine d'une part dans la section §2 où on a "Dieu est lumière/pas de
ténèbres en lui/les croyants ne peuvent marcher dans les ténèbres ou le péché"
(ne pas être dans le péché signifie non pas qu'on nie le péché, mais qu'on en
demande pardon).
De cette séquence on
pourrait garder l'impression qu'on déduit : connaissance de
Dieu>comportement de l'homme, mais l'inverse est aussi vrai : par le
comportement on obtient une connaissance de Dieu, si ce comportement est
gouverné par les cdts de Dieu.
Garder les cdts est plus
qu'une manière extérieure de vérifier ce qu'on prétend : connaître Dieu ; c'est
plutôt un critère qui est en relation essentielle avec la connaissance de Dieu
revendiquée. Dans la pensée semitique connaître est plus qu'intellectuel, car
il implique une expérience de toute la personne (d'où le sens sexuel).
Connaître Dieu = partager sa vie (cf. le // entre 2,4a et 2,6a). Partager sa
vie = vivre conformément à sa volonté ; donc garder ses cdts permet de le connaître
intimement. Même séquence action-connaissance en 4,7 et Apoc 3,8-12.
La connection "manière
de vivre/connaissance de Dieu" reflète la pensée de la nouvelle alliance
dans la pensée johannique.
Dieu Se fait connaître
lorsqu'il délivre son peuple (Ex 7,5.17) et sa présence au Tabernacle doit
permettre au peuple de le connaître (Ex 25,45-46).
Chez les prophètes : le fait
que Dieu délivre des ennemis permet de le connaître (Ez 25,5.11.17).
À l'inverse, quand Dieu
punit, il donne un moyen de connaître sa seigneurie (Ez 6,7.10.13).
Os 4,1 –2 associe "ne pas suivre les 10 cdts" et
"ne pas connaître Dieu . Cf.Jb 36,10-12.
Les fils d'Eli qui rompent
le cdt sont "ceux qui ne connaissent pas le Seigneur" (1Sm 2,12; Is
1,3-4).
Pour corriger cette
situation, nouvelle alliance=nouvelle connaissance de Dieu Jer 31,3-34 ;
le cœur nouveau permettra de
mieux obéir : Ez 36,26-27.
Dans le même sens 1 QS 4,2-;
5,20-22; 1QH 4,5;5,11.
C'est précisément ce
principe interne de connaissance qui rend compte de l'attitude 1a envers les
cdts : ceux
qui observent les cdts agissent selon le nouveau Esprit qui leur a été donné,
selon le cœur nouveau que Dieu leur a donné en faisant d'eux ses fils. Leur
cœur nouveau et leur vie selon les cdts
permettent aux enfants d'agir connaturellement avec leur Père.
Ia et Evjo utilisent
interchangeablement commandement et cdt(s).
Sur une toile de fond juive,
cdts renvoie aux 10 cdts du Père.
Ceci est vrai de
l'insistance des synoptiques sur le pluriel: Mc 10,19// ; Lc 1,6.
Ce sens n'est pas exclu dans
Evjo, mais le corpus des cdts est vu sous l'aspect du cdt de l'amour
comme Jésus l'a vécu; ainsi on ne trouve pas de détails dans Evjo.
Mais 1a ne se sent pas libre
d'introduire un vocabulaire entièrement nouveau; Il ne cherche pas à éviter
l'équation cdts= le cdt de l'amour ; mais en parlant deux fois plus des cdts
et en les référant toujours à Dieu et non pas à Jésus, il insiste
implicitement sur les 10 cdts.
Quand il revient à Jésus
(cf.v.6), il insiste sur son obéissance au ou aux cdts. Non seulement il
appelle les chrétiens à l'obéissance aux cdts de Dieu, mais insiste sur l'intériorisation
des cdts, en sorte que l'action suit ce qu'il est réellement.
B. La première prétention et son
antithèse (2,3-4)
L'auteur n'est pas confronté seulement à des
pécheurs qui ne gardent pas les commandements, mais à des soi-disant saints qui
ne lient pas connaissance de Dieu/obéissance aux commandements. Cette connaissance
qu'ils revendiquent n'est pas forcément la gnôsis des gnostiques, puisque
l'auteur la revendique aussi, positive, en 2,3a. C'est la connaissance qu'il a
en commun avec eux comme héritage de Evjo. Non pas une conce
spéciale à coup de révélations, de mythes, ou de "mystique", mais une
indifférence sur les conséquences morales ; les sécessionnistes mentent, non parce
qu'ils dissimulent la vérité, mais parce qu'ils entretiennent la contradiction
entre le principe revendiqué (vie divine, intimité, conce) et la
manifestation de ce principe (obéissance aux commandements).
Comparer 1,6 et 2,4 : l'auteur répète l'objection
des sécessionnistes.
2,5 : on aurait attendu, après le "mensonge",
"en celui qui garde les
commandements la vérité de Dieu trouve sa perfection, mais c'est l'amour.
D'une part cela nous remémore l'interchangeabilité
des termes joh amour et vérité;
D'autre part le commandement de l'amour est le
commandement de Jésus par excellence. Origint c'est un amour qui
vient de Dieu et se concrétise dans l'envoi du Fils unique (I Jo 4,7-10), un
amour non motivé qui crée la valeur chez celui qui devient enfant de Dieu.
Garder les commandements, surtout celui de l'amour du frère, entraîne la
perfection de l'amour que Dieu a, car cela signifie que l'amour que Dieu a pour
nous est étendu aux autres et permet de les recréer comme enfants de Dieu. La
perfection entraîne donc que Dieu est aimé en réponse à son amour pour nous, et
il y a réciprocité de l'amour "D/Chrétien" sur le modèle de la
réciprocité d'amour "D/Jésus". C'était le rêve de l'auteur en 1,3.
L'amour que Dieu montre en créant des enfants de Dieu faisait surgir la
communauté joh et le dynamisme de cet amour se montre lorsque sont gardés les
commandements qui lient le chrétien à D et aux autres. Dans la théologie joh,
garder les commandements n'est pas un 1er stade d'un amour plus haut qui n'a
pas de commandements, c'est la perfection de l'amour, car les commandements
sont simplement l'expression de la volonté de Dieu et de son être véritable.
C'est pourquoi le résumé de 2,5c est logique
:"À cela nous connaissons que nous sommes en Lui". Nous avons là un
exemple de la théologie joh de l'immanence (chrétien en Dieu/Jésus; Dieu/Jésus
dans le chrétien; Dieu et Jésus en chaque autre) que l'on trouve 35 fois dans
Evjo ou 1a dans les formules einai en, menein en (être dans, demeurer dans).
Puisque les commandements, y compris celui de l'amour, s'originent dans
l'être de Dieu, les garder est être en union avec Dieu.
Sens précis de l'immanence joh : non pas une
mystique réservée à qquns;
L'Ancien Testament pointe en effet dans d'autres
directions.1) Il y a une habitation cultuelle de Y dans son peuple, cf. II Ch
6,18, et le nom de la nouvelle Jérusalem (Ez 48,35). Za 2,14-15(10-11) : Y le
promet pour les derniers jours; cf., pour la période intertestamentaire, Jub
1,17-26. 2)Au delà du cultuel,
Beaucoup de cette mentalité survit dans la relation
d'alliance, tant Ancienne que Nouvelle (renouvelée); Certes la présence
cultuelle de Dieu était un corollaire fondamental du choix d'Israël comme
peuple de Dieu. La question d'Israël dans le désert était celle d'Ex 17,7(LXX);
et quand Israël violait l'alliance, il pouvait se demander Dt 31,16-17. Les
passages sapientiaux cités plus haut sont une réflexion sur le thème "
C. La deuxième prétention et le nouveau
commandement (2,6-8)
Marcher
comme lui a marché. Le thème de l'immanence est repris à v.5a c m le
thème connaissance était repris à 2,3. Cette prétention 2 est condamnable :
-
parce que les prétentions 1 (connaître Dieu sans suivre
les commandements) et 3 (être dans la lumière, tout en haïssant), sont
condamnables ;
-
parce que l'homme "doit", ce qui amène le
thème du commandement.
Ce
qui est condamnable, ce n'est pas la possibilité de demeurer en Dieu, héritage
joh que 1Jo partage avec les opposants, mais le divorce avec la manière
de vivre. Marcher comme lui a marché : la lutte contre les sécessionnistes
s'enracine dans une lutte christologique : les sécessionnistes attribuent de
l'importance à l'incarnation de Jésus, non à la manière dont Jésus a vécu et
est mort, conséquemment, aucune importance à la manière dont vit le chrétien . 1Jo
, en disant "comme lui", renoue avec Jn 13,34. 15,12.
Pas
neuf : cela
a été dit au DAC et enseigné lors de l'entrée dans la communauté (nous voyons
ici aussi le lien vivant avec :
conversion/initiation/parénèse du baptême). Dans les cercles joh ce
commandement est la "parole" de la nouvelle alliance, comme les
stipulations de l'Ex étaient "les paroles" de Dieu dans l'Ancien
Testament.
Kathôs
: en 1Jo,
renvoie au Christ (comme il a marché, vécu, mort) et à son état présent (comme
il est pur, comme il est). L'accent ne porte pas sur le moral et l'immoral.
Certes cela vient en partie de ce que Evjo ne détaille pas la morale, mais
"comme le Christ" est plus que l'imitation d'un modèle : les
chrétiens ont la même vie éternelle que Jésus avait et a, donc un principe
interne qui doit s'exprimer de la même manière. I Jo considère sa vie (vérité,
connaissance, lumière, amour) non pas comme une possession statique, mais comme
un principe dynamique, là gît la différence avec les sécessionnistes.
Et
pourtant c'est nouveau, d'agir comme le Christ a agi.
Le terme "nouveau" était fixé par la tradi.(13,34). Mais il avait sa
propre tonalité. Pour Jésus le commandement était nouveau, parce que
eschatologique, proclamé à "l'heure" où les êtres humains recevaient
une puissance interne (la propre vie de Dieu) leur permettant d'aimer comme
Dieu aimait. I Jo continue la même idée : c'est alèthès (vrai) pour le
Christ et pour le chrétien. Alèthès implique une correspondance avec la réalité
profonde de chacun : alèthès pour le Christ, parce qu'il y a une continuité :
non seulement Christ est mort dans le passé pour les péchés, mais il poursuit
son intercession en présence du Père (1 Jo 2,1-2). Alèthès dans le chrétien,
parce qu'il y a aussi une continuité : la vie éternelle que le Christ lui a
donnée s'exprime en actes d'amour.
Derrière
tout cela, l'idée de Paraclet. Il y a continuité entre les paroles de
Jésus et le fait que le Paraclet annonce les choses à venir (14,26: 16,13-15).
Le IV Evte est un instrument du Pa quand il rapporte ce que Jésus a dit, mais
le réinterprète; 1 Jo joue le même rôle de Pa par rapport à l'EvJo. Sa
compréhension d'une tradi. "depuis l'origine" n'est pas statique, pas
plus que sa conception de la vie éternelle.
La
réapparition soudaine de "ténèbres/lumière" nous rappelle que 1 Jo
combat les sécessionnistes en interprétant le Prol. de l'EvJo. La relation v.8b
(alèthès, vrai) – 8 cd (alèthinos, véritable) s'éclaire par le Prol. de EvJo :
1,5 – 1,9. Pour Jo l'incarnation a donné un choix au croyant entre lumière et
ténèbres (3,19-21) ; les ténèbres ne peuvent vaincre la lumière ni ceux qui
viennent à la lumière, mais ceux qui ne cheminent pas dans la lumière de Jésus
(12,35). I Jo a raison d'historiciser : les ténèbres sont en train de passer, mais l'historicisation a
commencé avec EvJo, qui laisse place à un développement de la victoire de Jésus.
À "l'Heure" le Prince de ce monde est jeté dehors (12,31), partie du
jugement (16,33), mais l'Esprit de vérité doit venir annoncer cette défaite du
monde (16,8-11) et le croyant doit continuer à se garder du mauvais (17,14-16).
À propos de cette continuité, EvJo rejoint d'autres textes du NT : Eph 6,12 et
1 Co 2,6.
Il
est vrai cependant que l'historicisation est plus prononcée en IJo. Le salut n'est pas une
ligne définitive de la lumière dans le monde, mais une victoire continue de la
lumière. On peut donc valoriser et la carrière de Jésus et celle des croyants.
Les sécessionnistes se concentraient sur l'incarnation comme irruption de la
lumière (cf.Jo 1,9) et sur le choix de devenir chrétien comme disparition des
ténèbres (cf.Jo 3,21). I Jo insiste sur la continuité : les ténèbres reculent
parce que Jésus continue à pardonner et les croyants à multiplier les œuvres
d'amour ; on doit marcher dans la lumière, choisir chaque jour entre
lumière/ténèbres. Il y a toujours une nouveauté dans le comportement d'un fils
de Dieu.
D. La troisième prétention et le nouveau
commandement (2,9-11)
De
nouveau, le thème de la lumière (2,9a) est emprunté à 2,8 ; et même, le thème
du nouveau commandement (2,7-8) est implicitement celui du commandement de
l'amour que nous avons maintenant. Ce qui est contesté, ce n'est pas l'idée que
l'on puisse être dans la lumière, mais qu'on puisse l'être en même temps que
l'on hait. En celui qui hait le commandement de l'amour n'est pas alèthès (vrai,
2,8b), et pour lui les ténèbres ne sont point passées (2,8c) ; il est encore
dans les ténèbres (2,9c).
Une
comparaison entre les trois prétentions ("je Le connais/je demeure
en Lui/je suis dans la lumière) montre que la troisième aussi est centrée sur
Dieu. Ceci est confirmé par 1,7 : Dieu est lumière. Pas nécessaire de voir ici
un thème gnostique, les "hérétiques" revendiquant une connaissance
surnat., soit par expérience mystique, soit parce que leur nature partagerait
l'essence de la lumière. Tout est justifiable sur la base de la pensée et des
tournures de EvJo. Il est très vrai qu'on ne trouve pas dans EvJo "einai
en, être en" avec lumière ou ténèbres, mais on y trouve l'expression
parall. "ménein en, demeurer en" (Jo 12,46). Donc un chrétien joh
pouvait penser que ceux qui croient en Jésus demeurent dans la lumière.
De
nouveau, ce qui est visé, c'est une déformation d'une prétention en soi
légitime. "Être dans la lumière" n'est pas statique, mais un
dynamisme qui doit se prouver en gardant les commandements, surtout celui de
l'amour, comme lui a aimé. Comme d'habitude, la manière joh de penser n'est pas
celle à laquelle nous songerions spont.: non pas qu'aimer nous garde dans la
lumière, mais être dans la lumière que donne le Christ nous rend capables
d'aimer, car aimer n'est jamais une action purement humaine. Le v. 2,9b ne dit
pas .."sans aimer son frère", mais "tout en haïssant son
frère". Il n'y a pas de place pour l'indifférence ou la neutralité
("sans"), l'antithèse implique toujours malice, haine, aveuglement.
C'est pourquoi le manque d'aimer a le pouvoir de "nullifier" les
prétentions spirituelles (cf. 1 Cor.13,2).
En
En
2,9-11, garder les commandements ou la parole de Dieu englobe l'amour du
prochain.
Ainsi
la pensée joh joint amour de Dieu et amour du prochain, même si EvJo n'a pas le
double commandement qu'on trouve chez les synoptiques, Pl et le judaïsme
intertest. Certains ne veulent pas qu'il y ait amour pour Dieu dans l'agapé, et
parlent, pour éviter cela, d'aimer Dieu dans les frères. Ce qui
n'est pas NT. En Jo en particulier il est clair que l'amour pour Dieu est
illusoire s'il ne se reflète pas dans l'amour du frère, mais les deux ne sont
pas confondus. S'il y a ambiguïté, c'est dans l'expression "amour de
Dieu", qui primitivement est l'amour venant de Dieu et prouvé dans le
Christ , un amour que le croyant doit étendre aux frères et aux sœurs qui sont
aussi enfants de Dieu. Souvent, cependant, l'auteur pense à l'amour mutuel
entre Dieu et ses enfants : en vivant cet amour, le chrétien n'a pas à chercher
Dieu dans ses frères, car, enfant de Dieu, il a Sa présence en lui-même.
"Pas
de vérité en lui" (2,4d) (1)
"Est
encore dans les ténèbres" (3)
Donc
ténèbre/fausseté (haine) et lumière/vérité (amour) sont interchangeables.
Une
mauvaise prétention, c'est être dans la fausseté/ténèbres plutôt que dans la
vérité/lumière.
Être
dans les ténèbres avant que la lumière vienne dans le monde, c'est déjà terrible (Jo
3,19) ; mais l'être "héôs arti, encore à présent" que la vraie
lumière luit déjà et que les ténèbres s'en vont, c'est tragique. De nouveau 1
Jo historicise : en EvJo, "héôs arti" désigne le moment
eschatologique du ministère de Jésus (2,10; 5,17; 16,24), 1 Jo voit dans le
"héôs arti" l'action continue de Jésus sauveur et du chrétien : la
brillance de la lumière n'est pas simplement l'incarnation. Pour EvJo, ceux qui
n'ont jamais cru sont encore dans les ténèbres "héôs arti"; pour 1 Jo,
ceux qui prétendent aimer et ont fait sécession (haï) sont dans les ténèbres
"héôs arti".
Antithèse
double en 2,10-11, pour souligner :
positif
: "Celui qui aime son frère demeure dans
la lumière"(2,10) : le thème "demeurer dans la lumière" est
repris aux sécessionnistes (v.9a), et peut être vérifié par l'amour.
négatif
: "Celui
qui a de la haine pour son frère est dans les ténèbres" : ce qui est faux
chez les sécessionnistes (haine) (v.9b) est repris, pour montrer les effets
désastreux.
Les
éléments nouveaux en 2,10-11 : - l'occasion de chute (10b); - l'aveuglement
(v.11cd).
Derrière
l'antithèse, il y a peut-être EvJo 11,9-10; 8,12 et 12,35.
Chute
: celui qui a fait sécession s'est coupé lui-même de la koinônia,
"communion", avec Dieu et le Christ (1,3) et s'est plongé dans le
royaume des ténèbres.
Le
choix des ténèbres équivaut à un aveuglement volontaire.
Ce
thème, venu de Is 6,10, repris en Jo 12,39-40 pour les Juifs qui ont résisté à
l'appel de Jésus en 12,34-35. Peut-être à l'imitation de ce thème de EvJo, 1 Jo
conclut, après les six (2x3) prétentions : "les ténèbres ont aveuglé leurs
yeux". Le langage polémique que EvJo tournait contre "les Juifs"
est maintenant tourné contre les faux-frères devenus de dangereux fils des
ténèbres.
Ayant
dit, en 1,5, "Dieu est lumière et il n'y a pas en lui de ténèbres", 1
Jo a montré que les sécessionnistes et ceux qu'ils ont séduit appartiennent aux
ténèbres. Ils ne connaissent donc pas Dieu ni ne demeurent en lui ni ont la
communion avec lui, comme ils l'ont proclamé.
I Jo va
maintenant se tourner vers ceux de Jésus, les fils de lumière qui constituent
sa vraie communauté.
(suite à la page suivante)
§4. 2,12-17 : Exhortations aux croyants :
ayant vaincu le mauvais, ils doivent
résister au monde
12a Je vous écris, petits enfants :
12b (parce que) les péchés vous sont remis à cause de son nom.
13a Je vous écris, pères :
13b (parce que) vous avez connu celui qui est dès le
commencement.
13c Je vous écris, jeunes gens :
13d (parce que) vous avez vaincu le Mauvais.
14ª Je vous ai écrit, petits enfants :
14b (parce que) vous avez connu le Père.
14c Je vous ai écrit, pères:
14d (parce que) vous avez connu celui qui est depuis le
commencement.
14e Je vous ai écrit, jeunes gens :
14g et que la parole de Dieu demeure en vous,
14h et que vous avez vaincu le Mauvais
15a N'aimez point le monde
15b ni ce qui est dans le
monde.
15c Si quelqu'un aime le monde,
15d l'amour du Père n'est pas en lui,
16a parce que tout ce qui est dans le monde
16b - la convoitise de la chair,
16c la convoitise des yeux,
16d l'ostentation de la richesse -
16e ne vient pas du Père,
17a Et le monde passe,
17b ainsi que sa convoitise ;
17c mais celui qui fait la volonté de Dieu
17d demeure à jamais.
Les
v.12-14 et 15-17constituent deux sous-unités, chacune avec un pattern de trois
:
12-14
: 3x3 : a) 12-13 : 3 fois
"je vous écris", avec teknia/pateres/néaniskoi
b) 14a-e : 3 fois
"je vous ai écrit" , avec paidia/pateres/véaniskoi
c) 14fgh : après
le dernier "je vous ai écrit, 3 phrases coordonnées.
15-17
: 2x3 a) chaque verset contient
une antithèse, v.15 :amour du
Père/du monde;
v.16 : appartenir au monde/ au Père;
v.17 : passer/demeurer.
b) 2,16bcd nomme
3 choses qui sont dans le monde.
Voyons
d'abord qu'il y a continuité v.3-11; v. 12-17 ; v.18-27.
A.
Exhortations à tous ceux qui demeurent dans
la lumière
Le
propos exhortatif de l'auteur s'est déjà fait jour en 2,1a.
Après
avoir montré que les sécessionnistes sont dans les ténèbres et ne connaissent pas
Dieu, il exhorte maintenant les fils de lumière.
1. Questions basiques
d'interprétation.
L'exégèse
de 2,12-14 dépend en grande partie de trois questions :
1)
le changement des temps :"je vous écris/je vous
ai écrit", qui renvoient tous deux au présent. Stratagème stylistique pour
souligner que ce n'est pas nouveau (cf.v.7). "Ce que j'ai écrit" :
pas moi, mais l'école joh.
2)
le changement des destinataires. Teknia=enfants=toute
la communauté (v.2a.14a), sur le modèle de l'Ancien Testament, non pas pour
revendiquer une autorité ou un droit de corriger, mais pour se référer à l'enseignement
d'une école et parler avec affection. Pateres (pères) et veaniskoi
(jeunes gens) : se réfèrent à l'ancienneté dans la foi. Du point de vue de
l'école joh, proche du DA et des commencements, tous sont des teknia, mais il y
a des pateres, qui ont connu le Christ et son ministère terrestre. Les néaniskoi
sont peut-être plus vulnérables à la propagande des sécessionnistes. Leur
victoire est venue par la conversion.
3)
il leur écrit que, et non parce que.
"Parce que" serait situer la communauté en pleine assurance, alors
qu'en fait elle est menacée de division sur l'interprétation de l'Évangile par
les sécessionnistes. I Jo rappelle que le côté positif des antithèses de
1,5-2,11 leur est applicable comme fils de lumière. C'est à la fois une
exhortation et un kérygme (annonce) répété ; si l'on est croyant, il faut
adhérer à ce qui est dit v.12-14.
Restent
des questions : Pateres/néaniskoi : ce n'est pas la seule distinction possible
; pourquoi l'auteur l'a-t-il choisie ? Et pourquoi le choix des points qu'il
rappelle ?
2. L'origine des matériaux
des v.12-14.
Viennent
de l'Ancien Testament : l'expression teknia et le groupement par trois.
Certains
pensent aux "Haustafeln" (tables de maison) : mais, bien que le § ne
soit pas sans rapports avec des Haustafeln, les exhortations ne sont pas avant
tout des admonitions morales, et le groupement n'est pas typiquement
domestique.
D'autres
pensent à l'expce "conversion/initiation/bapt" de la
communauté joh. en particulier. Communauté =communauté de la nouvelle alliance.
Les convertis joh. sont venus des ténèbres à la lumière (Jo 3,19-21), d'où le
contraste entre 2,9-11 et 2,12-14. Ils sont devenus enfants de Dieu (Jo
1,12-13; 3,3-7) : d'où "teknia, paidia (enfants)". Pateres et
néaniskoi renvoient à deux moments d'appartenance à la communauté.
Ce
background rend compte des trois destinataires et de ce qui leur est dit.
Teknia : "vos péchés sont
pardonnés"+ "vous avez connu Dieu". Parallèle : Jer 31(38),34 :
tous+2 groupes.
Qumran
: nouvelle connaissance de
Jo
3,3.5.15 : le baptême dans l'eau et l'Esprit permet d'entrer dans le Royaume et
donne la vie éternelle, laquelle consiste dans une vraie connaissance de Dieu
et de son Christ (17,3).
Pardon
également au moment où souffle l'Esprit (Jo 20,22-23).
Les
sécessionnistes ont reçu la même initiation, cf. leur prétention d'être libres
de toute culpabilité et de n'avoir pas péché depuis qu'ils sont devenus
chrétiens (1,8-10) et de connaître Dieu (2,4); 1 Jo rejette la conception que
se font les sécessionnistes du pardon et de la connaissance comme dons
statiques qui dispensent ensuite de toute responsabilité. I Jo leur rappelle
qu'ils doivent demander pardon de leurs fautes subséquentes (1,9; 2,1-2) et
approfondir leur connaissance de Dieu en gardant les commandements (2,3-5),
surtout celui de l'amour fraternel.
Il
faut noter que I Jo parle du pardon des péchés "à cause de son nom".
Confesser le nom de Jésus fait partie de la théologie du baptême.
A
rapporter à la théologie baptismale.
Rapprocher
Act 2,38; 10,43; 22,16. Il est probable que Lc et 1 Jo empruntent au même
vocabulaire.
Voir
ici 1 Jo 2,12b; 3 Jo. EvJo 17,6, et le but (EvJo 20,31//1Jo 5,13).
Dans
la terminologie joh, conversion=croire au nom de Jésus (1,12-13; 3,18).
Pateres : probablement ceux qui sont
chrétiens depuis longtemps : "vous avez connu celui qui est dès le commencement",
avec la répétition (13b, 13c) reflétant peut-être l'interchangeabilité avec
"l'Évangile entendu dès le commencement" 1Jo 3,11.
"Depuis
le commencement" appliqué à Jésus = depuis le début de son autorévélation
aux disciples = le Jésus du ministère.
Appliqué
à la connaissance des disciples = depuis le début de leur vie (éternelle) de
croyants.
Les
sécessionnistes se concentrent sur l'incarnation - préexistence du Prol.
négligeant le "début" marqué par les œuvres de Jésus sur la terre
(EvJo 2,11), valorisé au contraire par les tenants de la tradi. dans l'école
joh.(15,27).
Neaniskoi : probablement membres
récents de la communauté joh."vous avez vaincu le mauvais"(13d, 14h),
avec en plus : "vous êtes forts" et "la parole de Dieu demeure
en vous"(
Les
trois points soulignés s'expliquent par la conversion/initiation et sont
corrélés : la force des jeunes vient de
leur foi, qui leur permet de conquérir le mauvais (1Jo 5,4b).
Nous
lisons en Lc 11,21// ..; le récent croyant a revêtu la force de Jésus, et
vaincu le mauvais.
La
"parole" qui demeure est une référence au commandement reçu dès
l'origine d'aimer le prochain (2,7), dont sûrement les nouveaux convertis
étaient avertis. Ceci est invoqué dans le cadre de la victoire sur le mauvais,
cf. 1Jo 3,10;
Haïr
et tuer le frère sont la marque du mauvais (1Jo 3,12-15).
Ainsi
ce qui est rappelé aux trois versets de 2,12-14 est inculqué à ceux qui entrent
dans la communauté.
Le
fond était bien connu, cf. le "nous savons" de 5,18-20 répète la même
topique : connaître Dieu et son Christ/lutte contre le mauvais (avec 5,16-17
sur le pardon des péchés).
Il
fallait montrer que tout était au début, et que les sécessionnistes érodaient
les fondements de la chrétienté joh.
D'où
les exhortations qui vont suivre, car le Mauvais, bien que vaincu, demeure le
Prince de ce monde.
B. Ne pas aimer le
monde.
La séquence
mauvais/monde a tout son sens dans la théologie joh : EvJo 17,15-16; 1Jo 5,19.
1. L'amour pour le monde
Beaucoup
pensent que les sécessionnistes disaient :"aimez le monde, ce qui prend
sens à partir de II Jo 7 et I Jo 4,5;
Mais
la confusion commence quand ils interprètent cet amour des sécessionnistes en
termes de concupiscence, luxe, vanité (exégèse possible de 16bcd). Ainsi
entendu le agapân (aimer) du v.15a diffère ; notablement de l'agapè,
amour (non motivée) de la tradi.joh. Or, issus de cette tradi., ils ont dû
sur ce point ne pas différer.
Bien plutôt
les sécessionnistes voulaient présenter au monde leur lecture de
l'Évangile. Ils partent de EvJo 3,16.;
1)mais en voulant aimer le
monde ils n'ont pas aimé leurs frères (d'où leur sécession). Cependant Jésus a
dit "aimez-vous", et non pas "aimez le monde". 2) ils n'ont
pas bien interprété l'attitude Dieu/monde. Certes Dieu a aimé le monde jusqu'à
envoyer son Fils, mais le monde a haï ce Fils ; il a préféré les ténèbres,
s'alignant sur le Prince de ce monde. Finalement Jésus a refusé de prier pour
le monde. Ses serviteurs ne sont pas du monde ! I Jo ne nie pas que Dieu offre
toujours salut et pardon (2,2; 4,11), mais précisément pour ceux qui se sont
convertis du monde. Ceux qui demeurent dans le monde sont sous le Mauvais et
n'appartiennent pas à Dieu (5,19). Aimer le monde, c'est aimer les ténèbres (Jo
3,19), sa psuchè (âme, tendance) (EvJo 12,25) ou la gloire (12,43).
Encore
une fois, les sécessionnistes ont tablé sur l'amour pour le monde qui a amené
l'incarnation ; mais pas sur l'impact de ce qui a suivi, les événements du
ministère.
1.
Les trois choses qui sont dans le
monde.
De
même qu'il n'y a pas un concept nouveau d'amour en v. 15-17, il n'y a de
nouveau concept du monde.
Si
on prend les trois choses qui sont dans le monde (16bcd), il faut y voir, non
les tentations du vice, mais une opposition dualistique à Jésus. D'après
certains, le conseil de I Jo :"n'aimez pas le monde" serait la
version joh de Mt 6,24-25. Schnackenburg pense que ce n'est pas le monde des
gens (aimé), mais le monde mat. et ce qui le remplit. A priori cela
pourrait se comprendre dans NT. (Des païens comme Tacite, Juvenal, Suétone, Sénèque, dénoncent la
licence du monde gréco-rom. De même les jud. pieux (Test. Juda 17,1) et Philon
(Post. Caïn 135)). Le NT a de longs catalogues de vices, dont les "œuvres de la
chair" (Gal 5,19-20).
Mais
on peut interpréter "la chair" dans un sens plus biblique ; en Jo
3,5-6, il s'agit de la nature humaine incapable d'atteindre Dieu sans renaître
de l'Esprit. Les "désirs de la chair" = les besoins de la nature, au
niveau de ce qui est en bas, opposés aux désirs de l'Esprit. Le "désir des
yeux" = voir seulement le visible et ne pas voir l'invisible qui est d'en
haut. Bios est la vie physiologique, opposée à zôè, la vie
(éternelle) apportée par le Christ.
L'arrogance
du bios = se contenter de la vie mat. et ne pas tendre à la vie de Dieu
(zôè). Les trois appartiennent à ce qui est en bas.
En
soi ces trois choses étaient dans le monde avant la venue de la lumière,
auto-suffisantes comme le monde, mais incapables de s'élever à Dieu. La venue
de la lumière a offert aux humains de devenir enfants de Dieu. Après l'offre de
Dieu, refusée, la préoccupation vers le bas est devenue hostile : la chair et la
vie naturelle sont devenus des instruments du Prince de ce monde et leur
auto-intérêt court-circuite tout besoin de salut (cf. Jo 15,22-24). Le monde,
la chair et le bios ont toujours été marqués de temporalité et de
corruptibilité, mais la venue de la lumière signe leur fin et leur jugement.
Maintenant le monde "passe", non seulement parce qu'il est
impermanent, mais parce qu'il a haï Jésus et s'est rangé dans le camp de Satan,
de sorte que le vaincre, c'est vaincre le monde (16,33). C'est pourquoi l'amour
des sécessionnistes pour le monde est une méprise sur la christologie.
Dans
toute catéchèse joh sur "conversion/initiation/baptême", l'épisode de
Nicodème a dû jouer un rôle (3,1-21 rapproché de 3,22-26 sur le baptême) :
incapacité de la chair par rapport à la vie éternelle, besoin de tourner les
yeux pour percevoir la lumière venue d'en haut. Ce sont les points que souligne
1 Jo 2,15-17. Dans d'autres mises en garde NT, l'accent porte sur l'existence
païenne (1 P 1,14); fidèle au dualisme joh. I Jo voit le Mauvais à l'œuvre non
dans le paganisme, mais dans un monde privé de l'Esprit.
En
2,14g, il a souligné que la parole de Dieu (son commandement de l'amour) demeure
dans le chrétien . Par implication, celui qui fait la volonté de Dieu et demeure
pour toujours garde la parole (commandement) de Dieu.
Vouloir,
comme Jésus, la volonté de Dieu qui l'a envoyé (EvJo 4,34; 6,38). L'importance
de demeurer pour toujours apparaîtra dans le § suivant, qui ouvre sur la
dernière heure.
§5 :
2,18-27 Mise en garde contre
les sécessionnistes ,
antichrists qui renient le Fils et le Père.
Texte
de I Jo 2,18-27 :
18a Petits enfants, c'est la dernière heure,
18b et comme vous avez appris qu'un Antichrist doit venir
18c ainsi maintenant beaucoup d'antichrists ont paru :
18d d'où nous connaissons que c'est la dernière heure.
19a Ils sont sortis du milieu de nous,
19b mais ils n'étaient pas des nôtres ;
19c car s'ils avaient été des nôtres,
19d ils seraient demeurés avec nous
19e Mais c'était pour qu'il devînt manifeste
20a Pour vous, vous avez une onction qui vous vient du Saint,
20b et tous vous avez la science.
21a Je vous ai écrit non (parce)
21b que vous ne connaissez pas la vérité,
21c mais (parce) que vous la connaissez,
21d et qu'aucun mensonge ne procède de la vérité
22a Quel est-il, le menteur,
22b sinon celui qui nie que Jésus soit le Christ ?
22c Le voilà, l'antichrist :
22d celui qui nie le Père et le Fils.
23a Quiconque nie le Fils
23b n'a pas non plus le Père ;
23c celui qui confesse le Fils
23d a aussi le Père.
24a Pour vous, ce que vous avez entendu dès le début
24b demeure en vous.
24c Si demeure en vous
24d ce que vous avez entendu dès le début,
24e vous aussi, vous demeurerez dans le Fils et dans le Père.
25a Et telle est la promesse
25b que lui-même nous a faite :
25c la vie, la vie éternelle.
26a Je vous ai écrit cela
26b au sujet de ceux qui vous abusent.
27a Pour vous l'onction que vous avez reçue de Lui
27b demeure en vous ;
27c et vous n'avez pas besoin
27d que quelqu'un vous instruise ;
27e mais, parce que son onction vous instruit de tout,
27g selon qu'elle vous a instruits,
27h demeurez en lui.
1 Jo 2,18-27
Découpage :
D'après
les différents destinataires.
Mais
en plus il y a un pattern d'idées commun : "C'est la dernière heure".
Les proph. et Jésus ont parlé en ces termes des derniers jours et des signes
accompagnateurs. Pour 1 Jo, la sécession est un signe :
2,18b-19
: la venue de l'antichrist
2,20-23
: le mensonge et l'antichrist
2,24-26
: ceux qui trompent
2,27
: demeurer dans le Christ. Les lecteurs en sont capables à cause de l'onction (par
l' Esprit Saint) reçue de lui, par laquelle ils peuvent distinguer le mensonge
et les antichrists.
A. Les sécessionnistes, antichrists de la
dernière heure (2,18-19)
Le
§ 2,3-11 se terminait sur l'opposition fils des ténèbres/fils de la lumière.
Le
§ 2,12-27 s'est adressé aux fils de lumière ("enfants") ; maintenant
il se tourne vers les fils des ténèbres et les identifie comme schismatiques.
Déjà EvJo utilisait "ténèbres", "sortir", pour les
opposants à Jésus.
C'est
le langage figuratif de l'apocalyptique juive et chrétienne : un
adversaire attendu pour les derniers jours, connu par les fidèles de 1 Jo comme
l'Antichrist. On ne trouve pas cette attente apoc. dans EvJo (malgré le langage
"Prince de ce monde") mais sa présence dans Apoc. suggère qu'elle
faisait partie de l'héritage joh.
I
Jo, en s'intéressant à ce qui était "dès le commencement", rappelle à
ses lecteurs qu'ils ont entendu le langage de l'eschatologie finale, et il en
use en même temps que du langage joh."ténèbres".
Le
Jésus joh.situe son activité salvifique à la "dernière heure",
qui est aussi un moment de jugement pour ses ennemis et le Prince de ce monde
(Jo 12,23.31-32). En certains passages (16,2), non seulement l'heure est venue
pour lui, mais elle doit venir, partagée par ses disciples. L'auteur de I Jo,
influencé par les expressions apoc; "les derniers jours", "le
dernier temps", parle de "la dernière heure". Elle est là, parce
que l'Antichrist, le grand adversaire, a fait sentir sa présence. Juifs et
chrétiens s'attendaient à une libération de Satan, à la surgie de faux proph.
et de faux messies, à une perte de foi. I Jo voit cela réalisé dans la
sécession d'anciens frères devenus faux proph. et trompant leurs adhérents ( I
Jo 4,1; 2,36; 3,7). En les traitant d'Antichrists, il montre bien que leur
entreprise est liée au Mauvais (5,19). I Jo historicise la lutte apoc.,
amenant l'existence chrétienne (Ja 4,4) à d'autres conclusions.
Ce qui est à retenir, ce n'est
pas tellement l'identification (sans cesse renaissante) de chrétiens opposants
avec l' Antichrist, mais la dénonciation de toute division doctrinale et le mal
de tout schisme.
Les
quelques lignes de 2,19 sont notre principale source concernant le schisme.
Le groupe, "eux", est déjà connu des adhérents de I Jo, qu'il
interprète comme la manifestation de l'antichrist. Ils ont brisé la koinônia,
non seulement avec "moi", mais avec "nous" (1 Jo2,26; 3,7;
2 Jo 10-11). Les lecteurs doivent se sentir trahis, et c'est la faute des
adversaires : ils sont sortis de nous, et donc ont haï leurs frères
(cf.déjà 2,9.11). Rapprocher la description des faux proph. en Dt
13,2-6.13-14). Ce sont des apostats, et l'apostasie est le signe de la dernière
heure. En quittant, les sécessionnistes n'ont pas fait seulement une erreur,
ils ont agi selon leur principe interne de ténèbres (2,19cf). Mais cela a été
révélé : donc triomphe de la lumière de Dieu (Jo 3,16-21). La krisis
(jugement) continue par la proclamation de la vérité concernant Jésus, Fils
de Dieu (I Jo 2,22-23) et force les ténèbres à se démasquer. Nulle part
ailleurs dans NT on n'a une telle description d'un schisme, même en 1 Tim
1,3-7.
B. L'onction
comme assurance contre les mensonges
des sécessionnistes (2,20-23)
Au
delà des reproches concernant les prétentions, il devient clair dans ce § qu'un
probl.christologique est à la base de la sécession, qu'on peut deviner à
partir de la christologie si nette de EvJo. L'indifférence éthique à la manière
dont chacun vit et pèche doit être référée à "que Jésus est le
Christ". Pour 1 Jo, Jésus=le Verbe incarné, dans sa vie et sa mort. Pour
les sécessionnistes, Jésus = le Verbe préexistant comme Christ, le Fils de Dieu
: l'incarnation n'ajoute rien d'essentiel. Ne parvenant pas à bien apprécier la
vie de l'Incarné (en langage joh. : "le chemin où il a marché"), ils
sont incapables d'apprécier l'importance de la manière dont les chrétiens
doivent marcher. L'erreur christologique et l'erreur morale vont de pair.
Plus
désastreux : leur méconnaissance de la mort de Jésus en croix ("son sang") les amène à
méconnaître comment ils sont devenus enfants de Dieu, non par l'incarnation
mais par la crucifixion. Ainsi renier Jésus (Verbe incarné) comme Christ ou
comme Fils, c'est nier la paternité de Dieu (2,22c-23).
En
réf. au Verbe préexistant qui est dans le monde (mais sans insistance sur sa
carrière ou sa mort) le Prol de EvJo dit que ceux qui croient en son nom sont
engendrés de Dieu (EvJo 1,10-12). Sur cette toile de fond l'infidélité des
sécessionnistes à la tradi.joh n'était pas évidente. D'où la crainte
exprimée par 1 Jo que les sécessionnistes corrompent des frères (1 Jo 2,26). Ce
qui le rassure, c'est qu'ils ont reçu du Christ l'Esprit Saint quand ils sont
devenus chrétiens (2,20a,27a.e), et le Pa, guide dans la vérité (16,13), leur
donne toute connaissance sur le Christ. I Jo ne nie pas que les adversaires aient
été oints, mais se tait curieusement sur ce point. Ceci est consonant avec leur
prétention de posséder l'Esprit (1 Jo 4,1). Alors l'onction ne protège pas de
l'erreur ! Réponse : derrière 2,20.27 il faut lire la présupposition de 1 Jo
que l'Esprit confirmera les chrétiens dans l'interprétation de l'école joh
parce qu'il a lui-même inspiré cette interprétation. Cf.4,6. Mais il y a plus sur ce sujet en 2 ,24-26.
"Vous
avez toute connaissance" (2,20b). "Vous" opposé aux
sécessionnistes dont il vient de dire :"aucun d'eux n'était des
nôtres", et cette revendication de connaissance contredit leur prétention
de connaître Dieu (2,4). Les sécessionnistes disaient être les seuls à connaître,
les autres étant ignorants ou immatures, ce qui pouvait déstabiliser les
partisans de 1 Jo. Il les rassure 2,21-23.
Dans
l'Ancien Testament, seuls les rois, les proph.et les prêtres recevaient
l'onction et l'Esprit de sagesse. Mais maintenant c'est le temps de la nouvelle
alliance et la promesse de Jer 31,34 est accomplie.
De
nouveau 1 Jo fait appel à leur expérience "conversion/initiation/baptême",
car au baptême ils ont reçu l'onction du SE par Jésus (Act 10,38). Dans la
tradi joh "onction" a pu être comprise comme une consécration sur des
modèles Ancien Testament (cf. EvJo 17,19),
consécration qui faisait d'eux des fils, à l'imitation du Fils que Dieu
avait consacré et envoyé dans le monde, et qui pour cette raison se disait Fils
de Dieu (Jn 10,36).
La connaissance était aussi
à l'imitation de celle de Jésus. Souvent EvJo souligne la connaissance de Jésus
(7,29; 8,14), avec panta (tout) dans le contexte (13,1; 18,4; 19,28) et oida
(je sais) comme ici. Cf.16,30; 8,32. A cause de l'onction1 Jo 2,20.27e,
l'auteur pt dire :"Vous avez tous la connaissance", "elle vous
instruit de tout", "vous connaissez la vérité"(2,21c), autrement
dit les chrétiens ont les privilèges du Fils consacré par l'onction de
l'Esprit.
Le
langage "alliance", s'il remonte au fond commun joh "conversion/initiation/baptême",
séparément ou tous les trois, aide à comprendre l'expression des confessions christologiques
en 2,22-23. Pourquoi 1Jo ne précise-t-il pas le sens :"le Verbe-devenu
chair" est le Christ ? Réponse : il s'en tient aux formules que ses
chrétiens ont reçues lors de leur initiation (20,31) et qui doivent suffire à
les prémunir. C'est particulièrement nécessaire à la "dernière heure"
: les sécessionnistes accomplissent la grande apostasie attendue, les vrais
croyants accomplissent la tradi. qui lent confession par ou de Jésus avec le
dernier jugement (Mt 10,32-33; Apoc 35; Rm 10,9-10).
C. La tradition comme assurance contre la
duperie (2,24-26)
En
2,24 I Jo énonce le critère "depuis le début". Comment ce
critère est-il uni au précédent critère (onction) (2,20.27)? Les deux habitent
le chrétien. Dans EvJo Jésus parle "habiter" en relation avec ses
paroles (8,31; 15,7s) et en relation
avec l'Esprit (14,16-17).
Les
deux, sécessionnistes et I Jo, qui ont reçu le même évangile, parlent à la fois
d'une tradi. qui habite (parole) et de l'Esprit qui habite. Plus tard les
chrétiens différeront sur le fonctionnement de l'Esprit (avec chaque chrétien,
ou avec un magisterium, ou les deux). Mais ici ce n'est pas le problème, car
2,27 n'implique aucun magisterium, et "depuis le début" ne renvoie pas
à un corps d'enseignement fixé absolument. On le voit bien dans EvJo : les
paroles de Jésus reçoivent un sens nouveau et doivent être formulées différemment.
Le Pa joue son rôle pour qu'il n'y ait pas de distorsion. Noter la subtilité de
la parole de Jésus en 16,12-13 : une correcte réinterprétation des paroles de
Jésus ne peut être nouvelle, car Jésus sait tout et le Pa ne peut que conduire
les chrétiens à ce que Jésus a toujours visé.
Donc
les deux critères ("début" et onction) sont en symbiose : l'Esprit
qui habite le chrétien interprète la parole qui habite le chrétien depuis le
début. Dans EvJo Jésus lie sa révélation et l'Esprit à la vie éternelle
(6,35-63),cf. 1 Jo 2,25.
Les
sécessionnistes ne nient pas absolument l'un des critères ou les deux. Eux
aussi revendiquent l'onction (+haut) ; regardons leur position vis à vis de
la tradi.
Ils
se disent progressistes ( 2 Jo 9) donc n'invoquent pas une tradi. inchangeable
ni ne la soulignent contre l'Esprit.
On
a souvent suggéré que c'étaient des enthousiastes, libérés au regard du
"début". On peut plus exactement reconstruire leur théologie de sorte
qu'elle ait une base dans EvJo. Comme 1 Jo, les sécessionnistes reconnaissent à
la fois tradi. et rôle du Pa , mais les équilibrent différemment. Les
sécessionnistes donnaient à l'Esprit un plus grand rôle pour interpréter la
tradi. d'une manière nouvelle. Le "début" n'avait pas d'importance
pour eux, et ils reprochaient certainement à 1 Jo de ne pas prendre suffisamment
au sérieux les paroles de Jésus en 16,12-13 sur ce qu'il aurait voulu dire.
L'auteur de 1 Jo répond en insistant : Esprit, mais aussi la parole
"depuis le début".
C.
Rejeter les enseignants, assurance contre
les sécessionnistes (2,27)
2
Jo 10 exhorte ainsi :"Si quelqu'un vient à vous et n'apporte pas cette
doctrine, ne le recevez pas à la maison et ne le saluez pas".
1
Jo 2,27 : les chrétiens n'ont besoin d'aucun enseignant, et les
sécessionnistes sont de faux proph. (4,1) Les faux proph. sont un signe tradi.
des derniers temps (cf. 2 P 2,1; 2 Tim 4,3; Eph 4,14).
Néanmoins,
1 Jo dépasse l'opposition aux faux proph. en récusant tout enseignement. L'enseignement
est ailleurs présenté comme nécessaire (1 Tim 4,11; 1 Cor 12,28; Eph 4,11; Act
1,1). Mt 23,8 revendique le titre pour Jésus seul. Ici l'auteur se base sur le
Pa (Jo 14,26; 16,13). Derrière cela, il y a la mentalité "dernière heure"
où la guidance divine remplace les intermédiaires humains. Cf. Jer 31,34 et Jo
6,45. La plupart des passages "enseignement" de 1 Jo renvoient à
Jésus. Si le Pa enseigne, c'est parce qu'il reprend le rôle de Jésus.
Il
n'y a pas de groupe d'enseignants dans 1Jo (4,6; 1,1-5). L'école joh se
considérait comme témoin, titre qui ne contredisait pas l'onction par l'Esprit
(Jo 15,26-27). L'absence de magistère dans l'école joh laissait du champ à la
propagande de sécessionnistes, et peut-être certaines communautés joh ont-elles
développé une autorité locale avec pouvoir d'enseigner. Le christianisme
subséquent, avec magistère, a quand même gardé 1 Jo dans ses écritures
canoniques. Aug dira que le maître est intérieur (cf.1 Cor 3,6). Certains renvoient
à un enseignement intérieur par l'Esprit correspondant à l'enseignement
extérieur des maîtres. Var. chez Paulin de Nole : puisque le fidèle a l'Esprit,
il a un guide vers la vérité. D'où la thèse : "quod ubique, quod
semper". Autre interprétation : l'Esprit garantit l'exégèse individuelle.
Les deux interprétations vont au delà de la pensée de 1 Jo, mais reflètent
toutes deux une ligne possible. Retenons que dans sa pensée, l'Église doit
vivre une tension entre enseignants-autorité et Esprit illuminant chaque
chrétien.
(suite à la page suivante)
§6 2,28 – 3,10 : Enfants de Dieu /
enfants du diable
28a Et maintenant, teknia, demeurez
en lui
28b pour que, s'il vient à se manifester,
nous ayons de l'assurance,
28c et non pas la honte de nous trouver
loin de lui à son Avènement.
29a Si vous savez qu'il est juste,
reconnaissez
29b que quiconque pratique la justice est
né de Lui.
1a Voyez quel grand amour
nous a donné le Père,
1b que nous soyons appelés
enfants de Dieu !
1c Et nous le sommes.
1d Voilà pourquoi le monde
ne nous connaît pas :
1e parce qu'il ne l'a pas
connu.
2a Bien-aimés, maintenant
nous sommes enfants de Dieu,
2b et ce que nous serons n'a
pas encore été manifesté.
2c Nous savons que, s'il
vient à se manifester,
2d nous lui serons
semblables,
2e parce que nous le verrons
tel qu'il est.
3a Quiconque
a cette espérance en lui
3b se rend pur comme
Celui-là est pur.
4a Quiconque commet le péché commet
aussi l'iniquité,
4b car le péché est l'iniquité.
5a Et vous savez que Celui-là s'est
manifesté
5b pour enlever les péchés,
5c et qu'il n'y a pas en lui de péché.
6a Quiconque demeure en lui ne pèche pas
;
6b quiconque pèche ne l'a pas vu
6c et ne l'a pas connu.
7a Teknia, que personne ne vous
abuse :
7b celui qui pratique la justice est
juste,
7c comme Celui-là est juste ;
8a celui qui commet le péché est du
diable,
8b parce que le diable pèche dès le
commencement.
8c Pour cela s'est manifesté le Fils de
Dieu :
8d afin de détruire les œuvres du
diable.
9a Quiconque est né de Dieu ne fait pas
de péché,
9b parce que Sa semence demeure en lui,
9c et il ne peut pas pécher,
9d parce qu'il est né de Dieu.
10a À cela les enfants de Dieu et les
enfants du diable se reconnaissent :
10b quiconque ne pratique pas la justice
n'est pas de Dieu,
10c et pas davantage celui qui n'aime pas
son frère.
Deux strophes commençant par
teknia. Le passage 3,1-3 est une interruption-exclamation, à partir de
"né de lui ". En v.9-
A.
La révélation du Christ à la parousie (2,28-29)
Dans
l'unité 18-27, c'est la dernière heure, et l'Antichrist est présent dans les
sécessionnistes qui nient que Jésus soit le Christ, refusant ainsi de confesser
le Christ (dans sa carrière terrestre). Mais l'auteur s'est centré auparavant
sur la vie morale des chrétiens, qui ne pèchent pas. L'auteur y revient. Si la
dernière heure a apporté la révélation de l'Antichrist, elle apportera bientôt
la révélation du Christ (28b). Car traditionnellement le mal doit être détruit
par le Messie de Dieu dans sa parousie (2 Th 2,8). Confiance en cette parousie
puisque en eux habite le Christ.
Le
langage "la honte de" reflète une vieille tradi chrétienne, pas bien
représentée dans EvJo, mais Mt 10,32-33; Mc 8,38.
Dans son souci
pastoral (comment les chrétiens vont-ils se situer face à la venue du Christ
?), l'auteur rencontre deux difficultés :
1)
Comment
se situer face à une parousie de jugement alors qu'ils sont déjà jugés (Jn
5,24)? Selon les sécessionnistes le jugement ne concerne que les non chrétiens
! Pour 1 Jo il y un élément de jugement
valable pour les chrétiens aussi. Pour Jn 3,17-21 la krisis (jugement) est
"provoquée" ; pour 1 Jo le chrétien doit jusqu'à la parousie vivre
selon la lumière qu'il a choisie.
2)
le
manque d'assurance devant le jugement de la parousie. Fidèle à l'eschatologie inaugurée,
1 Jo appelle à la confiance, sur la base de ce qui a déjà été reçu (Jn 14,20;
1,13). Il ne suffit pas de porter du fruit (Jn 15,1-6); il faut en porter
davantage, et pour cela demeurer dans le Christ (Jn 15,5)
"Né
de lui" : image différente de l'adoption (Paul) ou de l'émanation (Act
17,28 ?). Corollaire joh de la vie éternelle (semence de Dieu). Selon les
sécessionnistes, une fois "né de Dieu", plus rien à faire ! Pour 1
Jo, si la vie éternelle est une vraie vie, il faut la vivre et la manifester
sur terre, être juste comme le Christ est juste (2,29), forme joh de la demande "alliance" de
l'Ancien Testament :"être saint comme Dieu est saint" (Lev 19,2; 1 P
1,16).
B. Confiance en ce que nous sommes
;
révélation de
ce que nous serons (3,1-3)
Peut-être
les adhérents de 1 Jo sont-ils dépréciés par les sécessionnistes ? Peut-être
les sécessionnistes ne voulaient-ils pas rabaisser ceux qui venaient au christianisme,
déjà enfants de Dieu, existant en Dieu, aimant Dieu, le connaissant et étant
comme lui ?
I
Jo a soin de souligner que sa théologie ne nie pas l'amour de Dieu ni la
dignité de ses enfants (deux thèmes de la catéchèse baptême). Il reconnaît que
le monde (les sécessionnistes) ne valorise pas ses adhérents comme enfants de
Dieu, mais ce n'est pas une raison de se décourager. Bien plutôt c'est une
preuve de leur filiation, puisque le monde, déjà, n'a pas reconnu Dieu (Jn
17,25). Le monde reconnaît les siens (les sécessionnistes) (I Jo 4,5).
Dans
l'Ancien Testament, Israël se reconnaissait comme fils de Dieu, mais selon Jn
11,50-52, les enfants de Dieu sont ceux pour qui le Christ est mort, un groupe
plus large que la "nation" d'Israël. Le Dieu de l'alliance a
manifesté son amour en appelant à lui ce peuple qui constitue ses enfants, et
les lecteurs doivent se souvenir qu'ils font partie de ce peuple. Écho de ce
qu'ils ont entendu quand ils sont entrés dans la communauté joh.
Comment
les enfants de Dieu doivent-ils se situer face à la parousie ?
Ici
1 Jo mêle subtilement eschatologie inaugurée et eschatologie future. Si le Fils de Dieu doit encore être révélé, alors un
aspect futur de l'enfant de Dieu est encore à révéler. La parousie du Christ
(2,28) est opposée à l'apparition de l'Antichrist ; la révélation des chrétiens
fidèles est opposée à la révélation des sécessionnistes (2,19ef). Mais la
révélation de l'Antichrist n'apporte rien de nouveau ; elle montre ce qu'ils sont déjà (le mal n'est pas créatif). La
révélation des fils de Dieu n'a pas à redire ce qu'ils sont déjà ((3,2a), mais
sera une nouvelle manifestation de l'amour créatif de Dieu qui fait d'eux ses
enfants. Dieu est amour (4,8-16c), et cet amour ne peut être statique. Il y
aura cependant continuité entre les statuts présent et futur des fils de Dieu.
Les chrétiens sont toujours comme Dieu tel qu'il se montre en son Fils ; la
future révélation permettra aux fils de Dieu d'être comme Dieu vu comme il est
en lui-même. L'auteur dit "ce que nous serons", non pas "ce que
nous sommes", ni "qui nous serons", formulations qui mettraient
en cause l'identité des fils de Dieu, et la continuité entre identité présente
et identité future. Il ne dit pas non plus "ce que nous deviendrons",
parce qu'on pourrait comprendre que nous deviendrons quelque chose de tout à
fait autre. Il envisage la préparation en termes de "demeurer".
"Nous
savons que… nous lui serons semblables", et non pas "nous
saurons". Car même si une nouvelle révélation doit avoir lieu, cela ne
contredit pas le fait que déjà l'onction enseigne tout (2,27e). La
future révélation est une partie de la connaissance qu'ils possèdent déjà. Bien
que 1Jo ne donne aucun détail sur la révélation future, les commentateurs
spéculent sur "ce que nous serons"
- aucun homme ne
pt voir Dieu comme il est. C'est peut-être un problème moderne. Athanase
n'hésite pas à parler d'une future théopoiesthai (être fait Dieu), et
Saint Thomas anticipe une vision béatifique. Il y a d'ailleurs un background
Ancien Testament : Gn 3,5 (était-ce complètement hors du plan de Dieu ?) ; Ph
1,6 (Jésus / Adam). Jésus est dans la morphè théou (forme de Dieu), mais
n'a pas revendiqué son isos (égal). Cependant, à cause de son humilité,
spécialement dans sa crucifixion, il est exaucé et reçoit ce qui a été refusé à
Adam, "le nom au-dessus de tout nom". La pensée de EvJo est un peu
différente : Jésus possède sur cette terre le nom divin, car il est venu en ce
nom (17,11-12;5,43; 12,43). Jésus ne se fait pas isos, comme les
Juifs lui reprochent, Dieu lui a tout donné. Vu la tendance à modeler la filiation
des chrétiens sur celle de Jésus, un "comme Dieu" ne fait aucune difficulté.
Après tout, ils sont ceux qui ont cru au nom de Dieu (Jn 1,12; 3,18) qu'il leur
a révélé (17,6-26), qui leur a apporté vie et protection (17,11-12; 20,31) et
pour lequel ils ont souffert (15,21). En étant appelés enfants de Dieu, ils
sont identifiés au Fils de Dieu, et, en un sens, portent son nom.
Deuxième
promesse : "nous le verrons tel qu'il est" (1 Jo 3,2e).
Aucun
autre passage joh, sauf peut-être Apoc 22,4. Dans le contexte de cette
épître, il est douteux qu'il s'agisse
d'un + grand privilège que la première promesse. Ce peut être une autre manière
de décrire le même futur : comparer 1 Cor 13,12 et 2 Cor 3,18. Pour Philon, De
Abr.12, la vision du Père de toutes choses est, pour un être humain, la
suprême bénédiction. Pesiqta Rabbati 11,7 :"En ce monde les Israélites
adhèrent au Saint, mais dans le monde à venir, ils deviendront semblables à
lui". Midrash sur Ps 149 :"Quand les enfants de Dieu verront Dieu
dans le monde à venir, ils deviendront saints".
L'auteur veut-il vraiment dire que nous deviendrons comme il est et que
nous le verrons tel qu'il est ?
Certains
pensent à un changement ontique (contrairement à EvJo). Il s'agit de quelque
chose de + qu'un simple changement noétique (découvrir ce que les chrétiens
sont déjà); mais il n'y a aucun moyen de savoir quel passage à un degré supérieur
d'une même réalité (devenir plus semblables à Dieu que nous ne le sommes). Il
n'y a aucune raison que soit abolie la distinction Créateur/créature, comme
dans les œuvres gnostiques. Alors, quel changement ? Homélie Pseudo-clémentine
17,16 : en cette vie " les yeux des mortels ne peuvent voir la forme
incorporelle du Fils de Dieu", mais à la résurrection des morts, le juste
sera capable de voir Dieu, parce qu'il n'aura aucune retenue venue de la chair,
qui sera transformée en lumière. On a pu comparer sur 4 points la pensée de I
Jo et celle des gnostiques :
a)Pour
I Jo, ce que nous sommes résulte d'un acte d'amour de Dieu dans le passé, non
pas d'une initiation ou de formules magiques. b) Nous pouvons vérifier
l'authenticité de ce que nous sommes parce que le monde nous traite comme il a
traité le Fils de Dieu ; or les sécessionnistes ou les gnostiques ne semblent
pas avoir redouté ce manque de succès. c) Ce que nous sommes est la promesse
d'un futur encore invisible ; il y a donc un futur qu'ignorent ceux qui se
croient déjà libérés par la gnose. d) Nous rencontrerons Celui que nous
connaissons déjà, mais Il n'est pas déjà décrit comme le Grand Inconnu qui se
trouve au commencement des tables gnostiques d'émanations. Nous avons vu Dieu
en Jésus Christ.
En
3,3 I Jo résume tout dans l'espérance. Seule occurrence dans toute la
litt.joh. L'auteur puise aux thèmes chrétiens "conversion/initiation/bapt"
qui ont perdu de leur importance dans la communauté joh., comme l'eschatologie
finale, à une époque où EvJo soulignait l'eschatologie inaugurée contre des
opposants juifs. Être modelés sur le Christ (3,1-3) affecte non seulement notre
être présent de nés de Dieu (2,29), mais aussi l'espérance de ce que nous serons.
La
vie du Christ est décrite comme "pure", de nouveau seule occurrence,
avec forts harmo-niques cultuels. Probablement les sécessionnistes ne voulaient
pas d'espérance, parce qu'ils s'estimaient parfaits, de par leur premier
contact avec le Christ. Pour eux le chrétien n'avait pas besoin de "se
rendre" pur. Ils pouvaient opposer à l'auteur EvJo 13,10, mais celui-ci
pouvait répondre que, même pour des purs (15,3), il faut porter du fruit et
accepter d'être émondés par le Père (15,2-4).
C.
Le péché comme Iniquité, contrée par la révélation du Christ
(3,4-6)
Avec
L'auteur, en 3,6, dit que celui qui commet le péché
n'est pas chrétien (=n'a pas vu le Christ). Il a dit que le chrétien verra Dieu
tel qu'il est, mais pour le chrétien joh, il a déjà vu Dieu dans le Christ (Jn
14,9). Donc 1 Jo dénie aux adversaires la vraie expérience chrétienne de Dieu.
Ce qu'il a revendiqué en 1,1c, il l'exclut pour les sécessionnistes.
Second jugement négatif en 3,6c "ils ne l'ont
pas connu", pas plus que les juifs en Jn 16,3. En 1 Jo
Le choix des thèmes de 2,28-29 et 3,4-6 vient peut-être de la tradi joh conversion /initiation/bapt.,
mais peut-être aussi de certaines associations d'idées de EvJo. Par ex. en 16,8
où le Pa doit mettre le monde dans son tort à propos de
hamartia/dikaiosunè/krisis (péché/justice/jugement). Le thème krisis est
implicite en 1 Jo 2,28, dikaiosunè est implicite en 2,29 et 3,4; L'auteur joue
le rôle du Pa en montrant que les sécessionnistes ont tort par rapport à hamartia/dikaiosunè/krisis.
Ce qui était d'abord défendre les chrétiens contre les juifs devient défendre
les chrétiens contre leurs frères d'autrefois.
D.
Enfants de Dieu/enfants du diable (3,7-10b)
Plusieurs des idées de 2,28c-3,6c sont reprises mais l'hostilité
apocalyptique est plus grande
L'auteur, en 3,4.6, a critiqué "quiconque ..", mais il est sûr
qu'en 3,7a il vise les propagandistes, et non seulement les chrétiens faibles.
En 2,26b, leur tromperie concernait la christologie, ici la morale. Il est
probable que les propagandistes reprochaient aux adhérents de l'auteur de ne
pas croire suffisamment au pouvoir purifiant de le nouvelle naissance.
Jusqu'ici l'A a identifié les sécessionnistes avec l'Antichrist, le Menteur,
les instruments de tromperie, l'Iniquité. Ici,
après avoir parlé de la dernière heure, il démasque
le Diable. (Déjà en 2,18b le Diable prenait comme instrument une personne
humaine). L'attitude des sécessionnistes montre qu'ils appartiennent au Diable,
qui pèche depuis le commencement (3,8b). Déjà il a trompé Adam et Eve, leur
promettant qu'ils seraient comme des dieux : il a trompé les sécessionnistes en
leur faisant penser que le péché n'est rien, et les a privés de la vie
éternelle (ils ne seront jamais comme Dieu, ce que seront les vrais croyants)
(3,2d); Le diable a trompé Caïn qui a tué Abel et prétendu être innocent ; il a
trompé les sécessionnistes en leur faisant quitter la communauté et en rejetant
toute la faute sur l'A.
Si dans la tradi joh. le Christ doit enlever les
péchés (1,29.31), il lui fallait détruire les œuvres du diable (1 Jo 3,5.8cd).
Le Christ est ainsi opposé aux sécessionnistes non seulement en ce qu'ils font,
mais en ce qu'ils sont.
Toute l'unité concerne la révélation, future
: ce que le Christ (2,28) sera et ce que seront les chrétiens (3,2), passée
: le Christ contre le péché et les œuvres du diable (3,5.8), et enfants de
Dieu/du diable (3,10).
En attaquant ce royaume de l'influence diabolique, l'A
continue l'œuvre du Pa (krisis, jugement, du diable, EvJo 16,11).
Contre le diable qui a péché depuis le commencement et contre ses enfants qui
agissent selon l'injustice et le péché, 1 Jo souligne que les enfants de Dieu
ont le pouvoir de ne pas pécher. Être sans péché et l'impeccabilité sont des
signes distinctifs de ceux qui ont été enfantés par Dieu (3,9).
Comment concilier cette revendication de l'A (3,6.9;
5,18) avec celle des sécessionnistes (1,8.10) ? L'A parle dans le contexte eschatologique de la
dernière heure où, selon l'apocalypse juive, Dieu se préparait une génération
sans péché en grand combat avec le diable. Les deux (l'A et les
sécessionnistes) revendiquent l'impeccabilité, appuyée sur EvJo (péché=le fait
des gens de l'extérieur ; les croyants joh. peuvent se modeler sur le Christ,
qui était sans péché). Si en fait les chrétiens font des choses mauvaises, les
sécessionnistes prétendent que ce ne sont pas des péchés capables de détruire
le statut de sauvés, car par la foi ils sont irrévocablement hors du royaume du
péché. L'A affirme qu'il y a des péchés (5,17), mais que Jésus est paraclet
(2,1-12). Les sécessionnistes peuvent invoquer la logique joh., mais 1Jo se
préoccupe de la réalité pastorale.
L'A n'a pas suffisamment nuancé l'impeccabilité.
Aug. a bien opposé les deux principes : divin
(demeurer dans le Christ 3,6 ; être engendré par Dieu 3,9a ; avoir la semence
de Dieu habitant en soi (3,9b), humain (revendiquer le pouvoir contre le
péché). "Dans la mesure où l'homme demeure dans le Christ, dans cette
mesure il ne pèche pas".
Pères grecs : la semence divine = force intérieure qui
conduit l'âme, désormais détachée de l'orientation au péché, à ne pas pouvoir
choisir le mal.
Prunet : La nouvelle nature donnée par l'engendrement
produit une nouvelle humanité incapable de pécher. C'est seulement dans la
mesure où ce principe de vie est actif, qu'il y a impeccabilité.
On peut se demander de quelle manière précise EvJo a
décrit la puissance d'engendrement comme opérative, mais pour 1 Jo elle n'agit
pas seulement dans le passé. Que la semence de Dieu soit le Verbe de Dieu ou
l'Esprit Saint, elle demeure active après que l'enfant de Dieu est venu au monde
(EvJo 6,44).
On est donc forcé de comprendre cette
revendication d'impeccabilité (1 Jo 3,6.9) dans la ligne du statut de 3,1.2. Nous
sommes déjà enfants de Dieu et une liberté par rapport au péché est liée à cet
état, (cf. Jn 8,39). I Jo a sa propre variation sur ce thème :"Vous êtes
enfants de Dieu, donc vous devez faire des œuvres dignes de Dieu, et donc ne
pas pécher, ce qui est œuvre du diable". Mais en cette dernière heure il
reconnaît que nous ne sommes pas tous ce que nous devrions être, et qu'il y a
une croissance dans la filiation. La semence divine continue de transformer
l'enfant de Dieu en l'image du Fils de Dieu qui est l'image de Dieu lui-même,
jusqu'à ce que, lors de la révélation finale, nous soyons comme Dieu lui-même.
Plus cette semence divine transforme le chrétien, plus il est impossible au
chrétien de pécher. Être enfant de Dieu n'est pas donné une fois pour toutes,
mais doit s'exprimer dans le comportement. Non seulement cette vie s'exprime
dans l'action, mais elle grandit ; et une impeccabilité grandissante est un
signe de cette croissance. Au début le croyant choisit de venir à la lumière et
non aux ténèbres (Jn 3,19-21). C'est le début d'un mouvement, jusqu'à ce qu'on
vienne à Dieu qui n'est que lumière et en qui il n'y a aucune ténèbre (1 Jo
1,5). Inclusion entre 1 Jo 1,5 et 3,10.
E.L'arrière-fond :
alliance/initiation/baptême.
Voici les thèmes communs de 1 Jo avec 1 P 1 et Tite
2-3 :
·
révélation/dévoilement/apparition
du Christ : tous trois
·
renaissance
: tous trois
·
amour/pitié
de Dieu pour nous : tous trois
·
le
futur qui doit ê révélé/dévoilé : 1 Jo et Pi
·
espérance
: tous trois
·
le
chrétien doit être pur/purifié : tous trois
·
pur/saint
comme Dieu ou le Christ : 1 Jo et Pi
·
"Vous
savez", assurance : 1Jo et Pi
·
enlever
les péchés/rachat de la futilité/renoncement aux désirs du monde : tous trois
·
rien
de pécheur dans le Christ, Agneau sans tache : 1 Jo et Pi
·
anomia
(iniquité) : 1 Jo et Tite 2
·
révélation
ou apparition du Christ/ Fils de Dieu pour un dessein salvifique : tous trois
·
amour
des frères et amour mutuel : 1 Jo et Pi
·
né
d'une semence qui demeure : 1 Jo et Pi
Le
background le plus probable est l'entrée dans la communauté.
(suite à la page suivante)
§ 7. 1
Jo 3,11-24 Aimez-vous les uns
les autres
11a Telle
est en effet l'annonce
11b que
vous avez entendue depuis le début :
11c que
nous nous aimions les uns les autres.
12a Non pas
comme Caïn qui était du Mauvais
12b et qui
égorgea son frère.
12c Et
pourquoi l'égorgea-t-il ?
12d Parce
que ses œuvres étaient mauvaises,
12e tandis
que celles de son frère étaient justes.
13 Frères, ne vous étonnez pas si le
monde vous hait
14a Nous
savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie,
14b parce
que nous aimons les frères.
14c Celui
qui n'aime pas demeure dans la mort
15a Quiconque
a de la haine pour son frère est un homicide,
15b et vous
savez qu'aucun homicide n'a la vie éternelle demeurant en lui.
16a À ceci
nous avons connu l'amour :
16b c'est
que Celui-là a livré sa vie pour nous.
16c Et nous
aussi nous devons livrer notre vie pour nos frères.
17a Si
quelqu'un possède les biens de ce monde
17b et que,
voyant son frère dans le besoin,
17c il lui
ferme ses entrailles,
17d comment
l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ?
18a Petits enfants, n'aimons pas en paroles, ni
de langue,
18b mais en
action et vérité.
19a À cela
nous connaîtrons que nous sommes de la vérité,
19b et
devant lui nous rassurerons notre cœur
20a parce
que, si notre cœur nous condamne,
20b Dieu
est plus grand que notre cœur,
20c et il
connaît toutes choses.
21a Bien-aimés,
si notre cœur ne nous condamne pas,
21b nous
avons de l'assurance auprès de Dieu,
22a et quoi
que nous demandions, nous le recevons de lui
22b parce
que nous gardons ses commandements
22c et
faisons ce qui plaît à ses yeux
23a Et ceci
est son commandement :
23b que
nous croyions au nom de son Fils Jésus Christ
23c et que
nous nous aimions les uns les autres, comme il nous en a donné le cdt.
24a Celui
qui garde ses commandements
24b demeure
en Lui et Lui en lui,
24c et à
ceci nous connaissons qu'il demeure en nous :
24d par
l'Esprit qu'il nous a donné.
(suite
à la page suivante)
Subdivision :
La partie II est 3,11 –
5,12.
Chaque partie commence par
"ceci est l'Évangile"(3,11).
Le thème de l'amour est
dominant dans cette partie II (comme dans la deuxième partie de l'Évangile de
Jo).
Fin de l'unité : 3,24, car
4,16 ne peut lui être rattaché, et nous avons l'inclusion 3,11/3,23 avec une
explicative en hina (pour que). Le verset 3,24 conclut le thème de
l'amour et introduit le thème suivant : l'Esprit.
A.
L'Évangile
de l'amour fraternel (3,11-12)
Pour autant, il n'y a pas
séparation avec ce qui suit, tout comme, dans l'Évangile les disciples qui
ont été avec Jésus (partie 1) se retrouvent au DAC (discours après
Les
ennemis (juifs) sont moins fréquents et à la 3e personne . Les
"petits enfants" et leur style de vie passent au 1er plan.
On entend moins directement les prétentions des sécessionnistes. L'A veut
recoller les morceaux de sa communauté, d'où son insistance sur l'amour mutuel.
Si
on lit le v.12 en référence avec la situation communautaire, on comprend
l'urgence de l'amour. L'A a terminé Partie I en opposant fils de Dieu/fils du
diable. Continuant en parlant plus directement aux fils de Dieu, il est
conscient de la violence qui leur est faite par les fils du diable.
Quand
l'A évoque Caïn, il évoque le fratricide pour parler des sécessionnistes.
Ce sont d'anciens "frères". Il rappelle implicitement 2 passages
de Evjo : 8,39-44, où l'on veut tuer Jésus , et 13,2.7, où Satan entre en
Judas (cf.6,70-71). Tous ceux-là, fils du diable, appartiennent au Mauvais.
¤Compte
tenu du langage sévère de l'A, accuse-t-il vraiment de meurtre les
sécessionnistes ?
L'Evjo accuse " les
Juifs" (16,2), et certains pensent qu'effectivement les autorités
synagogales ont mis à mort des chrétiens. Les sécessionnistes l'ont-ils fait
? La réponse ne peut être assurée.
Les sécessionnistes de la
communauté joh. peuvent avoir été tout aussi inacceptables aux juifs et aux
Romains que les adhérents de l"A. Le langage "tuer" provient des
prédictions du Christ, et l'A voit une prédiction réalisée de son temps (2,18)
dans et par les sécessionnistes. L'accusation de tuer n'a pas besoin d'être une
référence littérale aux sécessionnistes, pas plus que l'accusation d'être
l'Antichrist. Si les sécessionnistes accusent l'A et ses amis de n'avoir pas
connu Dieu et de n'être pas les enfants de Dieu (accusations que l'A de son
côté adresse aux sécessionnistes), ils portent un coup à l'identité et à la vie
éternelle des chrétiens. Le sérieux de ces attaques pouvait, aux yeux de l'A,
équivaloir à un meurtre, même si les sécessionnistes n'avaient pas agi
physiquement, ou pas dénoncé aux autorités (voir Mt 5,21-28) ; ou bien les
sécessionnistes étaient la partie la plus riche, et ont laissé la communauté dans la difficulté (I Jo 3,17); Il semble toutefois
que les exemples au début ¤ appellent une interprétation littérale de
"meurtrier".
Quoi
qu'il en soit, le but 1er de l'A n'est pas d'accuser les
sécessionnistes, mais d'exhorter ses adhérents à ne pas les suivre
dans leur haine des frères : ils ne doivent pas agir kathôs (comme) Caïn
(3,12); ailleurs, kathôs renvoie à adhérents/Christ. Les sécessionnistes
sont des Antichrists (2,18-19; 4,3) et ils ont un modèle diabolique.
Depuis
leur "commencement" les adhérents ont entendu comme évangile :
"Aimez-vous", résumé de l'Évangile semblable à celui de Jésus au DAC
(15,12-17; 13,34). L'A veut leur rappeler ce qu'ils ont entendu quand ils sont
entrés dans la nouvelle Alliance, le commandement d'aimer qui joue dans la
nouvelle Alliance le rôle des Dix commandements dans l'ancienne.
Tradi syn., c'est l'un des
deux grands commandements (Mc 12,28-31; Mt 22,34-40) ou l'une des deux choses
écrites dans
Pour Pl, cela résume toute
Pour la tradi joh., c'est le
"nouveau commandement"(cf. 1 Jo 3,10b).
Il semble bien que ce
commandement ait fait partie de ce que tout baptisé devait savoir : 1 P
1,22-23, cf. 1 Jo 3,11.19.
La tradi joh. parlait de
l'amour des frères de la communauté . Mais même ceux qui voyaient plus large
avaient des moments centrés sur leur groupe, dont celui de leur entrée dans le
groupe, où ils connaissaient ce supplément d'amour déjà vécu à Qumran ( 1 QS
3,13;4,15).
B.
Donner sa vie pour les frères (3,13-17)
Cette section oppose
Communauté joh./monde.
Les sécessionnistes, en effet,
sont liés au monde (I Jo 4,5).
Dans sa lutte contre les
sécessionnistes, l'A historicise l'attente apocalyptique de la persécution (cf.
Evjo 15,18; 17,14; 16,2-4). La raison pour prédire cette persécution est que la
foi pourra être ébranlée (16,1.4). Dans le même langage apocalyptique1 P 4,12.
L'A, en disant "frères, ne soyez pas surpris" (3,13) pourrait
reprendre cette annonce générale de la haine. Mais le mot "surpris"
pourrait être littéral, parce que ceux qui haïssent sont venus de l'intérieur
(surprise déjà en 2,18).
L'image de Caïn, qui continue, aide à
comprendre l'équation : haï par le monde=haï par les frères. En tant que
"meurtriers" (Caïn) ceux qui n'aiment pas leurs frères
"demeurent dans la mort" (3,14c), tandis que nous savons que nous sommes
passés de la mort à la vie (3,14a).
Parmi les parallèles 1 P/1
Jo, nous avons 1 P 2,9. Monde/ mort/ténèbres/haine couvrent le même champ, et
l'opposé vie/lumière/amour a dû faire partie de l'enseignement baptismal.
L'accomplissement du commandement d'aimer a servi de critère pour ce passage au
royaume, car ce commandement était souligné dès l'entrée du monde dans la
nouvelle Alliance. Même lien parole/monde en
Evjo 14,14; 15,18s. Jésus lie parole et foi en Evjo 5,24 ; en 1 Jo
L'A dit, en 3,14c,
"demeure dans la mort". Est-ce que cela peut s'adresser aux sécessionnistes ? Ne faudrait-il
pas alors écrire (comme 5,16s) : "sont passés de la vie à la
mort" ?
Réponse : 1) Il n'est pas
sûr que, dans la théologie joh., on puisse perdre la zôè (vie)
éternelle. Le péché qui va à la mort n'est pas un péché qui a le pouvoir de
détruire la vie, mais un péché d'incrédulité qui révèle qu'on n'a jamais eu la
vie (??). 2) Malgré les apparences, pour l'A les
sécessionnistes n'ont jamais appartenu à la communauté (2,19c) et donc n'ont
jamais eu la vie. (Ils se sont détournés de la lumière parce que leurs œuvres
étaient mauvaises (Jn 3,20) comme celles de Caïn ( 1 Jo 3,12d), et leur manque
d'amour, qu'ils montrent par leur haine meurtrière, illustre qu'ils n'ont pas
la vie en eux (3,15).
Au v. 16, on passe de
l'exemple négatif de Caïn à l'exemple positif de Jésus, qui a donné sa vie
pour ses frères (ceux dont il a fait des fils de Dieu par sa
passion/mort/résurrection, Jn 20,17).
La haine mène au meurtre,
l'amour donne la vie.
En 3,16b, la mort de Jésus
est un acte d'amour huper hèmôn (pour nous), phrase classique
dans le christianisme primitif pour désigner la mort de Jésus pour les autres.
Dans ces phrases, nous=les humains en général (les "beaucoup" de Mc
14,24 et Mt 26,28). Quant aux non-croyants, la volonté de Dieu est au début de
les sauver, mais leur choix de rester (ou d'aller) hors de la communauté des
croyants représente un choix pour les ténèbres. Jésus a donné sa vie pour ceux
qui le suivent et lui appartiennent (Jn 10,4.11), pas pour ceux qui
appartiennent à quelqu'un d'autre. Ceux qui appartiennent à Jésus sont les
chrétiens joh., avec les chrétiens qui sont d'un autre troupeau (Jn 10,16).
"Pour nous" s'oppose à "pour eux", ceux qui appartiennent
au monde et pour qui Jésus n'a pas donné sa vie.
Ce privilège crée une
obligation. Si
Jésus a reçu commandement de son Père de déposer sa vie pour ses brebis
(10,18), les chrétiens reçoivent le commandement de donner leur vie (1 Jo
3,16c). Les chrétiens reçoivent la vie d'un acte d'amour ; ils doivent traduire
la vie en amour (cf.15,12-13). Où l'A innove par rapport à Evjo , c'est 3,17,
où "donner sa vie" est mis en relation avec "partager ses
biens". Généralement on y voit une argumentation a majore ad minus (du
plus grand au plus petit). Mais ce n'est pas la pensée de l'A ; pour lui,
il y a égalité.
Sécessionnistes=Antichrist, haîr=tuer ; donner sa vie=donner de ses
biens. Il historicise non seulement les maux apocalyptiques, mais les idéaux
apocalyptiques. Il historicise les maux apocalyptiques, parce que la dernière
heure est là (2,18 ; T.Zebul. 7,3;8,2). Peut-être que dans cette dernière heure
il n'attend plus beaucoup de martyrs (après tout le DA est mort, et il n'est
pas martyr), mais il voit encore le besoin crucial de gens capables de
compassion pour des frères ou des sœurs dans le besoin.
Cela dépasse le rappel moral
et rejoint le cœur de l'héritage judéo-chrétien : Dt 15,7 ; Qumran CD
14,14-16 , Mc 10,21 ; Lc 10,27-35 ; Ja 2,15-16 ; Ignace Smyr.6,2.
L'insistance de 3,17c montre
que le besoin est urgent et l'A pense à la dernière heure. Peut-être
certains membres de la communauté, rejoignant les sécessionnistes, ont-ils
laissé des frères dans le besoin. La référence à 3 Jo 5-7 donne l'impression de
communautés relativement pauvres où des nécessités de base devaient être
fournies par la charité. La question rhétorique 3,17d semble dire que les
sécessionnistes ne sont pas chrétiens et s'étonne que ces gens soient attractifs.
Peut-être les sécessionnistes espèrent-ils que le besoin leur vaudra des
adhérents. Le christianisme primitif n'a pas été sans problèmes (cf.Act 6,1,6).
C.
L'assurance devant Dieu
de ceux qui appartiennent à la vérité (3,18-22)
Après avoir stigmatisé le
mauvais exemple des sécessionnistes, l'A revient positivement sur l'amour
à garder. En disant :"Aimez en actes"(Test.Gad 6,1), il n'accuse pas
les sécessionnistes d'hypocrisie, mais leur reproche de n'accorder aucune
valeur à la conduite des croyants. Pour lui, amour/vérité/lumière sont autant
de manières de décrire ce qui a été révélé en Jésus Christ et marquent les
enfants de Dieu. Ce sont autant de principes de vie qui doivent se révéler dans
la vie. En 2,9-11 il est question de lumière/haine; en 3,19a de même il est
question de vérité/haine.
En 3,19, rassurer le cœur
s'il nous condamne (3,20a) et s'il ne nous condamne pas (3,21a).
Auparavant (3,6.9): le chrétien ne pèche pas
et ne peut pas pécher.
(1,8-2,2)
: le chrétien reconnaît qu'il a péché.
L'A a concilié les deux affirmations : il y a
un principe qui rend saint, mais en fait personne ne peut vivre parfaitement
cette vie.
Les deux affirmations se retrouvent en 3,20a
et 3,21a, et dans les deux cas il faut avoir confiance.
Ce thème de la confiance est en référence à
L'A
rassure ses adhérents à cause de la propagande des sécessionnistes (rien
n'a d'importance !). La nécessité que les actes suivent n'est pas une moins
grande confiance en Dieu ! Celui qui pardonne est celui qui nous a nommés ses
enfants (3,1;4,10). Rapprocher Os 11,8; 1 QH 4,34-36; Hb 10,16-19; Ja 2,1 –
6,13). Ce n'est pas une doctrine nouvelle, mais l'Évangile du Dieu de
l'Alliance, tant anc. que nouvelle.
Nouvelle
indication en 3,22 de la bonté de Dieu : ceux qui ont ainsi lutté
victorieusement reçoivent de Dieu ce qu'ils demandent. Les stiques 22bc
expliquent ce que l'A entend par "ne nous condamne pas". L'idée de
confiance dans ce qu'on demande reparaît en 5,14. Il y a réciprocité dans
l'Alliance : nous faisons ce qui plaît à Dieu et Dieu fait ce qui nous plaît ;
il y a donc plus qu'un "mérite" de notre part. La relation Dieu/peuple
se colore ici de la relation Père/enfants (qui vivent comme son Fils a vécu) ;
cf. Q dans Mt 7,11 et Lc 11,13.
Cf.
surtout la théologie de Jn : l'obéissance à la volonté du P a gouverné toute la
vie de Jésus , mais surtout le don de sa vie (10,18; 12, 49s; 14,31; 15,10).
Jésus pouvait dire : Jn 8,29 et dire au P : Jn 11,41s. 1 Jo applique cela à
tous les chrétiens qui obéissent à leur P, selon la promesse de Jésus : Jn
16,26s.
D.
Croire et aimer (3,23-24)
Il y a inclusion entre 3,23a
et 3,11.
Beaucoup de commentateurs
s'offusquent de voir en 3,23bc "croire" donné comme commandement.
Réponse : 1 Jo commente la
tradi joh connue par Evjo, qui a la même combinaison aimer+croire en 16,27.
Le thème "aimer"
est développé ici en 3,11-24, le thème confessé sera repris au § suivant
(4,1-6).
On ne peut comprendre
pourquoi il faut aimer comme un frère le compagnon chrétien sans comprendre
Jésus comme le Fils de Dieu.
Le commandement d'aimer
faisait partie de "conversion/initiation/baptême". Les chrétiens étaient
baptisés "au nom de Jésus", donc le commandement d'aimer "le nom
de Jésus Christ son Fils" était appris dès le "commencement". Le
but de Evjo le confirme (20,31), le § suivant montrera qu'il s'agit de
confesser Jésus "venu dans la chair" (4,2) et 1 Jo réfutera les
sécessionnistes comme il le fait ici à propos du commandement d'aimer.
Beaucoup de commentateurs
lisent avec les yeux de Paul et pensent que faire de "croire" un
commandement risque d'en faire "une œuvre".
Réponse : nous sommes en
tout cas dans la ligne de Evjo (6,29; 3,19-21). La tradi joh parle de la foi
comme de quelque chose à faire surtout parce que la théologie est sous forme de
controverse et que l'on requiert une confession publique (Jn 9,22; 12,42s;
16,2). Le schisme porte sur ce qu'on doit confesser de Jésus (est-ce
salvifiquement important ce qu'il a vécu dans la chair ?). Si on croit, on doit
confesser cette foi en formules qu'on est prêt à défendre au prix de sa vie !
On dit que Paul a une foi plus pure : confiance en Jésus et obéissance à Dieu.
Mais même Paul formule l'Évangile en langage de credo (Rm 1,3s), et les
chrétiens ont besoin de formuler la foi en celui en qui ils croient.
Autre question : étant
admise l'inclusion 3,11-23, ce commandement est-il un bon résumé de
l'Évangile ?
Le double commandement de la
tradi syn (Mc 12,28-31 et par.) offre un bon essai parallèle pour dire
l'essentiel. À la place,1 Jo a : foi en Jésus + amour du prochain, et les différences
ne sont pas accidentelles. La foi en Jésus (Fils de Dieu) est une
interprétation joh. de l'amour de Dieu (que Dieu a eu) : 1 Jo 4,9s. Quant à
l'amour du prochain, l'histoire des persécutions a amené la communauté à parler
du "frère" de la communauté plutôt que du frère plus large.
Comme l'a suggéré Mussner, le v.3,23 exprime bien
l'essence du christianisme : croire en Jésus, c'est, en réalité, croire en Dieu
dont il est le Fils; l'amour chrétien commence par l'action verticale de Dieu
qui envoie son Fils ; ce que nous faisons vient après ce que Dieu a fait ;
l'amour horizontal du chrétien continue l'amour vertical que Dieu a montré. À
sa manière il réfute le conservatisme dogmatique (l'orthodoxie du credo comme
seul critère), le fidéisme (se donner à Jésus est tout ce qui importe), et le
libéralisme (le christianisme n'est qu'une manière de vivre). Et il fait cela
dans un ordre pédagogique : par la foi nous apprenons à aimer.
Le
v.3,24 montre qu'on est loin d'une
compréhension légaliste du double commandement, car il le met en
relation avec "demeurer en
Dieu", l'union intime.
De
notre part le "demeurer" est conditionné par la garde des
commandements, mais de la part de Dieu, le don de l'Esprit n'est pas
conditionné. Le même Dieu qui a donné le commandement (3,23c) a donné
l'Esprit qui nous rend capables de le vivre.
La
mention de l'Esprit prépare 4,1-6 (les esprits).
La
séquence commandement>Esprit se comprend si 1 Jo s'appuie sur le DAC et s'il
a en tête EvJo II. Le commandement "aimez-vous" est en Jn 13,34 et
les premiers logia Pa sont 14,15ss; 14,25s. Le commandement est réitéré en
15,12-17, suivi de passages Pa (15,26s; 16,7-13).
Commandement
et Esprit doivent avoir été rapprochés aussi dans la catéchèse "conversion/initiation
/baptême". Si 3,23 (cf. Ez 36,27) a été la stipulation de base de
la nouvelle Alliance.
À
Qumran (1QS 4,21s) est promis l'esprit de vérité. Cf. ici 2,27 où le chrétien
est oint, probablement quand il entre dans la communauté (cf. Esprit+eau en Jn
1,3; 3,5, et la fréquence de "donner" avec le mot Esprit, qui semble
renvoyer au baptême).
L'Esprit
comme critère ou comme gage : pas rare dans NT
Rm
8,14; 2 Cor 1,22.
Mais
comment un Esprit invisible (Jn 14,17) peut-il montrer que Dieu habite en nous
(ici 3,24)? La réponse est à prendre plus loin en 4,2 : on peut reconnaître que
Dieu habite le chrétien parce qu'il professe une vraie foi concernant son Fils,
et cela est dû à l'enseignement par le Pa (cf.2,27, et dans le § 4,1-6 le Pa
est enseignant comme en Jn 14,26; 16,13s et porte témoignage contre le monde
comme en Jn 16,8-11). Selon ce §, la
vraie foi, confessée par ceux qui ont l'Esprit, démasquera les sécessionnistes
qui appartiennent au monde. Ici déjà en 3,23-
(suite à la
page suivante)
§8 1 Jo
4,1-6 : Les deux esprits de la vérité et de l'erreur,
et leurs adhérents respectifs
4
1a Bien-aimés, n'ajoutez pas foi à tout esprit,
1b mais éprouvez les esprits
1c pour voir s'ils sont de Dieu ;
1d car beaucoup de faux prophètes se sont répandus
dans le monde.
2a A ceci reconnaissez l'esprit de Dieu :
2b tout esprit qui confesse Jésus Christ venu dans la
chair
2c est de Dieu,
3a et tout esprit qui ne confesse pas Jésus
3b n'est pas de Dieu ;
3c c'est là [l'esprit] de l'Antichrist
3d dont vous avez appris qu'il
doit venir
3e et qui maintenant est déjà dans le monde.
4a Vous êtes de Dieu, vous, petits enfants,
4b et vous les avez vaincus,
4c parce que celui qui est en vous est plus grand
4d que celui qui est dans le monde.
5a Eux, ils sont du monde ;
5b voilà pourquoi ils parlent d'après le monde,
5c et le monde les écoute.
6a Nous, nous sommes de Dieu ;
6b celui qui connaît Dieu nous écoute,
6c celui qui n'est pas de Dieu ne nous écoute pas.
6d C'est à cela que nous connaissons l'esprit de la
vérité
6e et l'esprit de l'erreur
(suite à la page
suivante)
Découpage
- Noter l'inclusion : (3,24cd+ 4,1) et 4,6.
- De plus 3,23 énonce deux commandements :
croire et aimer. Le § 4,1-6 se concentre sur la possibilité donnée par l'Esprit
de confesser Jésus venu dans la chair, et le § suivant 4,7 - 5,4a sera
concentré sur les implications de l'amour mutuel.
- Le § 4,1-
A l'intérieur, découper 1-3
et 4-6, avec deux adresses différentes ; 1-3 nous parlent des deux esprits, 4-6
assurent les adhérents de1 Jo qu'ils possèdent l'Esprit de vérité (plus
puissant que l'esprit d'erreur des sécessionnistes).
A.
L'esprit de Dieu et l'esprit de
l'Antichrist (4,1-3)
"Bien-aimés" : les faux proph. ne sont pas
les non-chrétiens, mais les sécessionnistes qui ont quitté la communauté et se
sont alignés sur le monde hostile (1 Jo 2,18s; 2 Jo 7). Ce faisant ils ont
trouvé leur lieu : l'esprit du mal et son Royaume.
En Evjo le monde est une
désignation pour tous ceux qui rejettent Jésus et préfèrent les ténèbres (3,19;
7,7; 16,33); en 1 Jo il inclut ceux qui paraissent suivre Jésus, mais dont la christologie
équivaut à un refus.
Si les faux proph. sont les
sécessionnistes, ils sont visibles ! Pourquoi un critère est-il nécessaire ?
Pour aider les adhérents à reconnaître la prétention des sécessionnistes, qui
disent avoir l'esprit de Dieu et dire la vérité. Les "bien-aimés"
doivent réaliser qu'au lieu de mieux connaître Dieu, ceux qui sont
"sortis" reconnaissent la suprématie d'un esprit qui ne vient pas de
Dieu.
Discerner les esprits : Rien à voir avec 1 Cor
12,4, où il s'agit des bons esprits ou charismes. Discerner les esprits
est un charisme spécial donné à certains selon Paul (1 Cor 12,10.29; 14,5);
mais tout chrétien, selon 1 Jo, peut tester la différence entre les deux esprits,
à cause de l'onction qu'il a reçue (2,20.27), les sécessionnistes étant tous de
faux prophètes.
Contexte eschatologique et
apocalyptique
: on attend la dernière heure; les sécessionnistes sont la manifestation de
l'Antichrist, le grand Menteur (2,18s.22). Les deux esprits travaillent dans
les deux groupes antagonistes "nous/eux". On attendait que le Satan
soit lâché à la dernière heure (Apoc 20,7s). L'Esprit qui appartient à Dieu est
le Saint Esprit, qui confesse Jésus Christ venu dans la chair, sa venue-versement
marque les derniers temps (Act 2,17). Le lien entre "l'Esprit que Dieu
nous a donné" et la vraie confession de Jésus est renforcé par le cadre "conversion/initiation/baptême".
Cet Esprit demeure une force qui agit, portant témoignage au Christ (1 Jo 5,6;
Evjo 15,26s).
Les sécessionnistes ont reçu
l'Esprit au baptême. C'est la confession (4,2) qui maintenant les
différencie. Ils ne nient pas l'incarnation, mais que soit salvifique ce
que le Christ était et a fait dans la chair. Ignace d'Antioche avait affaire à
des docètes, mais il argumente un peu comme 1 Jo en Smyrn. 5,2 et Eph 7,2.
La fausse christologie
"détruit" le Christ (luein, cf.3,8) et inverse le propos de la
venue du Christ. Le véritable // paulinien n'est pas 1 Cor 12,11, mais 1 Cor
12,3 où Paul contraste SE/mal consommé. La fausse confession intervient
ailleurs, en 2 Cor 11,4; 1 Tim 4,1. Ainsi, pour Paul comme I Jo, il y a seulement
deux possibilités christologiques.
"Les derniers
temps"
: cf.1 Tim., Syn. 1 QH 4,7.12s. Qumran et I Jo ont historicisé : leur
groupe/les ennemis.
"Discerner" l'esprit du mal. Dans les
évangiles, rendu difficile à cause de ceux qui attribuent au démon les œuvres
du Fils de Dieu (Mc2,22-29). Nécessité aussi dans Didachè 11,7s; 12,1; Hermas
(Man.11,7), Eusèbe 5.16,16-17; Recognitiones 4,21.5s; Homélies 1.19.8; 2,6-11.
B. Les
deux groupes, qui sont de Dieu et du monde (4,4-6)
Interpellés
directement :"petits enfants", "vous" comme 2,20.24.27 sur
l'Antichrist.
Le
fait que l'A cherche à rassurer montre que les sécessionnistes ont fait des
conquêtes.
"Vous les avez
vaincus",
comment comprendre cela ?
Soit simple corollaire de :
"vous êtes du côté de Dieu" (Jn 16,33; 16,8-11).
Soit avec une note
historique : malgré le départ des (riches) sécessionnistes, les adhérents de 1
Jo ont gagné la bataille de la survie.
"Ils sont du
monde"
Cf. Ez
38,1-6; Apoc 20,7-9.
Mais aussi le Jésus joh. (Jn 15,19, 17,14.16.
Pour l'A les sécessionnistes sont comme les
"Juifs" (Jn 8,23; 1,10; 15,19).
Leur message, basé seulement sur
l'incarnation, éviscère ce qui est scandaleux dans la carrière de Jésus.
Des deux options religieuses (le succès
prouve que nous avons raison ; l'insuccès prouve que nous sommes élus de Dieu)
l'A a choisi le second : le rejet par les sécessionnistes est gage de vérité !
"Le monde les
écoute". L'écoute
est majeure pour Jésus : 8,43s.47; 10, 26s; 18,37.
Maintenant le critère (des fils de Dieu) est
de "nous" écouter lorsque nous prêchons un Jésus venu dans la chair.
Cette écoute est critère non seulement d'être
de Dieu, mais de connaître Dieu.
Dans la théologie joh., connaître Dieu n'est
pas le but de l'existence chrétienne, mais sa présupposition (Jn 3,15; 17,3). À
partir de là, aussi bien l'A (2,13b.14b; 5,20) que les sécessionnistes (2,4)
prétendent connaître Dieu. Jusqu'ici l'A
a donné pour critère la garde des commandements (2,3), maintenant il donne
comme critère la vraie christologie .
L'autorité de l'Église. Les auteurs sont divisés
pour savoir s'il faut voir là l'autorité nécessaire d'un magistère.
Pour Dodd, le "nous" vaut pour
l'Église comme un tout, parlant par ses enseignants responsables, qui
incorporent la véritable tradi apostolique. Réponse Brown : 1) 1 Jo est
concerné par la communauté joh. et non par l'Église comme un tout, concept qui
n'est pas attesté par Jn (Jn 10,16 n'a pas ce sens). 2) L'A aurait
difficilement parlé de "enseignants responsables", après 2,27. Le
seul enseignant pour la communauté joh. était le Pa, qui remplaçait Jésus
(14,26). 3) L'idée de tradi. apostolique est étrangère au corpus joh. qui
n'utilise jamais le terme d'apôtre. Le DA, véritable témoin, était lui-même
l'œuvre du Pa (15,26s).
Le seul critère autoritatif
est la vraie christologie sous la guidance du Pa. Il a
passé à la communauté (1 Jo 1,1-5), et ceux qui sont d'accord avec elle
reflètent l'Esprit de vérité. Donc le critère n'est pas substantielle-ment différent
de l'onction (2,27).
Selon
Brown ce critère avait peu de chances de succès, et certains ont fait appel au
critère apostolique qu'on trouvait dans les Pastorales et 1 Pierre.
(suite à la page suivante)
§9. 1
Jo 4,7 – 5,4a L'amour réciproque
comme voie
pour demeurer en
Dieu et l'aimer
7a A. Bien-aimés,
aimons-nous les uns les autres,
7b parce que l'amour vient de Dieu
7c et quiconque aime est né de Dieu
7d et connaît Dieu.
8a Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu,
8b parce que Dieu est amour.
9a En ceci s'est manifesté l'amour de Dieu en
nous :
9b Dieu a envoyé son Fils, l'unique, dans le
monde
9c afin que nous vivions par lui.
10a En ceci consiste l'amour :
10b ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu,
10c mais c'est lui qui nous a aimés
10d et qui a envoyé son Fils en propitiation
pour nos péchés.
11a B. Bien-aimés,
si Dieu nous a ainsi aimés,
11b nous aussi, nous devons nous aimer les uns
les autres.
12a Personne, jamais, n'a contemplé Dieu ;
12b si nous nous aimons les uns les autres,
12c Dieu demeure en nous,
12d et son amour se trouve en nous dans sa
perfection.
13a À ceci nous connaissons que nous demeurons
en lui et lui en nous :
13b à ce qu'il nous a donné de son Esprit;
14a Et nous, nous avons contemplé, et nous
attestons
14b que le Père a envoyé le Fils comme Sauveur
du monde.
15a Celui qui confesse que Jésus est le Fils de
Dieu,
15b Dieu demeure en lui et lui en Dieu.
16a Et nous, nous avons connu - et nous y avons
cru -.
16b l'amour que Dieu a en nous.
16c C. Dieu
est amour,
16d et celui qui demeure dans l'amour
16e demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.
17a En ceci l'amour est avec nous dans sa perfection :
17b si nous avons de l'assurance au jour du
Jugement,
17c car tel est Celui-là, tels nous sommes, nous
aussi, dans ce monde.
18a Il n'y a pas de crainte dans l'amour ;
18b mais l'amour parfait bannit la crainte,
18c car la crainte suppose un châtiment,
18d et celui qui craint n'a pas la perfection
dans l'amour.
19 Pour nous, aimons, puisqu'il nous a aimés
le premier.
20a D. Si
quelqu'un dit :"J'aime Dieu",
20b et a de la haine pour son frère
20c c'est un menteur. 1c aime celui qui est né de lui.
20d Car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit 2a À ceci ns conn. q.ns aimons les enf.de D
:
20e ne peut aimer Dieu qu'il ne voit pas. 2b lsq ns aimons
D et pratiquons ses cdts.
21a Et voici le cdt que nous tenons de lui : 3a Car ceci est
l'amour de Dieu :
21b que celui qui aime Dieu aime aussi son
frère. 3b que nous.gardions ses
commandements.
1a 5 Quic
croit que Js est le xt est né de Dieu 3c
Et les cdts de Dieu ne sont pas pénibles
1b et quiconque. aime Celui qui a
engendré . 4a pcq tt ce qui est né de D est vqr.du monde.
Découpage
ABCD :
En 3,23 nous avions un
double commandement : confesser et aimer. Le premier terme est repris en 4,1-6
"Bien-aimés"; "aimer" est repris ici en A ("Bien-aimés"), et reviendra en
D (4,21). Et on note une progression
concernant le double commandement : 4,1-6 divisait ceux qui appartiennent au
monde de ceux ("nous") qui appartiennent à Dieu. Puisque le
"nous" est haï par les autres, il est urgent que ceux qui
appartiennent à Dieu s'aiment l'un l'autre (4,6-7).
Le thème de l'Esprit Saint, en vedette dans 4,1-6,
revient ici en B (4,13).
De même que le thème
"vraie confession de Jésus"(4,15).
Pour le découpage ABCD, deux (A et B) commencent
par l'adresse "bien-aimés". Les autres sont moins sûrs.
A : origine de l'amour en
Dieu. Sorte d'inclusion entre 4,7 et 4,10.
B : "bien-aimés"
comme en v.7. L'amour dans ceux qui aiment. Inclusion entre v.11a et v.16b.
Thème "Dieu demeure", en v.12c et 15b.
C : Moins facilement
divisible : semble une réflexion-parenthèse sur les thèmes précédents
"Dieu demeure en nous", "l'amour atteint sa perfection",
que l'on trouvait en v.12cd, reviennent en 16e, 17a. C comme B se terminent sur
ce que nous faisons en réponse à l'amour de Dieu pour nous. Et C est
rempli de l'opposition entre amour parfait/crainte.
D : L'A revient sur l'amour
des frères (les fils de Dieu), non mentionnés explicitement depuis v.12, qui
parlait de l'amour les uns pour les autres. Il y voit une composante nécessaire
de l'amour pour Dieu.
La notion de commandement
revient au premier plan, rejoignant 3,23;
Inclusion entre 5,1 et 4,7c,
entre 5,3a et 4,10a, tout comme si A et D sont commencement et fin.
ABC commencent et finissent
sur l'amour de Dieu (pour nous, le plus souvent) :
A : 4,7b : l'amour vient de Dieu
4,10 : c'est lui qui nous a aimés
B : 4,11 : si Dieu nous a ainsi aimés
4,16b: l'amour que Dieu a pour nous
C : 4,16c : Dieu est amour
4,19 : il nous
a aimés le premier
Un problème préalable : pourquoi ce développement
sur l'amour, après 2,7-11 et 3,10c-18 ?
En 2,7-
En 3,10c-18, comme
l'Évangile entendu depuis toujours et en contraste avec la haine du monde.
Peut-être est-ce un cas de
spirale.
En tout cas, c'est le
traitement le plus important sur l'amour dans 1 Jo : 18/28 agapân (aimer),
13/18 agapè.
Progression :
2,5b : encore ambigu :
"l'amour de Dieu"; 4,7 :"l'amour vient de Dieu".
3,1 : "Voyez quel grand
amour nous a donné le Père, que nous soyons appelés enfants de Dieu"; 4,7c
: dit explicitement qu'être né de Dieu rend l'amour possible.
3,10bc : celui qui n'aime
pas n'est pas de Dieu ; 4,8a :"n'a pas connu Dieu".
3 16 :"à ceci nous
avons connu l'amour, c'est que Celui-là a livré sa vie pour nous"; 4,10
:"propitiation".
Nouveau :
Mélange d'affirmations sur
l'amour avec christologie et foi (4,14s ; 5,1a). Le christologique et le moral
sont inséparables.
Dieu est agapè (amour)
: 4,8b.16c.
Antithèse amour/crainte : 4,18.
Antithèse plus marquée amour
pour Dieu/haine pour l'humain : 4,20de.
A.
L'amour vient de Dieu qui est amour
(4,7-10)
"Bien-aimés" : dans un § sur l'amour ;
encore plus approprié qu'en 4,1.
Deuxième partie de 3,23.
Ceux qui sont de Dieu (4,6)
doivent s'aimer l'un l'autre puisque l'amour vient de Dieu (4,7b).
Ainsi on ne tombe pas sous
l'influence de l'esprit de mensonge et on n'est pas du monde (4,1d.6) où l'on
hait les frères (3,13).
Dieu est agapè, réalité d'en Haut, comme
la vérité, la lumière, la vie, la naissance de Dieu et Jésus lui-même (Jn
3,3.31). La logique est que ceux qui sont de Dieu/sont engendrés par
Dieu/connaissent Dieu, doivent aimer. D'où l'arrangement chiastique
(correspondance croisée) :
4,7c Quiconque
aime 4,8a Celui qui n'aime pas
est né de Dieu n'a
pas connu Dieu
7d et connaît Dieu. 8b car
Dieu est amour.
La suite des idées est :
Dieu est amour, ce qu'il engendre est marqué par l'amour. En aimant, l'enfant
connaît son Père. C'est une application du principe général : l'être humain est
à l'image de Dieu, mais ici non pas par la création, mais par foi et amour.
L'auteur aurait fort
bien pu écrire : "Quiconque est
engendré par Dieu, aime". Car pour lui le fait de ne pas aimer montre que
(malgré leurs allégations) ils n'ont jamais été engendrés par Dieu (de même
qu'ils n'ont jamais réellement appartenu à la communauté, 2,19). Puisque dans
la pensée joh. par l'engendrement divin on fait partie du peuple de Dieu (Jn
3,3-7), le critère "aimer montre qu'on est du peuple" peut s'autoriser
de Os 6,4-6; Mi 6,8.
Les sécessionnistes
prétendent connaître Dieu, mais puisqu'ils n'aiment pas, leur prétention est
fausse. Une comparaison avec 2,4 montre que sont interchangeables, comme
critères de "connaître" Dieu, l'amour, et la garde des commandements.
D'ailleurs il ne s'agit pas de critères purement extérieurs, mais de critère
existentiel : en gardant le commandement d'aimer, on obtient la connaissance de
Dieu qui est amour. De nouveau ceci est vrai de l'AT (Os 4,1).
1 Jo présente l'amour comme
un critère pour connaître Dieu (4,7d). Ce qui se comprend vu le rôle parallèle
de la foi et de l'amour dans1 Jo. Foi et connaissance sont liées dans la pensée
joh.
Le négatif 4,8a place les
sécessionnistes sur le même plan que les "Juifs" (Jn 16,3) et le
monde (1 Jo 3,1e)
À la fin de 4,8, glissement
: l'amour est de Dieu>Dieu est amour.
Il ne s'agit pas d'une définition de Dieu, puisqu'on a
aussi (1,5 et 1,6), mais d'une description de Dieu en relation avec les
humains. Mais la description n'est pas purement fonctionnelle, car Dieu est
amour envers nous parce qu'il est amour en lui-même . S'il manifeste son amour
en donnant son F, il a aimé ce F avant que le monde fût (Jn 17,24).
1)
Trois périodes d'Augustin (interprétation abstraite).
Période ancienne, vers 393 :
le SE est l'amour du P et du F (cf.4,10.13).
Période moyenne, vers 407 :
la charité fraternelle comme moyen d'union à Dieu (de connaître Dieu, dirait 1
Jo).
Avant 418 et le Concile de
Carthage contre les Pélagiens : la charité, don de Dieu aux êtres humains, et
même présence de Dieu parmi nous (cf."l'amour est de Dieu").
2)
Opposition justice AT/amour NT . Réponse : c'est faire
erreur sur la sedaqâh et oublier les textes AT où hesed est
caractéristique de Dieu. Le vrai contraste à "Dieu est amour" est
"le monde hait" (Jn 15,18; 17,14; 1 Jo 3,13)
3) Holtzmann : les adversaires gnostiques pouvaient
réaliser que Dieu est Esprit (Jn 4,24) ou lumière (I Jo 1,5), mais pas que Dieu
est amour, parce que cela dépasse la religion naturelle.
Réponse : les 3 "Dieu
est" dépassent la religion naturelle parce qu'ils sont christologiques :
nous savons que :
Dieu est Esprit parce que
Jésus communique l'Esprit (Jn 7,39).
Dieu est lumière parce que
Jésus est la lumière du monde (Jn 8,12).
Dieu est amour parce que
Dieu envoie dans le monde son F unique.
Si donc les adv. pouvaient
dire "Dieu est Esprit, lumière", ils pouvaient dire "Dieu est
amour"; ils n'étaient pas seulement des gnostiques tenants de la religion
naturelle mais des disc. de Jn.
L'opposition
A/sécessionnistes visait surtout le contenu christologique non seulement la
venue de Jésus dans le monde avait de l'importance, mais sa vie et sa mort, de
même que la vie morale des croyants.
L'A explique comment l'amour
de Dieu s'est révélé et en quoi il consiste ("en ceci s'est manifesté; en
ceci consiste"). Cela ne signifie pas qu'il n'y avait pas d'amour divin
avant la venue du FD , Dieu n'est pas devenu amour à l'incarnation, mais
il a révélé ce que déjà il était. Déjà la kharis(grâce) se montrait en
Moïse (Jn 1,16s). Le Verbe qui s'est fait chair est le même qui était avec Dieu
avant la création, le même qu'il était source de vie et de lumière pour les
hommes, avant que les ténèbres n'essaient de les vaincre.
Mais maintenant l'A regarde
la révélation définitive de l'amour de Dieu (cf.4,17s).
Ce qui est neuf, c'est qu'Il
a donné son Unique, comme Abraham.
10d
("propitiation") montre que l'A pense non seulement à l'incarnation,
mais aussi à la mort de Jésus (cf.3,16; Jn15,13).
Nous pouvons parler d'une
triple révélation :
Dieu a envoyé son Unique,
il consent à sa mort,
et cela pour nos péchés
(cf.Odes Sal.3,3s).
avec usage christologique
de "donner" ( Rm 8,32; Ga 1,4; 2,20), qui se rapporte à la mort de
Jésus aussi bien qu'à l'incarnation.
C'est le pt de divergence avec les sécessionnistes.
1 Jo rejoint ici la catéchèse baptismale commune.
Ceci explique la connexion
de 1 Jo entre formulation christologique de l'amour et "être engendré par
Dieu" (4,7), "avoir la vie par le F" (4,9),
"propitiation" (4,10).
Contexte baptismal
encore : Eph 2,4s; 2 Tim 1,9s.
Cette origine baptismale explique aussi le
"nous" de l'auteur, qui confesse le Christ comme Sauveur d'un peuple,
Sauveur du monde ( Jn 3,19; 4,4; I J 4,14; 2,2; 4,9) ; le "nous" joh.
de tous ceux qui ont vie dans le Christ (1 Jo 4,9bc).
"Manifesté en nous" (4,9a)
Plus que Jn 1,14
("parmi nous". Le verset 4,9c montre qu'une part de la révélation
advient dans le chrétien.
Chaîne : le F reçoit la vie
du P, le croyant reçoit la vie du F (Jn 5,26; 6,57; I Jo 5,11). C'est pourquoi
la manière de vivre du chrétien est une partie du plan salvifique.
Les sécessionnistes
pourraient dire "pour nous, parmi nous", mais pas "en
nous".
B.
Le Dieu d'amour habite en nous (4,11-16b)
L'A revient en 4,11b sur ce
qu'il a annoncé en 4,7a.
L'amour de Dieu qui s'est incarné en Jésus doit
s'incarner chez les chrétiens ; l'amour, qui est reçu dans et avec la vie
divine, doit être actif, comme la vie. On attendrait : "Si Dieu nous a
aimés, nous devons aimer Dieu", mais cette réciprocité, supposée par l'A,
cède le pas à l'imitation de Dieu.
Les commandements de Dieu
sont ses paroles qui viennent de son être : il donne le commandement d'aimer parce
qu'il est amour. Donc ne pas opposer une obligation basée sur un commandement
(4,21; 5,2s) et une obligation basée sur le fait que Dieu est amour et agit
avec amour. Le Verbe devenu chair et la parole qui dit que nous devons aimer
sont tressés en Jn.
Le don/envoi du F jusqu'à la
mort est à la fois un acte d'amour (4,9s) et un commandement du P (Jn 10,18;
14,31)
Qu'il mentionne ou non le
commandement, 1 Jo s'appuie sur une tradi qui le fait (Jn 15,10s). C'est cette
tradi qui explique pourquoi soudain 4;12c parle de "demeure en nous";
"Personne, jamais, n'a
contemplé Dieu".
Reflète la lutte avec la synagogue, et le renvoi
possible à Moïse et Elie.
Rien ne prouve qu'il y ait
une pointe anti-sécessionnistes, qui étaient fidèles à Evjo et affirmaient eux
aussi que personne n'avait vu Dieu.
La pointe
anti-sécessionnistes commence en 4,12b, où l'A ose faire l'inhabitation divine
dépendante de notre amour fraternel, et exprimée par lui.
L'amour que Dieu nous a
montré atteint même sa perfection (teleioun passif) (4,12d) quand nous aimons
du même amour (4,12d). Objection : l'amour, venant de Dieu, ne peut être
dépendant de l'amour des humains ! Réponse : étranger à la pensée joh. : le
fait que le Verbe était avec Dieu avant la création implique que Dieu est
"outward-looking", car une parole veut être entendue. Ce Dieu est
amour quand il aime, et son amour n'est pas parfaitement ce qu'il doit être
jusqu'à ce qu'il engendre des enfants à son image qui s'aiment réciproquement.
Rappeler Jn 17,23; l'amour
atteint sa perfection dans le croyant quand le croyant atteint sa perfection
dans l'amour. Et Jn 13,1 : telos (fin) , c'est la perfection de l'amour
de Dieu en Jésus. Et 1 Jo 3,16.
Le critère de l'habitation
de Dieu en nous (4,13) : il nous a donné de son Esprit. cf.3,24cd et 4,1-6.
Certains rapportent l'Esprit
à l'amour (d'après Rm 5,5).
D'autres à la foi (au Sauveur
du monde).
D'autres à l'amour et à la
foi.
D'autres invoquent le
"témoignage".
Bien voir que le critère, ce
n'est pas l'Esprit directement, mais le fait que Dieu nous a donné de son
Esprit.
Quand il parle en 4,9 de la
révélation de l'amour de Dieu en nous, il parle de l'envoi de son F ; le don de
l'Esprit n'est-il pas l'étape suivante et continue ? C'est l'Esprit de Jésus qui continue Son envoi (Jn
14,27; 16,7) ; c'est un Esprit qui donne la vie divine (3,3.5; 6,65; 7,39).
Privilège des enfants de
Dieu : "voir" et "témoigner"(4,14)
Ils "voient" Dieu
…dans le F, Sauveur du monde : c'est une part de l'œuvre du Pa, et le monde est
dans son tort (Jn 16,10, où l'Esprit continue l'œuvre de Jésus, venu pour une krisis
(jugement), 9,39).
"Témoigner" est
aussi l'œuvre du Pa (Jn 15,26).
Voir et témoigner, ce fut
l'œuvre du DA au pied de le Croix (Jn 19,35), quand l'eau, symbole de l'Esprit,
jaillit du côté transpercé.
Les sécessionnistes ne
doivent pas avoir eu de difficulté pour saluer en Jésus le Sauveur du monde (Jn
4,42). mais ils ont divergé quant à 4,10 "Dieu a envoyé". L'A y
voyait un envoi "propitiation", ce que rejetaient les
sécessionnistes.
Confession christologique (4,15).
Explicite le témoignage de
4,14.
Originellement il s'agissait
(contenu de la tradi au baptême) d'identifier Jésus comme le Fils de Dieu,
devenu chair (Jn 1,14). Là encore les sécessionnistes divergent sur
l'interprétation de la confession tradi. : le Fils de Dieu est Jésus, qui a
vécu parmi nous (1 Jo 1,1) et est mort sur la croix.
Les deux confessions
(Jésus/Jésus venu dans la chair) sont harmonieuses et guidées par le Pa.
En
3,24, quand on garde le commandement de "croire"(3,23), on peut connaître
que Dieu demeure à l'Esprit qu'il nous a donné.
En
4,2, 1re pas dans l'interprétation du double commandement, nous
entendions :"Celui qui confesse … reflète l'Esprit"
Ici,
2me pas, Dieu nous a donné de son Esprit (4,13b) et nous confessons 4,15)
Retour au thème de cette
unité : l'amour (4,16ab après 4,11-12)
"Nous"= adhérents,
qui ont une christologie correcte.
Cette christologie nous
permet de connaître et de croire en l'extension et la profondeur de l'amour de
Dieu (13,1, 15,13).
Et ce n'est pas une connaissance
purement intellectuelle, car l'amour que Dieu a "en nous" (4,16b) (en
ce sens qu'il nous a identifiés à son F en faisant de nous ses enfants) et la
manière dont nous vivons sont une manifestation de l'amour de Dieu Ainsi est
accomplie la prière de Jésus en Jn 17,26.
C. L'amour atteint en nous sa
perfection ;
il bannit toute crainte
(4,16c-19)
Début
: 1) Le
"ceci" du v.17 renvoie à ce qui précède, et donc ne peut commencer le
§.
2)
4,16c répond à 4,7 et 4,11 ; et nous avons amour+perfection+demeure, comme en
4,11-12.
Pourquoi
ces répétitions "Dieu est amour" (4,16c/4,8b) et "Dieu
demeure"(4,12c/4,16e) ?
Tenir
compte du rythme, et en plus il y a nuance:
Le
1er "Dieu est amour" est vérifié par l'envoi du F ; le second
souligne ce qui est attendu du chrétien
(demeure dans le chrétien).
Le
1er "demeure" souligne le résultat merveilleux de notre
amour, le second, ce qui est attendu du chrétien : notre amour rend possible le
"demeurer" de Dieu.
Jusqu'ici,
3 conditions : garder les commandements (3,24), nous aimer (4,12) et confesser
Jésus comme le FdD (4,15ab) , 3 manières d'énoncer les demandes de base de la
nouvelle Alliance. Comme les Dix commandements impliquaient l'acceptation du
Dieu d'Israël, une relation particulière avec lui, et un amour fraternel, de
même le NT implique l'acceptation de Jésus comme FdD, une relation particulière
avec lui, et un amour fraternel.
Ce
qui est important en 4,16cde : l'amour n'est pas quelque chose que nous pouvons
de nous-mêmes ; il vient de Dieu. Demeurer en Dieu est donc plus qu'une
condition pour le "demeurer" divin, en aimant nous expérimentons ce
"demeurer" (le contraire de "sortir", des sécessionnistes).
L'amour
atteint en nous sa perfection dans le "demeurer" réciproque (4,17a.16e).
L'amour
qui exprime Dieu qui a envoyé son F doit être effectif en nous en termes
d'amour pour les autres (4,17c).
Le
Christ est mort pour nous et continue, comme Pa, à intercéder (2,1-2).
Ressembler
au Christ nous permet la confiance (4,17b). Le résultat de l'amour est donc
énoncé de deux manières : en 2,28 – 3,1 la confiance est reliée au P, qui nous
a aimés au point de faire de nous ses enfants ; ici elle est liée à l'amour (divin)
qui atteint sa perfection dans le "demeurer" réciproque.
L'amour
parfait chasse la crainte (4,18)
En
1 P 2,17, il faut encore craindre Dieu. En 1 Jo il ne faut pas craindre du
tout.
Les
sécessionnistes n'attendaient aucun jugement, l'A, qui attend un jugement,
déclare qu'il ne provoque aucune peur.
Nous
ne pouvons craindre Dieu qui habite amoureusement notre cœur et qui ne peut
nous juger négativement ni en ce monde ni au Jugement.
En
4,18d ce n'est pas que l'A admette implicitement l'existence d'un amour
imparfait. Toute vraie agapè vient de Dieu et nous meut vers une
expression parfaite. Si elle est frustrée, elle est avortée, et la personne
devient quelqu'un qui n'a pas l'amour de Dieu demeurant en elle.
En
4,18, l'A souligne le positif.
Ses
adhérents ne doivent pas céder à la peur, qui les rendrait vulnérables à la
propagande des sécessionnistes : pas de jugement, pas de péchés, pas de soucis
par rapport à Dieu.
Le "nous"
concerne, non pas d'actuels opposants, mais des chrétiens joh. qui pourraient
craindre.
Même
formulation qu'en 4,14a; 4,16a.
Ce
n'est pas arrogance, car tout vient de Dieu qui "nous a aimés le
premier", comme 4,10c et 4,16b.
Et cela crée une inclusion avec 4,7b.
Tous
ces versets donnent Dieu comme l'origine de l'amour.
Il
n'y a donc aucune contradiction entre urger l'amour et cette affirmation que
déjà nous aimons.
L'amour
qui vient de Dieu réclame notre coopération ("avec nous", 4,17a), et
ainsi il y a place pour urger qu'un amour déjà possédé ne soit pas bloqué.
D.
Aimer le frère comme commandement de Dieu (4,20 – 5,4a)
En
ABC l'A visait surtout "nous", ici en D il change, attaque la fausse théologie
comme en 1,5 - 2,2 et 2,3-11.
Il
n'urge pas seulement l'amour réciproque, mais défend théologiquement l'amour du
frère.
Tranche
sur ABC en ce qu'il ne commence et finit pas de la même manière.
Aimer
Dieu et aimer son frère sont les deux facettes d'un même amour (4,20-21)
L'idée
de base a été exposée avant : toute agapè vient de Dieu. S'Il dit
demeurer dans le chrétien, il doit s'exprimer par l'amour du frère (en même
temps que par l'amour pour Dieu).
La
raison, qui deviendra claire en 5,1-2, est que le frère est fils du Dieu dont
vient l'amour, et Dieu montre son intérêt pour ses enfants en demandant qu'ils
s'aiment.
L'argument
de 4,20de n'est pas seulement a minori ad majus (du plus petit au plus
grand), mais exprime une nécessité, car l'amour vient de Dieu
Pour "Dieu qu'on ne
voit pas", c'est une donnée de la tradi (4,12a).
Pour
le frère qu'on ne voit pas, cf. l'histoire de la communauté (3,17). Les
sécessionnistes ont peut-être abandonné des frères dans le besoin, montrant par
là qu'ils n'avaient pas d'amour pour ceux qu'ils voyaient régulièrement.
Il
est vrai que l'A n'aime pas plus les sécessionnistes, ses anciens frères, qu'il
n'est aimé d'eux avec ses adhérents.
Dualisme
typiquement joh. :
pas de milieu entre amour
et haine (4,20-21) ; celui qui hait est un menteur et il est implicitement le
Satan ; aimer le frère (de la communauté) plutôt que le prochain.
Mais
il y a des traits partagés avec le judaïsme contemporain et avec les auteurs
chrétiens :
Philon
(Sur le Décalogue 23,120)
Mt
25,40 (jugement invoqué en I Jo 4,17b).
Agraphon
: "Tu as vu ton frère, tu as vu ton Dieu".
Souvent
le commandement de 4,21 est présenté comme l'équivalent de Mc 12,28-31 (=Dt
6,4s, Lv 19,18).
Cependant,
l'A ne parle pas de deux commandements, et s'il il y a une priorité pratique,
c'est l'amour pour le frère.
Il
ne commence pas en 5a un nouveau § sur la foi (malgré certains), car cette mention de la
foi est fugitive, et le thème de l'amour (commun à 4,7-21) reprend de 5,1b à
5,3a.
Le
commandement d'aimer (3,23) est reparu en 4,21 ; le commandement de croire en
4,5a.
Lien
entre 4,20 et le début de 5. En 4,20, thème du menteur, cf.2,22 ; Ainsi en 4,20
et 5,1, l'opposé du Menteur est celui qui aime son frère et qui croit que Jésus
est le Christ.
Autre
lien entre 4 et 5 : les 3 arguments pour aimer le frère (introduit en 4,20abc)
:
impossible
sans cela d'aimer Dieu invisible (4,20de)
il
y a un commandement (4,21)
lien
entre engendreur/engendré.
La
polémique contre les sécessionnistes : thème général de D : ils n'aiment pas leurs anciens
frères.
Trois
mentions de "frère" en 4-20-21
Mention
des engendrés de Dieu en 5,1a (similaire à Jn 20,31). Il n'y a pas en 5,1a de
nouveau thème de foi, car "Jésus est le Christ" est introduit parce
que faisant partie de la description classique des "nés" de Dieu.
L'argument de l'auteur, c'est que ceux qui continuent la vraie foi au Fils de
Dieu sont les vrais "nés" de Dieu et les vrais frères à aimer.
A
l'appui : l'aphorisme de 5,1b, qui n'est pas simplement un argument a minori
ad majus (du plus petit au plus grand), pas plus que 4,20de.
Bq
l'A emploie pisteuein (croire) et non homologein (confesser), il
vise en 5,1a une foi professée. L'important est d'identifier le frère et la
confession de la foi est implicite dans l'appel à la formule credo de Jn.
L'aphorisme
de 5,1b est développé en chiasme en 5,2.
Ce
n'est pas un raisonnement circulaire : on teste l'amour pour Dieu par l'amour
pour les frères (4,20-21),
on
teste l'amour pour les frères par l'amour pour Dieu;
en effet la pensée de l'A
implique que les sécessionnistes n'aiment pas Dieu puisqu'ils n'aiment pas les
frères : ils n'ont pas de "frères", et ils ne peuvent aimer de
l'agapè qui vient de Dieu, car cela impliquerait la garde de commandements.
Noter l'association : amour/garde des commandements, héritage juif (Sag 6,18;
Dt 6,6).
Contre
le découragement (5,3c4a), qui ferait le jeu des sécessionnistes.
Les
commandements ne sont pas pénibles (5,3c) parce que l'enfant de Dieu partage la
victoire du Christ (5,4a) sur le monde (Jn 16,33), monde qui englobe les
sécessionnistes (I Jo 4,5).
C'est
un retour sur 4,4 et 2,17.
(suite à la page suivante)
§10. La foi qui
conquiert le monde,
et le rôle du
témoignage (5,4b-12)
4b A. Telle est la victoire qui a vaincu le
monde :
4c notre
foi.
5a Quel
est le vainqueur du monde,
5b sinon
celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?
6a C'est
lui qui est venu par l'eau et le sang, Jésus Christ,
6b non
pas avec l'eau seulement,
6c mais avec l'eau et le sang ;
6d et
c'est l'Esprit qui rend témoignage,
6e parce
que l'Esprit est la vérité.
7 Car
il y en a trois qui témoignent :
8a l'Esprit,
l'eau et le sang,
8b et
ces trois tendent au même but
9a B. Si nous recevons le témoignage des
hommes,
9b le
témoignage de Dieu est plus grand,
9c parce
que tel est le témoignage de Dieu :
9d il a
témoigné au sujet de son Fils.
10a Celui
qui croit en le Fils de Dieu a le témoignage en lui ;
10b celui
qui ne croit pas Dieu a fait de lui un menteur,
10c parce
qu'il n'a pas cru au témoignage
10d que
Dieu a rendu au sujet de son Fils.
11a Et tel
est le témoignage :
11b Dieu
nous a donné la vie éternelle,
11c et
cette vie est en son Fils.
12a Celui
qui a le Fils a la vie ;
12b celui
qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie.
(suite
à la page suivante)
Découpage
Le
thème principal de l'unité §9 était l'amour (mentionné ultimement en 5,3-4a), tandis
que maintenant, c'est la foi et la christologie (5,4c).
50%
du vocabulaire 1 Jo de foi/croyance se trouve dans cette unité § 10.
§8et
§9 sont gouvernés par 3,23 (croire et aimer); § 8 =foi et confession ;
§9=amour, qui se termine par le commandement. Maintenant on revient à
"foi".
Fin
en 5,12. Le verset suivant 5,13, 1re personne, commence autre chose.
"A"
reprend le thème "conquête" de 5,4a.
Le
contenu christologique de la foi vient de Jn en trois termes : eau, sans,
Esprit, qui se réfèrent à la vie de Jésus, et sont un témoignage contre le
monde (les sécessionnistes).
"B"
a une structure interne particulière. Deux fois "tel est témoignage de
Dieu" (5,9cd, 5,11ab) ; deux fois : positif et négatif (5, 10ab; 5,12ab).
Le témoignage, cette fois de Dieu lui-même, divise les croyant des non
croyants, et a le pouvoir de donner la vie éternelle, autre manière de dire que
l'on est engendré par Dieu, ce qui fait que § 10 se termine comme § 9, 5,12
comme 5,4a.
Le
Prologue de I Jo : le "témoignage" est en liaison avec la zôè (vie, 1
Jo 1,2) comme ici, où elle apparaît 4 fois (5,11bc; 5,12ab).
Jn
20,31 :
conclusion originelle de Jn, on la retrouvera en 5,13, mais le reste de Jn
20,31 se trouve dans cette § 10 : 5,6b : Jésus Fils de Dieu; 5,11-12 : la vie
éternelle donnée dans le Fils de Dieu.
A Témoignage à Jésus Christ par l'eau, le
sang et l'Esprit (5,4b-8)
L'unité § 9 se termine sur la
conquête (5,4a), mais sans que soit dit clairement comment cette conquête à
venir se relie à la victoire de Jésus à la fin de son ministère, et la victoire
du chrétien sur le mal (1 Jo 2,13-14). L'unité (5,4b-8) contribue à la solution
en présentant notre foi comme une conquête, une foi en ce que Jésus a fait
dans son ministère et sa mort, une foi
qui demeure ferme malgré les sécessionnistes, qui sont du monde (4,5), un monde
encore à vaincre.
Bases
bibliques des principales idées :
(Bq
la foi comme conquérante (5,4bc) et le chrétien comme vainqueur (5,5ab) soient
typiquement joh.)
Les
victoires d'Israël sont dues à Dieu (Ps 98,1-3; 2 Sm 23,10; 1 QM 3,5.9)
Jn
1,12-13, nous sommes vainqueurs parce que nous sommes enfants de Dieu et
partageons sa vie.
La foi nous relie à la
puissance de Dieu (NT), Mt 17,20; Lc 17,6; Gal 5,6.
Ce
qui est neuf
dans la présentation joh. de la victoire : la foi n'est pas seulement confiance
en la puissance de Dieu, mais une manière christologique de comprendre Jésus
comme Fils de Dieu. Seule une telle foi donne la vie éternelle, fait de nous
des enfants de Dieu et nous donne part à la victoire du Christ.
Les trois témoins sont une
image forte, mais nous n'avons pas de clef certaine.
Les sécessionnistes : semblent avoir employé
"venu dans l'eau", mais ils ne sont ni docétistes ni partisans de
Cérinthe (présence divine provisoire). Ils identifient le salut avec la seule
Incarnation de Jésus, révélé comme préexistant par le Baptiste (1,31 : il a
baptisé dans l'eau pour qu'il soit révélé). Il a vu l'Esprit reposer sur
Jésus (1,32; 3,34). Aussitôt après ce témoignage du Baptiste, Jésus est
confessé comme Fils de Dieu (1,41.48).
I Jo : certes, l'Esprit est descendu sur Jésus au
baptême, le désignant comme le préexistant qui devait venir, mais pour les
disciples il fallait attendre que Jésus ait été glorifié (7,39). Et 1 Jo fait
appel au témoignage du DA en 19,34s : du sang et de l'eau. Eau (7,38) et
Esprit (7,39). Sang : qui doit jaillir de l'agneau immolé : la mort de Jésus
donnait la vie. Pour le chrétien, le moment où l'Esprit donne la vie n'est pas
simplement le moment de la colombe, mais l'Esprit jaillissant du Christ après
sa mort. J.Baptiste non seulement a désigné Jésus comme le préexistant, mais
comme l'Agneau de Dieu (mort sacrificielle).
L'Esprit a été communiqué
au DA (19,30) pour témoigner du sang et de l'eau.
Le
témoignage du DA sera vrai, parce que l'Esprit est l'Esprit de Jésus qui est vérité
(14,6) et l'Esprit de vérité (14,17; 15,26; 16,13).
Ce
témoignage rendu par l'Esprit via le DA se continue dans la communauté joh.:
l'Esprit témoigne encore. Autrement dit, là encore l'A se range derrière la
tradi remontant au DA (1 Jo 1,1).
L'Esprit
qu'ont reçu tous les membres de la communauté fera reconnaître ce témoignage
comme vrai (2,20.27; 3,24cd)
Plusieurs
témoignages
(au présent)
Cela
rappelle les débats de Jésus avec les Juifs (Dt 19,15; Jn 8,17s; 5,1-40)
Contrairement
aux sécessionnistes l'A présente plusieurs témoins.
Non
seulement l'Esprit (5,6) mais l'eau et le sang témoignent. Ici plusieurs théories :
1)
L'A donne une description symbolique du pouvoir de
Jésus qui a vaincu le monde par sa mort glorieuse (16,33), pouvoir de vivifier
grâce à l'Esprit (6,63), de purifier comme par l'eau (13,10), de réconcilier
par son sang (1,7; 2,2).
2)
Mais, plus visiblement, l'A renverrait aux
sacrements : l'Esprit renvoie à l'onction (2,20.27), l'eau, au baptême (Jn
3,5), le sang à l'Eucharistie (6,51-58). Ainsi les sacrements témoignent du
caractère salvifique de la mort de Jésus.
B. Témoignage rendu au Fils de Dieu par Dieu
lui-même (5,9-12)
Gradation
comme en Jn 5,1-40. Même si les sécessionnistes ont pu en appeler au Baptiste,
l'A a un "témoignage plus grand". De même qu'en 5,36-40 le P
témoignait à travers les autres témoignages, mais gardait la primauté, de même
en 5,7-8 les témoignages sont d'origine divine, mais Dieu témoigne plus
directement encore. Qui pourrait témoigner de Jésus mieux que le P ? Insistance
aux v.9.10.11 sur "son Fils".
Parce que 5,10 parle du
"témoignage en", certains pensent à un témoignage intérieur qui fait
reconnaître la valeur des trois autres. Ils font appel à 6,44; 10,3s; Mais il
n'est pas sûr que dans ces cas Jn parlerait de témoignage.
D'autres
disent même : ce témoin intérieur est l'Esprit. (14,16). Il est vrai que
l'onction (probablement par l'Esprit) de 1 Jo 2,20.27, aide le chrétien à reconnaître la vérité, mais la fonction de
témoin de l'Esprit est extérieure, par la voix du chrétien en qui l'Esprit
demeure (15,26s; 16,8ss). De plus l'interprétation de 5,9-12 est que le
témoignage de Dieu est différent et s'ajoute à ceux de 5,6-8, dont l'un est
l'Esprit.
Plus
sûre est la voie ouverte par 5,9d et 11bc :
5,9d
montre que c'est du P (et non de l'E) qu'il s'agit, et que le témoignage vient
de l'extérieur.
5,11bc
définit le témoignage comme la vie éternelle qui est dans le Fils de Dieu. Ici
l'A suppose la chaîne du don de la vie, si nette dans Evjo : Jésus tient la vie
de son P (5,26; 6,57; 1,4), ceux qui croient en Jésus reçoivent la vie de lui
(3,36;5,24;20,31). Ainsi la vie éternelle des chrétiens, reçue du P à travers
le F, constitue une preuve que Jésus est le Fils de Dieu. La 1 Jo commençait
avec le "nous" rendant témoignage à la vie révélée en Jésus, elle se
termine vers la fin (5,11) sur Dieu donnant un témoignage incluant la vie qui
est en son F.
Caract.de la théologie joh
, dualisme provoqué par ce que donne Dieu : lumière, amour, vie (les 3
incorporés en Jésus)
Division
dualistique entre ceux qui acceptent et ceux qui refusent
lumière
: Jn 3,16-21
amour
: 1 Jo 4,7s
vie
: antithèses 10a/10b, croire, ne pas croire ; 12a/12b, posséder, ne pas posséder.
Une
comparaison entre les 2 lignes + (10a/12a) montre que croire=posséder ; de même
posséder en soi le témoignage de Dieu=posséder la vie. Ce qui confirme que 11ab
est une définition. Un bon //à 10a est Jn 3,16
Entre
les 2 lignes – (10b/12b) :
10b
est typiquement joh. et ne laisse pas de place pour l'ignorance ou la méprise,
tout comme l'alternative à l'amour n'est pas l'indifférence, mais la haine (1
Jo2,11s), l'alternative à la lumière n'est pas l'obscurité, mais les ténèbres
(1,5), l'alternative à la vérité est le mensonge. On est soit du côté de Dieu
et de son F, soit du côté du diable et de l'Antichrist, qui sont mensonge (Jn
8,44; 1 Jo 2,22).
Un bon // à 10b est 1,10 :
une mauvaise position éthique et une mauvaise position christologique ont le même
résultat : contester ce que Dieu a fait en envoyant son F.
Il
est triste de constater que 12b termine sur du négatif le corpus de 1
Jo.
Le
corps de Evjo se terminait sur une note positive (20,31) bq que Jn 1,11 ait
noté le rejet par les siens.
Mais
une décennie a passé et la communauté joh; n'a pas répondu à l'espérance de
l'évangéliste. Elle a vécu la division, et l'avertissement final de l'A fait
écho paradoxalementt à la promesse de Evjo. Il condamne les anciens frères qui
ne possèdent plus le Fils de Dieu (ne croient pas correctement) et, ne croyant
pas, ne possèdent pas la vie en son nom.
Le témoignage de Dieu
I Jo 5,4b-12
(ajout
personnel)
Noter la différence des temps
: le Christ est venu (dans le passé), l'Esprit témoigne (aujourd'hui).
Le Christ n'est pas venu
seulement dans l'eau (baptême du Christ ; thèse des sécessionnistes), mais
aussi avec l'eau et le sang (de la mort salvifique du Christ, Jn 19,34-38).
Trois témoignent dans
l'aujourd'hui de l'Église :
l'Esprit témoigne, par le DA, à propos de la mort de Jésus (on
peut y voir l'accès à la foi, qui conditionne le baptême).
l'eau jaillie du côté de Jésus (qui renvoie au baptême des
chrétiens, dans l'aujourd'hui de l'Église)
le sang jailli du côté du Christ (qui renvoie à l'Eucharistie.,
dans l'aujourd'hui de l'Église).
Le témoignage des hommes est
très général, il désigne le témoignage des hommes en général.
De Dieu il est dit qu'il
"a témoigné" (mémarturèken, 9d, 10d), donc un témoignage qui a
eu lieu dans le passé, mais qui demeure
Le témoignage, Dieu l'a donné
dans le passé par la voix du baptême (celle de la transfiguration n'est pas
notée par saint Jn) et par le pouvoir qu'il a donné au F de faire des miracles
en son nom, d'avoir la vie en lui-même (11c) et de la donner (11c). C'est donc
un témoignage rendu à son Fils, par qui nous avons la vie éternelle.
Ce témoignage demeure ; c'est
pourquoi le croyant peut avoir ce témoignage "en soi"(10a). Ce
témoignage qui demeure n'est autre que le triple témoignage (au présent) dont
il est question en 6d, 7.
C'est donc Dieu qui est
derrière.
(suite
à la page suivante)
11. 1 Jo 5,13-21 : La conclusion
13. Je vous ai écrit ces choses, pour que vous sachiez que vous
avez la vie éternelle, vous qui croyez en le nom du Fils de Dieu. 14. Et
telle est l'assurance que nous avons auprès de
Lui : si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. 15. Et
si nous savons qu'Il nous écoute en tout ce que nous demandons, nous savons que
nous possédons les choses que nous Lui avons demandées. 16. Si quelqu'un
voit son frère commettre un péché qui ne va pas à la mort, qu'il demande, et il
lui donnera la vie, à ceux dont le péché ne va pas à la mort. Il y a un péché
qui va à la mort ; ce n'est pas pour celui-là que je dis. de prier. 17. Toute
iniquité est péché, mais il y a un péché qui ne va pas à la mort.
18a Nous savons que quiconque est né de Dieu
ne pèche pas ;
18b mais celui qui a été engendré de Dieu le
garde,
18c et le Mauvais n'a point prise sur lui.
19a Nous savons que nous sommes de Dieu,
19b et que le monde tout entier gît au pouvoir
du Mauvais
20a Mais nous savons que le Fils de Dieu est
venu
20b et qu'il nous a donné l'intelligence pour
connaître le Véritable ;
20c et nous sommes dans le Véritable
20d dans son Fils Jésus Christ
20e C'est lui qui est le véritable Dieu et la
vie éternelle.
21 Petits enfants, gardez-vous des idoles.
Découpage
C'est la thèse de Bultmann
(qui lie v.13 à ce qui précède ; selon lui d'ailleurs 14-21 n'est pas uniforme
: 18-20 imitent le style joh. de l'A, tandis que v.21 n'est pas joh.). Selon
lui 14-21 ne font pas alterner christologique /parénétique comme le reste de 1
Jo. En fait ce pattern n'est pas si régulier que le voudrait Bultmann.
D'un autre côté, 14-21
partagent beaucoup de thèmes avec le reste de 1 Jo :
le thème "prier avec
confiance et recevoir" : 5,14-15, cf.3,21-22.
le thème "péché qui va
à la mort" :5,16-17, cf.2,19 (et non réflexion du IIe siècle).
Le contenu de 18-20 est typique du dualisme de 1 Jo,
ex. Dieu/Mauvais (2,13s; 3,10.12).
Absence de péché : 5,18a,
cf.3,6.9.
Les idoles (5,21), étrange
pour Bultmann, en fait langage juif pour la sécession du peuple de Dieu ;
"s'en garder" est proche de 2,15.
Donc la conclusion tient
dans 5,13-21.
L'A veut renforcer les
chrétiens dans leur christologie, contre le prosélytisme des sécessionnistes.
Il lutte contre l'érosion de
sa communauté en soulignant les valeurs positives de sa foi.
Il est clair que 18-20 sont
à part : 3 "nous savons", bien que le thème du péché rattache aux
versets qui précèdent.
Le pattern tend à souligner
rhétoriquement que le "nous" est bien du côté de Dieu, à la fois du
point de vue éthique et du point de vue compréhension du F.
L'A ne peut s'empêcher de
mettre en garde contre l'idolâtrie des sécessionnistes.
Donc deux sous-sections :
13-17 et 18-21.
En reconnaissant que 13 mène
à 14-17 et que 21 conclut 18-20.
A.
Confiance qu'on a la vie malgré le péché
(5,13-17)
Après
avoir souligné les grandes options (posséder/ne pas posséder la vie ou le F) L'A
encourage en revenant sur ce qui l'a fait écrire :
Cf.
Deut 30 avec 31,6.8.23. Plusieurs fois il a rassuré (il n'aurait pas écrit s'il
n'y avait pas danger de glissement). Ici v.13 reprend les termes de v.11-12.
Cf.
Jn 20,31 avec le même désir de justifier ce qui a été écrit. Tandis qu' il
n'était pas clair que Jn écrivait pour ceux qui croient déjà, c'est clair pour
1 Jo, et l'A s'exprime en termes de savoir plutôt qu'en termes de
croire. Plusieurs fois il a rassuré ses lecteurs sur leur savoir (2,3.13b.14d;
4,13). Ce langage du savoir, hérité de Jer et Ez, renvoie à ce qu'ils ont reçu
en entrant dans la communauté. Cette "joie" (1,4) doit s'épanouir en koinônia
(communion) avec Dieu, le F, les autres membres de la communauté. Croire au
nom du Fils de Dieu (5,13; Jn 20,31) renvoie au baptême (2,12-13)
Ainsi
la fin de 1 Jo rejoint le début : si le lecteur reste fidèle à ce qu'il a reçu
"au début", il continuera à être enfant de Dieu et à recevoir sa vie.
L'atmosphère
de confiance
devient explicite v.14, avec passage du vous au "nous". Ils sont
enfants de Dieu, donc ils peuvent se tenir en présence de Dieu. De nouveau
renvoi au "début", au baptême (Rm 8,15; Act 12,5)
Selon
sa volonté (5,14)
Non pas que la promesse de Jésus (16,24) n'ait pas été
remplie. Mais l'A pense qu'il doit y avoir cohérence entre celui qui demande et
ce qu'il demande. Ce qui est illustré par la prière de Jésus lui-même (Jn
10,30; 11,41s). Cf 15,7. L'A insiste "selon sa volonté" parce qu'il
va parler v.16-17 de la prière pour le péché.
L'A a encouragé ses lecteurs en leur disant qu'ils
possèdent la vie éternelle ; il va plus loin : même s'ils pèchent, cela ne
détruira pas la vie, s'ils prient l'un pour l'autre. Il présuppose ce qu'il a
dit en 2,1-2 sur Jésus comme Pa.
Si Jésus pt se tenir en
présence du P, les enfants de Dieu aussi (v.14), et Dieu donnera la vie
au pécheur (5,16).
Trois traductions sont possibles pour 5,16 :
1.
Celui qui demande donnera la vie au pécheur (mais
donner la vie est un privilège de Dieu !)
2.
Dieu donnera la vie au pécheur (meilleur théologiquement,
mais difficulté grammaticale)
3.
Dieu donnera la vie à celui qui demande, comme
récompense parce qu'il prie pour d'autres.
Celui qui possède la vie
éternelle (5,13) possède aussi le pouvoir de demander (5,15) et par là de
donner la vie
comme les patriarches (Gn
18,23-32; 20,7), Moïse (Ex 32,11-14; 34,8s), les prophètes (Am 7,1-6; 2 Rg
19,4; Jer 42,2-4) et les martyrs (2 Mac 7,37s). Pour le NT : 1 Th 5,25; Hb
13,18; Ja 5,15; 1 Clem 56,1).
Le propos principal de
5,16-17 est donc positif : par la prière, le péché du croyant ne va pas à la
mort.
L'A (contre les
sécessionnistes) a rappelé qu'il faut éviter le péché (3,6.9), et ses lecteurs
pourraient être tentés de désespérer. D'où les réassurances.
Mais l'A mentionne un péché
qui va à la mort (5,16)
C'est le péché des
sécessionnistes, qui refusent de croire que Jésus est venu dans la chair.
On ne peut pas prier pour
des frères et des sœurs qui ont choisi de se ranger du côté du diable.
Jésus a refusé de prier pour
le monde (Jn 17,9), de même les adhérents de 1 Jo 4,5.
Eux, en rejoignant la
communauté joh. sont passés de la mort à la vie (3,14), les sécessionnistes ont
montré qu'ils haïssent les frères, et sont passés de la vie à la mort.
L'A envisage de les mettre
en quarantaine, pour qu'ils ne contaminent pas (cf.2 Jo 10-11).
Bien que cela nous heurte,
cela rejoint certains textes AT, et dans le NT le péché contre l'Esprit.
Dualisme joh. : on ne peut
être de Dieu et en même temps choisir d'appartenir au Mauvais.
B.
Les trois privilèges du chrétien ; il
faut les garder (5,18-21)
Trois privilèges du chrétien : nous savons :
que nous sommes nés de Dieu
(18)
que nous sommes de Dieu (19)
que nous connaissons le
Véritable (20).
Bien qu'il ait insisté sur
la nécessité de confesser notre foi (2,23; 4,2.15), il termine sa lettre en
insistant sur le savoir, qui les garantit contre les sécessionnistes
(2,20.21.27). En fait tout ce qui est en 5,18-2à a été déjà dit en 1 Jo,
néanmoins l'A dit "nous savons" non pas au sens de "cela a déjà
été vu" (ni venant de la nature divine ni de la vie divine), mais en se
référant au début de l'expérience chrétienne.
L'A a attaqué les
sécessionnistes sur ces privilèges (1,6;2,4-6), maintenant il conclut que ses
adhérents peuvent être sûrs de ces privilèges, et de leurs effets : pas de
péché, liberté par rapport au Mauvais, demeure en Dieu et en son F.
1er"nous
savons"(v.18)
Répète
virtuellement 3,9a, avec une touche de 4,4. Le "sans péché" du
chrétien ne vient pas de ce que l'âme est liée à un corps par l'accident de la
naissance, c'est un statut donné par Dieu dans le Christ.
Ceux qui veulent plusieurs
auteurs dans 1 Jo s'appuient sur la différence entre 16-17 (les frères qui
pèchent) et 18 (le frère chrétien ne pèche pas). C'est plutôt la vue complexe
de la vie chrétienne par (l'unique) auteur. Contre les sécessionnistes et leur
perfectionnisme une fois pour toutes (qui les amènent à nier le péché), l'A a
maintenu qu'en fait le chrétien pèche, mais qu'il garde l'espérance, pardonné
qu'il est par le sang du Christ (1,8 –2,2).
Dans cette période eschatologique, Dieu prépare une génération sans
péchés de croyants, et là où la vitalité de l'engendrement divin peut se
manifester, elle écarte le péché (3,6.8-9). Dans ces passages le péché est le
royaume du mal, l'iniquité finale des derniers temps, tandis qu'être sans péché
est la marque qu'on est du côté de Dieu. Ainsi il est tout à fait logique que
l'A associe ici liberté par rapport au péché et protection du Mauvais.
En un sens, le chrétien a
deux assurances : s'il pèche il y a la prière des frères et des sœurs, mais le
seul fait d'être né de Dieu peut le conduire à ne pas pécher du tout.
Deuxième "nous savons" (v.19)
Redit la distinction 3,8-10
entre les fils du diable et les fils de Dieu, et celle de 4,4-5 entre ceux qui
sont de Dieu et ceux qui sont du monde.
Certains pensent que v.19
ne dit pas plus que v.18; mais v.19 :
-
montre
bien qu'en v.18 il n'est pas question d'une tentation personnelle. Un dualisme est impliqué : Royaume de Dieu/monde. Le
Mauvais est le Prince de ce monde (Jn 12,31; 14,30; 16,11), qui peut encore
amener à la sécession.
-
montre
bien qu'en 5,18a (et 5,16c) le péché est celui des sécessionnistes, enfants du diable avec leurs fautes doctrinale et
morale, passés au monde (4,1d) et qui sont du monde (4,5a). Les vrais croyants
en Jésus ne sont pas du monde (17,16), car le monde décrit en 16,8-11 refuse de
croire en Jésus. En niant que Jésus soit le Christ (1 Jo 2,22), ils se sont liés au monde. (5,19
est proche de 1 QS 3,1-21, où les fils d'iniquité sont sous l'emprise de l'ange
des ténèbres).
Troisième
"nous savons" (v.20)
Rappelle
le rôle du Christ dans tout cela.
Nous
ne sommes pas au pouvoir du Mauvais, non seulement parce que nous sommes de
Dieu (5,19a), mais parce que nous sommes "en son F, Jésus Christ"
(5,20d).
Contraste
des dépendances : être de Dieu/du diable (3-8-10)..
Contraste
des sphères d'activité : être au pouvoir du Mauvais/être en Dieu et en son F.
Vocabulaire
de l'alliance
"Dianoia"(pensée,
intelligence): cf. 2,27e
Circularité
P/F entre 5,9 et5,20ab.
Loin
de Platon :"l'homme doit monter au ciel pour connaître la vérité" ;
ici c'est le Fils de Dieu qui est descendu.
Le
moment du don de la dianoia : le moment où l'on devient chrétien. Et
5,20 fait écho au vocabulaire et à l'imagerie de l'Alliance. Le
"Véritable" rappelle le Dieu de 'emet(vérité), opposé ici à
celui qui est mensonge (Jn 8,44; 1 Jo 2,22). Cf. aussi Jer 31,33-34.
Dianoia traduit souvent lêb(cœur) : "Je mettrai
ma Loi à l'intérieur de leur dianoia".
Dans
l'Alliance NT, Jésus Christ joue un rôle majeur près de Dieu, cf.5,20e.
"Dieu" et "véritable" sont valables pour le P et pour le F,
car nous connaissons le P quand nous connaissons le F. La différence entre le P et le F est que, si Jésus Christ
est la vie (Jn 1,4). Jésus peut être Dieu, mais il n'est pas le Père.
Dieu
(5,20e)
Tout
comme Jn 20,28 1 Jo termine en confessant Jésus comme Dieu. Important dans la
pensée joh. Suivi de la mention de la vie (éternelle), qui est pour les
croyants.
La
fin (21)
Le
verset 21 est la contrepartie négative des 3 "nous savons".
De
nouveau vocabulaire de l'alliance : Véritable/idoles.. Les sécessionnistes sont
devenus les idoles à fuir.